Zoroastre et nous : Les origines zoroastriennes de l’Occident chrétien

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« Zoroastre, tout en se jetant passionnément dans l’évidence du monothéisme, n’a pas voulu laisser perdre la distinction des fonctions de souveraineté mystique, de puissance combattante et de fécondité. (…) Sacrifiant ses mythes, il en a gardé l’essentiel, l’armature philosophique, pour l’appliquer à l’analyse ardente de l’objet nouveau de sa foi : le dieu unique, créateur et maître universel. »

Georges Dumézil

Résumé

Du monothéisme à la résurrection des morts, les dogmes du zoroastrisme, religion des anciens Perses, se retrouvent dans le christianisme. Or, l’Avesta, le livre saint du zoroastrisme, est antérieur de plusieurs siècles à la rencontre des Juifs et des Perses, qui s’est produite en 539 avant Jésus-Christ, quand l’empereur Cyrus a pris Babylone, où les Juifs avaient été déportés. Il faut donc en conclure que le judaïsme de l’Ancien Testament a hérité des dogmes zoroastriens après cette date et qu’il les a transmis au christianisme.

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Les chrétiens savent bien ce qu’ils doivent au judaïsme de l’Ancien Testament, mais ils ignorent absolument, à de rares exceptions près, que ce dernier, à son tour, avait une dette considérable envers le zoroastrisme qui l’avait précédé. Le christianisme a donc des origines zoroastriennes. Or, cette vérité étrangement méconnue n’intéresse pas seulement les chrétiens eux-mêmes, mais tous les Occidentaux, chrétiens ou non, puisque la civilisation occidentale est d’essence chrétienne.

Concordance des dogmes

Le zoroastrisme ou mazdéisme était la religion des anciens Iraniens (Perses, Mèdes, Parthes), qui formaient avec les Indiens, ou plus précisément avec les Indo-Aryas, la branche orientale, dite indo-iranienne, de la famille des peuples indo-européens. Il est encore pratiqué par quelque 200.000 fidèles dans le monde, surtout en Iran (guèbres ou zarthoshtis) et en Inde (appelés parsis, c’est-à-dire Persans, parce qu’ils descendent d’immigrés venus d’Iran pour fuir les persécutions). Cette religion tire le premier de ses deux noms de son fondateur, le prophète Zoroastre, alias Zarathoustra, le second de son Dieu, Ahura Mazda. Au XVIIe siècle, lorsque les Occidentaux ont découvert le zoroastrisme, dont le souvenir s’était perdu depuis les Grecs de l’Antiquité et dont ceux-ci, du reste, n’avaient eux-mêmes qu’une vague notion, et surtout après la première traduction de son livre saint, l’Avesta, en 1771, ils ont été frappés des affinités qu’il avait avec le christianisme. La concordance des dogmes est en effet confondante.

Le zoroastrisme croit en un Dieu unique, Ahura Mazda, le Seigneur Sagesse, qui est infiniment bon et qui a créé le monde. Il est entouré d’un cortège d’archanges, les immortels bienfaisants, ameshas spentas, et de simples anges, yazatas. Ahura Mazda a créé l’Esprit Saint, Esprit du Bien, Spenta Manyu, et l’Esprit du Mal, Angra Manyu, qui a choisi en toute liberté, comme Satan, de s’opposer à Dieu, et qui est assisté par une foule de démons, daevas.

Le zoroastrisme est une religion de salut. Il croit à la vie éternelle, au jugement de l’âme après la mort, à la rétribution des bonnes et des mauvaises pensées, paroles et actions, à l’enfer et au paradis (mot d’origine perse) – eschatologie individuelle. Il croit aussi au Sauveur, Saushyant, qui reviendra à la fin du monde, à la résurrection des morts, au jugement dernier et à l’avènement du Royaume de Dieu – eschatologie collective.

On notera la même incongruité apparente que dans le christianisme, incongruité qui résulte de la superposition des deux eschatologies, le jugement dernier qui a lieu à la fin du monde paraissant faire double emploi avec le jugement particulier prononcé immédiatement après la mort.

(Le problème avait troublé le pape Jean XXII. Il est revenu à son successeur, Benoît XII, de lui apporter une solution définitive, ex cathedra, en 1336, dans la constitution Benedictus Deus. Cf. Gervais Dumeige, La Foi catholique, pp. 510-511.)

Le zoroastrisme est une religion universaliste, qui s’adresse à tous les hommes, et non à un peuple particulier (bien que les survivants, gardiens de la flamme, aient eu tendance à se replier sur eux-mêmes sous l’effet des persécutions après la conquête musulmane).

La concordance ne se limite pas aux dogmes, elle s’étend à la morale. Le zoroastrisme professe une morale universelle, la même pour tous les hommes, qui rompt avec les morales particulières de l’ancienne religion indo-iranienne (cf. la notion de dharma dans l’hindouisme). Il appelle ses fidèles à choisir le bien et la vérité, à combattre le mal et le mensonge. La morale sexuelle du zoroastrisme condamne l’onanisme et l’avortement. Elle interdit aussi l’homosexualité, à la différence de l’hindouisme et du bouddhisme, mais comme le christianisme, le judaïsme et l’islam.

