La Sainte Trinité au regard de la tradition indo-européenne, par Jean Haudry

Avertissement

Né en 1934, le professeur Jean Haudry est aujourd’hui le maître des études indo-européennes. Georges Dumézil (1898-1986), qui le fut avant lui, l’ayant recommandé aux éditions PUF, il a écrit deux ouvrages de référence dans la collection “Que sais-je ?” : L’indo-européen (1979) et Les Indo-Européens (1981). Il a créé le concept fondamental de “tradition indo-européenne”, laquelle englobe l’idéologie tripartie ou modèle des trois fonctions analysé par Dumézil. Il l’a illustré par deux contributions remarquables, qui ont fait date, La triade pensée, parole, action dans la tradition indo-européenne (Archè, Milan, Italie, 2009) et Le feu dans la tradition indo-européenne (Archè, Milan, Italie, 2016). Le présent texte, qui n’avait pas encore été publié, examine les préfigurations du dogme chrétien de la Sainte Trinité qui apparaissent dans les religions indo-européennes et surtout dans le mazdéisme.

La Sainte Trinité au regard de la tradition indo-européenne

Il est probable que l’introduction dans le monothéisme judéo-chrétien de la notion de trinité qui apparaît à la fin de l’Evangile de Matthieu (28,18, trad. Buzy : « Allez donc, enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ») provienne, comme l’ont supposé plusieurs auteurs, du monde indo-européen, où abondent les structures ternaires et les triades divines. Mais aucune des triades attestées n’a la moindre chance d’avoir fourni le modèle de la trinité chrétienne, car elles réunissent des entités distinctes préexistantes et ne constituent pas un dieu unique en trois personnes. La Sainte Trinité n’est pas une triade (1).

En revanche, elle semble préfigurée dans le mazdéisme où la notion d’unité d’une pluralité est présente dès la période la plus ancienne, celle des Gâthâs de Zarathushtra, avec les Saints Immortels (ou Immortels Bénéfiques) qui sont de simples attributs du Dieu suprême Ahura Mazdâ « Seigneur Sagesse ». Mais il s’agit de l’unité d’une pluralité flottante et non de celle d’une triade fixe. La « tri-unité » apparaît dans les rapports privilégiés qui s’établissent entre Ahura Mazdâ, l’entité Spanta Manyu « Esprit Bénéfique, Saint Esprit », et le Feu qui, dans l’Avesta récent, devient le fils du Dieu suprême. Dans cette conception de la Trinité, Fils et Esprit se rattachent directement au Père : l’un est fils du Père, l’autre esprit du Père. L’Esprit ne dépend donc pas du Fils comme dans la conception catholique depuis l’addition du Filioque.

1. Une « trinité mazdéenne » ?

1.1 Le Saint Esprit

Prise isolément, la coïncidence entre le Saint Esprit chrétien et l’Esprit Bénéfique mazdéen pourrait être fortuite, et même être contestée, car chacun des deux termes pose un problème.

L’adjectif avestique signifie « bénéfique » et non « saint », mais ses correspondants baltiques et slaves ont le sens de « saint ». Le passage de « bénéfique » à « saint » est donc bien attesté.

D’autre part, à l’origine, le substantif manyu- ne signifiait pas « esprit », mais « fureur », et ce sens figure encore dans l’Avesta ancien. L’entité correspondante ne devait pas être Spanta Manyu, mais Ahra Manyu « Fureur douloureuse », le futur Ahriman. Spanta Manyu a dû venir après, tandis que manyu-, sans perdre complètement son sens originel de fureur, prenait celui d’esprit, doublant manah- (ci-dessous § 1.3). Or l’existence d’un Esprit du mal, opposé à la fois à un Esprit du bien, qui est l’un des attributs du Dieu suprême, et au Dieu suprême lui-même dans une conception dualiste, rend moins probable l’hypothèse d’une simple coïncidence : l’Esprit bénéfique mazdéen préfigure le Saint Esprit comme l’Esprit du mal préfigure le Satan du christianisme.

1.2 Le Fils

Il existe dans les divers panthéons deux types de « dieu fils » (2) : un fils de la Terre-Mère, un fils du Ciel-Père. Le premier est le dieu du cycle annuel de populations agricoles, qui meurt à l’arrivée de l’hiver et renaît au printemps. Le second est un dieu guerrier de populations pastorales. Le Christ ne s’identifie à aucun des deux. Sa mort et sa résurrection ne doivent rien au cycle annuel, et il ne se rattache pas à une déesse mère, mais à un dieu père. D’autre part, bien que fils de Dieu le Père, il n’a rien d’un jeune guerrier : il prêche la paix et le pardon des offenses. Or, dans le monde indo-iranien est apparue une troisième figure de dieu fils, celle du Feu divin « fils de lui-même », « Rejeton des Eaux », du feu sacrificiel « fils de l’officiant » ou « fils de la force » (utilisée pour le produire par le moyen du tourniquet à feu), et « fils d’une vierge » – ou de plusieurs. C’est à ce troisième type de dieu fils que se rattache le Christ à travers la conception avestique du Feu, fils d’Ahura Mazdâ.