Le zoroastrisme connaît deux façons d’effacer les péchés, qui sont les mêmes que dans le catholicisme : la confession à un prêtre des péchés que l’on a commis en pensée, en parole et par action, et la réversibilité des mérites, laquelle justifie la prière pour les défunts. L’administration du breuvage sacré, le haoma, aux mourants, comme viatique, aliment d’immortalité, fait irrésistiblement penser au sacrement de l’extrême-onction. A noter que les saints du zoroastrisme ont sur la tête une auréole. On voit que le catholicisme est plus zoroastrien que le protestantisme.

Cette similitude des deux religions, zoroastrisme et christianisme, ne peut être le fait du hasard. De nombreux auteurs en ont inféré que la première avait influencé la seconde. Le grand orientaliste belge Jacques Duchesne-Guillemin (1910-2012) en a dressé la liste en 1962 : “L’influence de l’Iran sur la religion juive d’après l’exil a été estimée décisive non seulement par des iranistes tels que L. Mills, qui en a traité dans plusieurs livres (1906, 1913)…, mais aussi par de nombreux théologiens comme Stave (1898), E. Böklen (1902), Bousset (1926)… La même opinion est aussi défendue par un savant qui semble chez lui aussi bien dans les études sémitiques qu’iraniennes, G. Widengren (1957, 1960)… L’historien E. Meyer (1921) partageait aussi ces vues… Von Gall (1926) donne un catalogue détaillé des points de ressemblance, concluant toujours à une dépendance du judaïsme par rapport à l’Iran… Beaucoup de savants acceptent encore cette hypothèse comme un fait établi” (La religion de l’Iran ancien, p. 258).

En 1977, Duchesne-Guillemin s’est rallié ouvertement à cette conclusion, quoique en termes prudents : “Il est vraisemblable que le zoroastrisme a influencé le développement du judaïsme et la naissance du christianisme… Après l’exil, le salut d’Israël devait advenir dans le cadre d’un renouveau général ; l’avènement d’un sauveur signifierait la fin de ce monde et la naissance d’une nouvelle création ; le jugement d’Israël deviendrait un jugement général divisant l’humanité entre le bien et le mal. Ce concept nouveau, à la fois universel et éthique, rappelle si fortement l’Iran que beaucoup de savants l’attribuent à l’influence de ce pays” (“Zoroastrianism and Parsiism”, pp. 1171-1172).

Geo Widengren (1907-1996), savant suédois non moins éminent, estimait que l’Ancien Testament avait reçu l’empreinte du zoroastrisme à la suite de l’exil des Juifs à Babylone. “Certains facteurs ont conféré à la religion iranienne une grande influence. Nous pensons avant tout à sa force spéculative, qui a visiblement impressionné les fidèles des religions voisines… Avec la religion iranienne, nous avons pour la première fois une conception théologique de l’histoire ; or, celle-ci jouera plus tard, dans l’Occident chrétien, un rôle de premier plan… C’est de l’Iran que procède toute eschatologie et toute apocalyptique. La doctrine des périodes et la résurrection des corps sont des dogmes spécifiquement iraniens et ils ont fait leur chemin depuis… Sous toutes ses formes, la religion iranienne est une religion du salut. Tout est centré sur le salut individuel et communautaire. On comprend dès lors que la personne du rédempteur, de celui que Dieu charge de la révélation, occupe une place centrale… Le divin rédempteur descend sur terre et accepte de naître ici-bas sous forme humaine afin de sauver l’humanité… Si l’on jette un regard d’ensemble sur l’histoire du judaïsme, du christianisme et de l’islam au Proche-Orient, on voit avec évidence que, depuis les Achéménides, la religion iranienne a exercé sur la vie religieuse de tout l’Orient une influence durable et décisive… L’influence spirituelle de l’Iran se fit sentir parce que ses échanges culturels étaient intenses et que, sa religion possédant une énergie intrinsèque, les valeurs principales en furent peu à peu connues et plus ou moins parfaitement assimilées” (Les religions de l’Iran, pp. 392-393).

Duchesne-Guillemin et Widengren étaient les deux plus grands spécialistes du zoroastrisme et de l’Iran ancien au XXe siècle. Leur opinion a donc du poids.

Robert Charles Zaehner (1913-1974), éminent orientaliste lui aussi, a abondé dans leur sens : « La doctrine de Zoroastre sur les récompenses et les peines, sur une éternité de béatitude et une éternité de malheur attribuées aux hommes bons et mauvais dans une autre vie au delà de la tombe est similaire de façon si frappante à l’enseignement chrétien que l’on ne peut manquer de se demander si une influence directe n’est pas ici à l’œuvre. Il faut répondre : “oui” sans aucun doute, car les similitudes sont si grandes et le contexte historique si nettement pertinent qu’il faudrait pousser le scepticisme bien trop loin pour refuser de tirer la conclusion évidente… La théorie d’une influence zoroastrienne directe sur le judaïsme post-exilique [après -539] explique l’abandon soudain de la part des Juifs de la vieille idée du shéol, existence vague et impersonnelle qui est le lot de tous les hommes, sans considération de ce qu’ils ont fait sur terre, et l’adoption soudaine, précisément à l’époque où les Juifs exilés entrent en contact avec les Mèdes et les Perses, de l’enseignement du prophète iranien concernant l’au-delà. Ainsi, c’est Daniel, prétendument ministre de “Darius le Mède”, qui parle pour la première fois clairement de l’immortalité et du châtiment éternel. “Beaucoup de ceux qui dorment sur cette terre de poussière”, écrit-il, “s’éveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte et l’opprobre éternelles” (Daniel, XII 2). Ainsi, dès le moment où les Juifs sont entrés pour la première fois en contact avec les Iraniens, ils ont adopté la doctrine typiquement zoroastrienne d’une vie individuelle dans l’au-delà où l’on jouit des récompenses et où l’on endure les châtiments. Cette espérance zoroastrienne n’a cessé de progresser en terrain sûr pendant la période intertestamentaire et, à l’époque du Christ, elle fut soutenue par les pharisiens, dont le nom lui-même a été interprété par certains savants comme signifiant “Perses”, autrement dit la secte la plus ouverte à l’influence perse. Ainsi l’idée de la résurrection des corps à la fin des temps fut-elle aussi probablement propre au zoroastrisme, bien qu’elle se fût manifestée chez les Juifs, car les germes de l’eschatologie ultérieure étaient déjà présents dans les Gâthâs » (Dawn and twilight of zoroastrianism, pp. 37-38). Il est à noter que Zaehner était catholique et donc peu suspect de mauvaises intentions.

Le cardinal Franz König (1905-2004), archevêque de Vienne, a prononcé le 24 octobre 1976, trois ans avant la révolution islamique, une conférence historique à l’université de Téhéran, capitale de l’Iran, sur “L’influence du zoroastrisme dans le monde”. C’était la première fois qu’un haut dignitaire de l’Eglise catholique s’exprimait officiellement sur le sujet, ès qualités, bien que le cardinal König eût publié antérieurement, en 1964, un livre personnel où il évoquait déjà cette problématique (Zarathustras Jenseitsvorstellungen und das Alte Testament, Herder, Fribourg-en-Brisgau, Allemagne). Il relève dans sa conférence que “la première rencontre de l’Iran avec la religion juive eut lieu à l’époque de Cyrus”. Puis il s’interroge : “La grande question est de savoir si, et dans quelle mesure, les concepts religieux du zoroastrisme ont influencé le christianisme par l’intermédiaire du judaïsme.” “La Bible a-t-elle une dette envers l’Iran ?” Il se réfère au “fameux iranologue suédois, G. Widengren”, dont il rapporte l’opinion avec respect et dont il fait une citation proche de celle qui figure ci-dessus, quoique “l’évidence” ne soit plus ici qu’une “très nette impression” : “Quand on considère l’histoire du judaïsme, du christianisme et de l’islam, on a la très nette impression que, spécialement depuis les Achéménides, la religion iranienne n’a pas cessé d’exercer une influence décisive sur la vie religieuse de l’Orient” (“Stand und Aufgaben der iranischen Religionsgeschichte”, Numen, 2, p. 131). Le cardinal souligne devant un public en grande partie musulman que, pour Widengren, l’influence spirituelle de l’Iran ne s’est pas seulement exercée sur le judaïsme et le christianisme, mais aussi sur l’islam.

Le cardinal König mentionne aussi plusieurs autres auteurs importants qui partageaient l’opinion de Widengren (et que Duchesne-Guillemin n’avait pas cités) : l’historien allemand Ernst Kornemann (1868-1946), le philologue danois Arthur Christensen (1875-1945). Il estime quand même prudemment “qu’un tel degré de dépendance des Saintes Ecritures chrétiennes envers la pensée de Zoroastre ne peut être prouvé”. Cependant, ajoute-t-il, “il est acquis aujourd’hui que Zoroastre n’a pas pu emprunter ses idées d’une quelconque révélation originale des prophètes de l’Ancien Testament, mais au contraire que le christianisme a assimilé certains éléments des idées de Zoroastre, à travers l’Ancien Testament”. Et il conclut : “Nous avons maintenant tendance, c’est sûr, à traiter des connexions historiques entre la Bible chrétienne et les écrits de Zoroastre avec davantage de prudence qu’aux débuts de l’histoire comparée des religions. Néanmoins, il demeure certain que l’influence de Zoroastre est largement admise dans l’espace et le temps, et que ses idées ont apporté d’importantes contributions à la formation de la pensée européenne.”

Si l’on fait la part de la prudence ecclésiastique fort compréhensible de la part d’un haut dignitaire de l’Eglise catholique, on voit bien que le cardinal König ne récusait pas la thèse de la filiation énoncée par Duchesne-Guillemin, Widengren, Zaehner et autres auteurs. Celle-ci n’a en effet rien de scandaleux pour un chrétien. Un Père de l’Eglise, Clément d’Alexandrie, qui vivait au IIe siècle, nous a enseigné qu’une inspiration divine avait été donnée à certains “païens” pour préparer l’accueil de l’Evangile, autrement dit que le don de la prophétie n’avait pas été réservé aux Israélites de l’Ancien Testament. Si le Saint-Esprit a parlé par les prophètes, comme nous le dit le Credo, il faut comprendre qu’il a parlé en premier lieu par Zoroastre, le prophète de l’Iran, en lui inspirant ces croyances sublimes qui ont été transmises par les Israélites et qui sont parvenues jusqu’à nous grâce à la Révélation chrétienne.