Dans l’Avesta ancien, la formule qui lui relie le Feu divin Âtar « Feu d’Ahura Mazdâ » ne précise pas la nature de leur relation. Bien que le Feu ne fasse pas partie de l’ensemble des Immortels Bénéfiques, elle doit être similaire. Mais non identique : le Feu n’est pas l’un des attributs du Dieu suprême; il est sa substance même ; son être est fait de lumière, la composante principale du feu. Dans l’Avesta récent, le Feu devient son fils : un fils consubstantiel au père.

1.3 Le groupement des trois personnes

Dans l’Avesta ancien, le groupement des trois personnes s’observe en un passage du Yasna, 46, 7 : « Quel gardien m’as-tu donné, Mazdâ, si celui du mensonge ose me faire du mal, sinon ton Feu et ton Esprit ? » Mais ici l’Esprit est exprimé par la forme manah-.

Dans l’Avesta récent, il s’observe dans le mythe de la Fortune (hvarnah-), Yasht 19, 45 et suiv. : l’Esprit Bénéfique affronte le Mauvais Esprit ; il est assisté du Feu, fils d’Ahura Mazdâ, opposé au Serpent Barbare (Azhi Dahâka). A première vue, il semble que l’affrontement n’ait pas de vainqueur, puisque la Fortune échappe aux antagonistes pour se réfugier dans la mer aux multiples fosses où elle est saisie par le Rejeton des Eaux. Mais ce personnage est l’une des formes du Feu divin, le « Feu des Eaux ». L’attestation est sûre et significative, car elle repose sur un événement décisif de l’histoire du monde : la victoire des champions du Bien (de la Vérité) sur ceux du Mal (du Mensonge). Et bien qu’il n’ait pas pris part au combat, cette victoire est celle d’Ahura Mazdâ. On note que dans ce passage deux des entités en présence ont un auxiliaire ou, pour l’un d’eux, un double : le Mauvais Esprit a pour allié le Serpent Barbare, le Feu, fils d’Ahura Mazdâ, a pour double le Rejeton des Eaux.

1.4 Feu et Esprit

Une trinité Ahura Mazdâ, Feu, Esprit est préfigurée dans l’Avesta ancien, Yasna 36, 1 : « En premier lieu, nous te rendons hommage, ô Ahura Mazdâ, avec la communauté de ce Feu et avec ton Esprit bénéfique, qui peut être souffrance pour celui que tu voues à la souffrance. » Ici, l’esprit (manyu-) d’Ahura Mazdâ est ambivalent : bénéfique par nature, vis-à-vis du fidèle mazdéen, mais maléfique vis-à-vis de l’infidèle ; c’est alors une « sainte fureur ». Le culte d’Ahura Mazdâ consiste à la fois dans la célébration par la communauté du rituel du feu et dans l’action en ce monde : aide au fidèle, lutte contre l’infidèle.

Mais Feu et Esprit peuvent s’identifier, ibid. 3 : « Tu es vraiment le Feu d’Ahura Mazdâ ; tu es vraiment son Esprit Bénéfique. » Ici, les deux entités n’en font qu’une. Cette confusion se retrouve dans le christianisme (ci-dessous § 3.3).

2. Le Christ et la mythologie du Feu divin

Plusieurs motifs de la mythologie indo-européenne des Feux divins ont pu contribuer à la conception chrétienne du Fils de Dieu.

2.1 La mère virginale du Feu

La vierge mère est l’un des nombreux exemples de la coïncidence des contraires (3) dont les diverses religions font grand usage. Le personnage de la Vierge Marie pourrait se rattacher à la vierge avestique Eredat-fedhri, mère du « sauveur à venir » (saoshyant) Astvat-ereta « Vérité incarnée » et, à travers elle, à la mère virginale du Feu divin qui, paradoxe dans le paradoxe, est souvent plurale. Une strophe des hymnes à Agni du Rigveda fait allusion à la naissance virginale du Feu divin, 4, 7, 9 c : « (l’autre merveille est que), sans avoir été fécondée, sa mère reçoit l’embryon. » Une autre strophe consacrée à Agni hors du groupe d’hymnes qui lui sont destinés donne la clef de l’énigme, 3, 55, 5 : « Installé chez les premières, gravissant les suivantes, (le Feu) est à l’intérieur des jeunes pousses, sitôt nées. Elles l’enfantent, enceintes sans avoir été fécondées. » Il s’agit du bois dans lequel un feu latent réside comme un embryon dans sa mère, et d’où il sort quand le bois brûle, sans qu’il y ait eu de fécondation. Si le récit de la vie du Christ s’inspire de la mythologie du Feu divin, il est naturel qu’il ait une mère virginale.