L’an 539 avant Jésus-Christ

La date cruciale, c’est -539 (539 avant J.-C.), quand Cyrus le grand acheva la construction de l’empire perse achéménide par la prise de Babylone, où les Juifs (appelés ici aussi bien et indifféremment Hébreux ou Israélites) avaient été déportés par Nabuchodonosor soixante ans plus tôt (en -597) et où ils étaient réduits en esclavage. Cyrus a libéré les Juifs, qui l’ont dès lors vénéré comme “l’Oint du Seigneur”, hébreu mashia’h, Messie (Isaïe, XLV 1). Le point essentiel est qu’il n’y avait jamais eu de contacts entre Juifs et Perses avant -539 et qu’au contraire ces contacts ont été des plus étroits après cette date, qu’ils n’ont pas cessé pendant toute la durée de l’empire achéménide, jusqu’à sa chute avec la victoire d’Alexandre le grand en -330, et qu’ils ont continué sous l’empire macédonien des Séleucides (de -305 à -64) et sous l’empire parthe des Arsacides (de -250 à 224), les Juifs n’ayant jamais quitté Babylone. On peut même parler de symbiose entre Juifs et Perses si l’on songe à Esdras et Néhémie, hauts fonctionnaires de l’Etat perse, et à Esther (dont le nom vient du vieux-perse stâra, étoile), qui a enjôlé Assuérus, soit Xerxès Ier, lequel régna sur l’empire perse de -486 à -465 et fut défait par les Grecs à Salamine en -480.

(Si les Juifs avaient déjà eu des relations avec des zoroastriens avant Cyrus, depuis la déportation à Babylone en -597, elles n’ont pu être que marginales et hostiles, donc négligeables. Voir Jérémie, XXXIX 3, 13, et Ezéchiel, VIII 16-17. On peut en dire autant de la déportation en Assyrie et en Médie qui a suivi la prise du royaume de Samarie par le roi d’Assyrie Sargon II en -721, puisque celle-ci n’a pas concerné le royaume de Juda et que les Samaritains n’étaient pas de vrais Juifs, étant observé de surcroît que les Mèdes ne se sont convertis au zoroastrisme qu’après la conquête de leur pays par les Perses de Cyrus en -549. Voir II Rois, XVII 24 et XVIII 11.)

Or, en -539, l’Avesta, le livre saint du zoroastrisme, était composé depuis plusieurs siècles. (Il était donc aussi largement antérieur à la déportation des habitants de la Samarie en -721 et à celle des habitants de la Judée en -597.) Le premier Avesta, dit “Avesta ancien”, qui contient les Gâthâs, chants attribués au prophète Zoroastre, peut être daté de -1200 environ. Le second Avesta, dit “récent” (tout est relatif), de -800 au plus tard.

L’archaïsme de l’Avesta est établi en premier lieu par son contenu. Celui-ci nous apprend qu’il a été écrit à l’âge du bronze, donc avant -800. “[Selon Wilhelm Geiger,] l’Avesta dans son ensemble révèle une culture matérielle très primitive, qui ignore le sel, le verre, la monnaie, les métaux autres que le bronze. Il émane d’un milieu radicalement étranger à la civilisation de l’empire achéménide. Il a donc été composé avant la constitution des empires mède [-678] et perse [-539]. La civilisation de l’Avesta est très vieille.” Et encore : “Les Gâthâs sont plus archaïques que le reste de l’Avesta, qui est lui-même remarquablement primitif et était entièrement constitué avant la fondation des empires occidentaux [mède et perse]” (Jean Kellens, La quatrième naissance de Zarathushtra, p. 33).

Duchesne-Guillemin remarque que Zoroastre ignorait la civilisation urbaine, alors que les fouilles archéologiques ont montré que celle-ci apparaissait en Chorasmie, le pays du prophète, dès la première moitié du Ier millénaire avant notre ère (La religion de l’Iran ancien, p. 140, et “L’Iran antique et Zoroastre”, pp. 625 et 656). “Il est certain que la prédication de Zarathustra s’est faite loin de tout contact avec l’Iran occidental et assez longtemps avant l’avènement des Achéménides” (Zoroastre, p. 124).

(L’Iran s’étendait jadis beaucoup plus au nord, en Asie centrale, dans ce qui est devenu le Turkestan, le pays des Turcs – lesquels ne sont pas des Indo-Européens, est-il besoin de le rappeler ? Les invasions turques l’ont fait reculer vers le sud jusqu’à ses frontières actuelles. L’ancienne Chorasmie, actuel Khwarezm, était selon l’Avesta l’Airyanem Vaejo, “le pays arya”, expression qui a donné son nom à l’Iran tout entier, sachant que “Aryas” était l’appellation que se donnaient les Indo-Iraniens indivis et que les deux branches, indienne et iranienne, l’ont conservée après la scission, laquelle s’est produite entre -1800 et -1600. La Chorasmie appartient aujourd’hui à l’Ouzbékistan, le pays des Ouzbeks, qui sont une variété de Turcs. Cette province est située à l’est de la mer Caspienne, au bord sud de la mer d’Aral, sur les rives de l’Amou-Daria, anciennement l’Oxus, et contient la ville turque historique de Khiva, fondée au VIe siècle après J.-C..)

L’archaïsme des Gâthâs est aussi prouvé par leur similarité avec les Védas, les livres saints de l’hindouisme. “Les Gâthâs sont des hymnes analogues aux hymnes védiques et les nombreux parallèles formulaires entre les deux corpus démontrent que l’un et l’autre sont l’aboutissement d’une même tradition littéraire hymnologique et le produit d’une même vision ritualiste du culte. Ce constat est un acquis définitif” (Jean Kellens, op. cit., pp. 124-125). Gâthâs et Védas ne peuvent donc avoir été composés trop longtemps après la séparation des Indiens et des Iraniens, qui s’est produite, on l’a vu, entre -1800 et -1600.

En second lieu, l’archaïsme de l’avestique, la langue de l’Avesta, sous ses deux formes, propres respectivement au premier et au second Avesta, confirme la datation haute, celle que nous avons donnée ci-dessus. Il n’y a plus de doute à cet égard depuis un article de Karl Hoffmann en 1958 et un autre de Michel de Vaan en 2003. “L’archaïsme linguistique des Gâthâs est justifié par la complexité du système des pronoms enclitiques, le système verbal opposant le présent à l’aoriste et la trace laissée sous forme d’hiatus par les laryngales intervocaliques” (ibidem, p. 74). Et encore : “Nous devons à l’école d’Erlangen et à quelques savants qui pratiquent le même comparatisme indo-iranien, comme Thomas Burrow, F.B.J. Kuiper et Paul Thieme, la découverte des indices linguistiques qui plaident définitivement pour la datation haute. Dès la fin des années 50, l’essentiel est acquis : des travaux de Hoffmann, de Humbach et de Kuiper soulignent impérieusement l’archaïsme généralisé de la langue des Gâthâs” (ibidem, p. 121). Voilà pourquoi le vocabulaire de l’Avesta est si semblable à celui des Védas ; de nombreux mots y sont identiques ou presque identiques, par exemple, gâtha, cantique, mithra/mitra, contrat, kshathra/kshatra, puissance, etc.

La langue des Gâthâs est antérieure de plusieurs siècles à celle du second Avesta, qui est elle-même archaïque par rapport au vieux-perse parlé dans l’empire achéménide, indépendamment des différences dialectales entre la Perse proprement dite et le Nord-Est de l’Iran, dont la Chorasmie faisait partie.

Le sens de la transmission ne fait donc aucun doute. Le christianisme a reçu les dogmes du zoroastrisme par l’intermédiaire du judaïsme de l’Ancien Testament, qui en avait pour sa part hérité après -539.

Les Juifs étaient un peuple marginal dans l’empire achéménide. Admirateurs de Cyrus, ils ont recueilli les dogmes de la religion des Perses, tandis que celle-ci ne leur a rien emprunté. On conçoit que les Juifs aient adopté le Dieu unique de Zoroastre en l’identifiant à leur dieu ethnique. On voit mal comment l’inverse aurait pu se produire. Le passage du Dieu ethnique au Dieu universel dans le christianisme résulte d’une évolution interne au judaïsme qui a marqué un retour aux origines zoroastriennes.

Les dogmes du zoroastrisme n’ont pas été acceptés d’un seul coup par les Israélites après -539. Le monothéisme a d’abord été hésitant. La résurrection des morts n’apparaît que dans un livre deutérocanonique, le deuxième livre des Maccabées, composé au IIe siècle avant J.-C., et elle était refusée par les sadducéens, puisqu’il était écrit en grec et ne faisait pas partie du canon de la Bible hébraïque. L’infusion du zoroastrisme dans le judaïsme a donc pris plusieurs siècles et c’est ce qui explique ce fait paradoxal que le christianisme soit plus proche du zoroastrisme que le judaïsme de l’Ancien Testament, bien que celui-ci ait servi d’intermédiaire.

Constitution du judaïsme

A. Le judaïsme s’est constitué par la transposition du Dieu universel en Dieu ethnique.

Cette transposition a été maladroite à plusieurs égards. En premier lieu, la Bible hésite sur le nom de Dieu, qu’elle appelle d’abord Elohim, pluriel de majesté, ce qui, à la lettre, voudrait dire “les dieux”, et qui désigne le Dieu universel, et ensuite, Yahvé, dieu de l’ethnie hébraïque. Pour réaliser l’amalgame, la Genèse juxtapose les deux noms, en écrivant : “Yahvé-Elohim” (Genèse, II 4). Ce procédé est occulté dans beaucoup de traductions, où le doublet est rendu par “Dieu” ou “le Seigneur Dieu”.

En deuxième lieu, la Bible n’évite pas l’anthropomorphisme. Dieu, qui a créé le monde en six jours, se repose le septième jour (Genèse, II 2-3 ; Exode, XX 11). Dans le récit de la Chute, Dieu se promène dans le Jardin d’Eden comme le ferait un homme et il ne sait même pas où sont cachés Adam et Eve (Genèse, III 8-9).