2.2 Jésus et Dionysos

2.2.1 Le Feu « divin enfant »

Dionysos au berceau a été comparé par plusieurs auteurs à l’Enfant Jésus. Or, Dionysos est initialement un représentant du Feu divin : le feu des boissons alcoolisées. Et, comme Âtar, il est le fils du Dieu suprême : son nom signifie « fils de Zeus » (*diwos sûnos, avec l’interversion de s et n).

2.2.2 Miracles du vin

Dans son Histoire Naturelle, Pline l’Ancien rapporte qu’aux nones de janvier une source dont l’eau a l’odeur de vin coule dans le temple de Dionysos sur l’île d’Andros, et précise ailleurs qu’à Andros le vin coule de la source de Dionysos pendant les sept jours consacrés au dieu, et que, si le liquide est sorti du temple, le goût se change en celui de l’eau. Comme l’indique clairement cette dernière remarque, il ne s’agit pas d’une substitution matérielle du vin à l’eau dans la fontaine, mais d’un miracle, ou d’une illusion. On signale dans la mythologie de Dionysos d’autres miracles du vin, qui ont été rapprochés de celui des Noces de Cana (4).

2.2.3 Consubstantialité

Selon le rhéteur Aristide, « Zeus et Dionysos seraient un même dieu » (5). Turcan commente : « Comme il vient d’évoquer quelques lignes plus haut les « hymnes parfaits » d’Orphée et de Musée, on voit d’où peut dériver ce « dogme » avant la lettre de la consubstantialité du Père et du Fils : en effet, Zeus a fait part à son fils de ses attributs divins parce qu’il l’a aimé plus que tous les autres, hommes ou dieux. »

2.3 La passion des Feux divins

Différents dieux incarnant le Feu ou étroitement liés à lui subissent une passion, et certains d’entre eux meurent et ressuscitent.

2.3.1 Prométhée

L’exemple le plus évident est celui de Prométhée attaché sur le Caucase pour avoir aidé les hommes en dérobant le feu. Il s’agit d’une légende que les Grecs ont empruntée aux Caucasiens, ou élaborée en commun avec eux. Initialement, Prométhée incarne le Feu divin « ami des hommes ».

2.3.2 Dionysos

Lié à Prométhée, et ancien Feu divin, Dionysos subit lui aussi une passion ; de plus, il meurt et renaît. Le Dionysos de Delphes meurt et ressuscite sous la forme d’un nouveau-né, « Dionysos au berceau » (ci-dessus § 2.2.1).

2.3.3 Baldr

Le portrait qu’en trace Snorri, Gylfaginning, chapitre 32 (trad. Dillmann), « il est beau et si brillant qu’il émet de la lumière », convient à un ancien Feu divin. Il est le fils du dieu suprême Odin, mais il n’est que le second après Thor « tonnerre », forme céleste du Feu. L’essentiel de sa mythologie tient dans sa mort et sa résurrection : il est tué à l’instigation de Loki, autre forme du Feu divin, et, seul de tous les dieux, il reviendra dès le début du cycle à venir. Ce n’est donc pas sans raison que les chrétiens l’ont rapproché du Christ.

2.3.4 Signification de ces légendes

Ces légendes de mort et de résurrection des Feux divins ont chacune leur signification propre à l’intérieur du domaine auquel elles appartiennent. Mais il est probable que toutes, initialement, se fondent sur le cycle quotidien du feu mis en sommeil le soir et réveillé le matin, et celui du feu qu’on éteint et qu’on rallume chaque année : le rite du « feu nouveau », que l’Eglise a conservé.

3. Le Christ, le Saint Esprit et le feu

3.1 Le baptême de feu

Deux des quatre évangélistes, Matthieu 3, 11 et Luc 3, 16, associent le feu au baptême que pratiquera Jésus : « Il vous baptisera dans l’esprit saint et dans le feu. » L’Esprit Saint représentant l’une des personnes de la Trinité, on peut supposer un statut identique pour le feu.

3.2 Le Christ et le soleil

Une homologie a été établie très tôt entre le Christ et le soleil, forme céleste du feu. Dans l’évangile de Jean, 3, 30, Jean Baptiste dit de Jésus : « Il faut qu’il croisse et que moi, je décroisse », ce qui signifie évidemment que la secte de Jésus était appelée à un plus grand avenir que celle de Jean ; mais l’assertion prend un sens nouveau quand la naissance du Christ est fixée à proximité du solstice d’hiver et l’une des deux fêtes de Saint Jean à proximité du solstice d’été.