On y est tellement accoutumé que l’on ne mesure pas l’incongruité du concept d’alliance entre Dieu et l’homme, ou un groupe d’hommes, et la part d’anthropomorphisme qu’il comporte dans l’Ancien Testament. Pour la Nouvelle Alliance, l’incongruité ne porte que sur le mot, car l’alliance dont il s’agit n’a pas le sens ordinaire ; elle signifie que le fidèle porte Dieu dans son cœur et qu’il est uni à lui par le Christ (l’apôtre saint Paul, dans l’épître aux Hébreux [VIII, 10], cite le prophète Jérémie : “…le Seigneur dit : “Je mettrai mes lois dans leur pensée, je les graverai dans leur cœur…”). Il en va tout autrement de l’Ancienne Alliance, qui est une véritable alliance au sens habituel du mot. Elle implique une réciprocité de devoirs entre Yahvé et les Israélites. C’est un contrat synallagmatique. Les Israélites doivent obéir à la Loi qui leur a été révélée et s’abstenir de rendre un culte aux autres dieux. En contrepartie, Yahvé leur donnera la victoire et ils pourront conquérir la terre promise. Sans doute y a-t-il une grande inégalité entre les deux parties au contrat. Il n’empêche que Dieu est assimilé à un homme qui passe contrat avec un autre.

Si l’Ancienne Alliance rabaisse Dieu, elle exalte au contraire ceux avec qui Il passe ce contrat, les Hébreux, qui ne sont plus des hommes comme les autres, mais qui sont en vérité infiniment supérieurs aux autres hommes, puisqu’ils ont été choisis par Dieu et qu’ils ont conclu un contrat avec Lui.

En troisième lieu, l’Ancien Testament ne dit pas toujours clairement que les autres dieux n’existent pas, mais plutôt simplement que les Juifs ne doivent pas leur rendre un culte ; il hésite donc entre hénothéisme et monothéisme. D’ailleurs, lorsque Dieu chasse Adam et Eve du paradis terrestre, Il déclare étonnamment : “Voici que l’homme est devenu comme l’un de nous, grâce à la science du bien et du mal” (Genèse, III 22). “Comme l’un de nous”, donc comme un dieu… Et si Yahvé est un Dieu “jaloux”, c’est bien parce qu’il a peur que son peuple le trompe avec d’autres dieux… L’Alliance elle-même n’est-elle pas une alliance contre les autres dieux, et solidairement contre les autres peuples, qui adorent ces autres dieux ?

Il faut attendre le Deutéronome, cinquième et dernier livre du Pentateuque, pour trouver une affirmation explicite de l’unicité de Dieu, qui achève l’identification d’Elohim à Yahvé : “C’est à toi qu’il a donné de voir tout cela, pour que tu saches que Yahvé est le vrai Dieu et qu’il n’y en a pas d’autres” (IV 35). Et encore : “Voyez maintenant que c’est moi qui suis Dieu et qu’il n’en est point d’autre à côté de moi” (XXXII 39). Isaïe le répète : « Ainsi parle Yahvé, roi d’Israël, Yahvé des armées, son rédempteur : “Je suis le premier et je suis le dernier, à part moi, il n’y a pas de dieu” (XLIV 6). “Je suis Yahvé, il n’y en pas d’autre, moi excepté, il n’y a pas de Dieu” (XLV 5). »

Signe de la dette du judaïsme envers le zoroastrisme, le paradis, concept essentiel dans l’économie du salut, est un mot d’origine perse. En revanche, il n’y pas trace d’hébraïsme dans l’Avesta ni dans la littérature religieuse postérieure de l’Iran. “Avant la conquête musulmane [651], il n’y avait presque pas de mots sémitiques dans les langues iraniennes, alors que le nombre des mots iraniens en hébreu, en araméen et en syriaque est réellement imposant” (Geo Widengren, Les religions de l’Iran, p. 394). Dans la forme, la Bible, qui raconte l’histoire, réelle ou légendaire, du peuple hébreu, n’a rien à voir avec l’Avesta, qui est un recueil d’hymnes, de prières, de prescriptions rituelles, de mythes cosmogoniques. C’est sur le fond que la transmission est manifeste, bien que les auteurs de l’Ancien Testament aient tu ce qu’ils devaient au zoroastrisme, dont ils avaient forcément conscience. Ils ont négligé un détail : le nom du paradis ! C’est là qu’un Sherlock Holmes de l’histoire religieuse pourrait découvrir le pot aux roses… En cherchant bien, car le texte établi par des érudits juifs, les Massorètes, au IXe siècle après J.-C. a été soigneusement épuré, en sorte que le mot hébreu “pardès”, issu de l’avestique “pairidaesa”, n’y figure que trois fois, et seulement dans le sens d’un parc ou d’un verger. Mais les Septante avaient vendu la mèche au IIIe siècle avant notre ère, mille ans plus tôt. Partant d’un original hébraïque aujourd’hui disparu qu’ils ont traduit en grec, ils ont employé une trentaine de fois le mot “paradeisos” pour désigner le séjour des bienheureux. De même, dans sa traduction latine de la Bible, la Vulgate, au IVe siècle de notre ère, saint Jérôme a écrit maintes fois le mot “paradisus” dans le même sens. Il est évident que le concept de paradis a été transmis aux Juifs par les Perses en même temps que le mot.

En cherchant bien, Sherlock pourrait découvrir quelques autres détails révélateurs, par exemple Asmodée, “le pire des démons”, qui n’est autre que le démon Aesma daeva du zoroastrisme (Tobie, III 8). Evidemment, on s’en doute, l’asymétrie est totale en la matière, rien dans l’Avesta ne vient de la Bible.

Si les auteurs de l’Ancien Testament ont dit leur vénération pour Cyrus, ils se sont bien gardés de mentionner son Dieu, Ahura Mazda. Ils se sont même autorisés à annexer Cyrus pour en faire un Juif comme eux, puisqu’on peut lire à la fin du second livre des Chroniques : « Ainsi a parlé Cyrus, roi de Perse : “Yahvé, Dieu des cieux, m’a donné tous les royaumes de la terre et il m’a chargé de lui rebâtir une Maison à Jérusalem qui est en Judée” » (XXXVI 23, repris en Esdras, I 2). On avait l’interpretatio romana, qui assimilait les dieux du panthéon grec aux dieux romains, Zeus à Jupiter, Athéna à Minerve, etc.. Interpretatio judaica, ici, le Dieu de Cyrus et des Perses étant assimilé à Yahvé, Dieu des Israélites. La grande différence, c’est qu’Ahura Mazda n’est pas nommé. L’auteur des Chroniques savait pertinemment que Cyrus adorait Ahura Mazda. En l’identifiant à Yahvé, il a révélé, à son corps défendant, que le judaïsme était tributaire de la religion des Perses pour la croyance en un Dieu unique. Le sens de la transmission est évident. L’idée ne serait jamais venue aux Perses de prendre Yahvé pour Ahura Mazda.

Il est cependant impropre de parler d’influences du zoroastrisme sur le judaïsme. En réalité, le judaïsme s’est constitué à partir du zoroastrisme. Avant -539, le judaïsme n’existait pas. Le judaïsme fut une nouvelle religion qui est née de la transposition du Dieu universel en Dieu ethnique, Yahvé, avec l’affirmation parallèle de la théorie du peuple élu. C’est Zoroastre qui a fondé le monothéisme, ce ne furent pas les prophètes d’Israël.

Ce ne fut pas non plus le pharaon Aménophis IV, ou Akhénaton, “serviteur d’Aton”, qui régna sur l’Egypte de -1379 à -1362. Bien que celui-ci rendît un culte exclusif au dieu-soleil Aton, il ne niait pas l’existence des autres dieux ; sa doctrine, qui affirmait la primauté d’un dieu sur les autres dieux, était donc un simple hénothéisme, et non un monothéisme. Contrairement à la légende entretenue par Sigmund Freud dans un livre délirant, Moïse et le monothéisme (1939), le judaïsme ne doit strictement rien à Akhénaton, dont la réforme fut au demeurant sans lendemain en Egypte.

B. Le judaïsme fut une régression par rapport au zoroastrisme.

Régression théologique, d’abord, puisque, héritier d’une religion universaliste, il était, quant à lui, une religion particulariste et raciste et qu’il a rabaissé Dieu en le ramenant aux limites d’une ethnie, définie par son ancêtre éponyme, Jacob-Israël. On ne mesure pas assez les terribles conséquences de cette appropriation ethnique de Dieu. Elle impliquait que les non-Juifs devenaient des sans-dieu. C’est le christianisme qui a tenu a posteriori les Hébreux pour le peuple élu de Dieu sous l’Ancienne Alliance, dans l’attente de la Nouvelle. Les Israélites se considéraient plutôt pour leur part comme le peuple de Dieu, entouré de peuples sans Dieu qui étaient exclus de l’humanité authentique. Il y avait à leurs yeux une différence plus grande entre un Juif et un non-Juif, un “Goy”, terme de mépris, qu’entre ce dernier et une bête. De plus, les Israélites étant, par définition, les descendants de Jacob-Israël, la conversion éventuelle d’un non-Juif au judaïsme faisait de lui un simple prosélyte, individu d’un rang inférieur, et non un Israélite.

Les peuples primitifs se désignent eux-mêmes par un mot qui signifie “homme”, considérant ainsi que les étrangers ne sont pas des hommes. Les Juifs ont conservé à la nouvelle religion qu’ils ont constituée après -539 le caractère primitif qu’ils tenaient de leurs ancêtres, en dépit de l’élévation spirituelle que le zoroastrisme leur avait insufflée. La circoncision masculine, excision du prépuce, rite barbare qui soulevait d’horreur Grecs et Romains, témoigne du caractère primitif du judaïsme. Le comble est que les anciens Israélites ont voulu faire de cette pratique dégoûtante, qui est une mutilation sexuelle, la marque de l’Alliance avec Yahvé (Genèse, XVII 9-14).

La Nouvelle Alliance des chrétiens n’a pas grand-chose à voir avec l’Ancienne des Juifs, malgré le nom. Cette dernière est une alliance au sens propre, une alliance contre. Ainsi, Yahvé, Dieu jaloux, inculque aux Israélites la haine des autres peuples, qui adorent d’autres dieux que lui, et il les leur “livre” (le mot revient souvent dans la Bible hébraïque) pour qu’ils les détruisent avec leurs dieux, c’est-à-dire pour qu’ils les exterminent, y compris les femmes et les enfants, en sorte que leurs dieux disparaissent avec eux.