3.3 Le Saint Esprit et le feu

Les langues de feu de la Pentecôte, Actes des Apôtres, 2, 3-4, relient le feu au Saint Esprit. Il apparaît donc que le lien entre le feu et le Fils n’a été ni exclusif ni immédiat. Cette confusion, qui aurait pu aboutir à une binarité, s’observe déjà dans l’Avesta ancien (ci-dessus § 1.4). Il en va de même quand le Saint Esprit est identifié à l’amour du Père et du Fils.

3.4 Le Christ forgeron

L’ensemble des miracles du Christ réunis par Edsman (6) dans les légendes médiévales confirme sa nature originelle : comme Feu divin, il est le Forgeron idéal, que le forgeron humain s’efforce en vain d’imiter.

3.5 Le feu dans l’imaginaire chrétien

Selon Gilbert Durand (7), « c’est sous l’aspect igné que la divinité se révèle dans ses manifestations ouraniennes, aux apôtres de la Pentecôte, à saint Bonaventure comme à Dante. Le feu serait ce « dieu vivant et pensant » qui, dans les religions aryennes d’Asie, a porté le nom d’Agni, d’Âtar, et chez les chrétiens de Christ. Dans le rituel chrétien le feu joue encore un rôle important : feu pascal, feu conservé pendant toute l’année ; et les lettres mêmes du titre de la croix signifieraient « Igne Natura Renovatur Integra » (8) ».

Ces quelques exemples, que l’on pourrait aisément multiplier, ne tendent pas à mettre en question la réalité historique du Christ, mais seulement à montrer comment s’est constituée la Sainte Trinité.

4. La filiation des conceptions

Il va de soi que le projet initial des premiers chrétiens n’était pas de substituer la conception mazdéenne d’un Feu divin fils du dieu suprême complétée, pour former une trinité, par celle d’un Esprit saint, à celle du Dieu unique d’Israël : projet inconcevable, et qui n’aurait eu aucune chance d’aboutir dans un milieu juif. Il en va tout autrement d’un projet messianique. Le messie, descendant de David, est roi, comme son ancêtre. D’où sa désignation, qui signifie « oint », rendue en grec par christos, qui a le même sens. Or, le roi est dit « fils de YHWH », Psaume 2, 7, « fils aîné de Dieu », Psaume 89, 28. Mais « fils de Dieu » n’équivaut pas à « Dieu le fils ». Il existe par ailleurs des « fils de Dieu », beney elohim, dont certains sont de nature ignée : les séraphins. Il est probable que ces conceptions purement juives ont été réinterprétées à partir de conceptions mazdéennes.

5. Emprunts au mazdéisme à travers le judaïsme

Antérieurement à la constitution de la conception trinitaire, plusieurs notions mazdéennes se sont introduites dans le christianisme à travers le judaïsme tardif. On cite généralement, outre le démon Asmodée qui représente aêshma daêva, « le démon Fureur » de l’Avesta : la croyance à l’immortalité de l’âme, la résurrection des morts, le jugement des morts (jugement particulier immédiatement après la mort, jugement dernier à la fin des temps), le paradis et l’enfer, les anges, en particulier l’ange gardien, et le diable, qui doit plus à Ahriman qu’au Satan hébraïque.

Jean Haudry

1) Catéchisme de l’Eglise catholique (Paris, Mame/Plon, 1992), p. 63 § 253 : « La Trinité est Une. » Emmanuel Durand, La Périchorèse des personnes divines (Paris, Cerf, 2005), p. 29.

2) Franz-Rolf Schröder, « Die zwei Typen des Göttersohnes », Germanisch-Romanische Monatsschrift, 44, 1963, 193-204.

3) Mircea Eliade, Traité d’histoire des religions (Paris, Payot, 1975), § 159.

4) J. Vürtheim, « The Miracle of the Wine at Dionysos’Advent ; On the Lenaea Festival », Classical Quaterly, 14, 1920, 92-96.

5) Robert Turcan, « Dionysos Dimorphos : Une illustration de la théologie de Bacchus dans l’art funéraire », Mélanges d’archéologie et d’histoire, 70, 243-293.

6) Carl-Martin Edsman, Ignis Divinus (Lund, Gleerup, 1949).

7) Gilbert Durand, Les structures anthropologiques de l’imaginaire, 11e éd. (Paris, Dunod, 1992), p. 197.

8) « Le nature est complètement renouvelée par le feu. » Réinterprétation du sigle qui correspondait initialement à « Jésus de Nazareth, roi des Juifs ».

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