Le judaïsme a fait du Dieu bon de Zoroastre un Dieu cruel, vindicatif – mauvais. Yahvé ordonne par exemple l’extermination des Amalécites, “y compris les enfants à la mamelle” (I Samuel, XV 3), et se déclare “le Dieu fort et jaloux qui venge l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et quatrième génération” (Décalogue : Exode, XX 5).

On pense que ce sont les prophètes et autres auteurs inspirés de l’Ancien Testament qui sont arrivés au monothéisme en faisant du dieu ethnique des Hébreux, Yahvé, le Dieu unique. En réalité, c’est l’inverse qui s’est produit. Les Juifs ont adopté le Dieu unique du zoroastrisme en l’assimilant à leur dieu ethnique, opération effrontée qui les a conduits en même temps à décréter qu’ils étaient le peuple de Dieu, alors qu’ils n’étaient qu’un peuple marginal, dépourvu de civilisation, que Max Weber a qualifié de “peuple paria”.

Selon André Caquot (1923-2004), professeur au Collège de France, titulaire de la chaire d’hébreu et d’araméen, le nom des Hébreux, ‘ibrîm dans la Bible, et l’adjectif ‘ibrî qui s’y rattache, ont été employés en premier lieu “pour qualifier un esclave” : “Les premiers Israélites auraient été appelés Hébreux en raison de leur déchéance sociale.” Ils n’auraient pas été à l’origine un groupe ethnique, mais une catégorie sociale “en marge de la société urbaine, étrangers errants ou brigands plus ou moins menaçants” (“La religion d’Israël”, Histoire des religions, tome 1, Gallimard, Encyclopédie de la Pléiade, 1982, pp. 378-379).

C’est le christianisme qui a donné rétrospectivement de l’importance et de l’intérêt à une peuplade obscure dont l’horizon intellectuel ne dépassait pas une étroite bande de terre comprise entre le Jourdain et la Méditerranée. Petit pays pour un petit peuple qui en a fait sa terre promise. La grandeur du christianisme a créé un effet d’optique qui nous empêche de voir la petitesse du judaïsme réduit à lui-même.

La Bible hébraïque a magnifié l’insignifiance des anciens Israélites en nous faisant accroire que c’étaient eux, et eux seuls, bénéficiant d’une inspiration divine qui leur aurait été réservée, qui avaient conçu les croyances sublimes qu’ils ont transmises aux chrétiens, alors qu’ils les avaient en réalité reçues des Perses.

Régression morale, ensuite, dès lors que le judaïsme a répudié la morale universelle du zoroastrisme pour définir une morale ethnique. Le Décalogue est clair à cet égard : “Je suis Yahvé, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte” (XX 2). Les Dix Commandements ne s’appliquent donc qu’aux Juifs. Mieux encore, le dixième et dernier Commandement nous apprend que le Décalogue ne s’adresse en réalité qu’aux Juifs de sexe masculin et de condition libre, ni aux non-Juifs, donc, ni non plus aux femmes et aux esclaves : “Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son esclave, mâle ou femelle, ni son bœuf, ni son âne, ni rien de ce qui lui appartient” (XX 17). Le fait que le christianisme ait réinterprété le Décalogue pour en faire un enseignement destiné à tous les hommes ne change rien au sens initial. Le “prochain”, dans la Bible hébraïque – l’Ancien Testament -, c’est nécessairement un autre Juif. Un non-Juif n’est pas un prochain. Le Lévitique ne laisse pas de doute sur ce point : “Tu ne garderas pas rancune envers les fils de ton peuple, mais tu aimeras ton prochain comme toi-même” (XIX 17). Le “prochain”, c’est un “fils de ton peuple”, un autre Juif donc.

Il faut accepter la vérité sans ambages : prise à la lettre, la Bible hébraïque est foncièrement immorale, étant traversée de part en part par une haine rabique envers les non-Juifs. On y trouve un tissu d’horreurs et d’atrocités qui n’ont pas rebuté les auteurs inspirés. Il y a eu dans l’histoire de nombreux populicides ou “génocides” (moins courant, le premier mot est plus français que le second), mais seuls les Hébreux se sont glorifiés de ceux qu’ils avaient perpétrés, réels ou imaginaires, et que l’Ancien Testament raconte parfois avec des détails sadiques. La liste en est longue – extermination des Madianites : Nombres, chapitre XXXI ; des Amorrhéens : Deutéronome, chapitre II ; des Basanites : Deutéronome, chapitre III ; des Chananéens : Deutéronome, chapitres VII et XX ; des habitants de la ville de Jéricho : Josué, chapitre VI ; des habitants de la Palestine : Josué, chapitre X ; des Amalécites : premier livre de Samuel, chapitre XV ; des Amnonites : second livre de Samuel, chapitre XII... C’est une kyrielle de “crimes contre l’humanité” qui n’ont pas eu leur procès de Nuremberg. Quand l’apôtre saint Paul, traitant de l’Ancienne Alliance, la qualifie de “ministère de la lettre” et de “ministère de la mort”, disant : “…la lettre tue” (II Corinthiens III 6-7), l’expression doit être prise… au pied de la lettre.

Par exemple, dans les Nombres, au chapitre XXXI, on lit que “Moïse s’est mis en colère contre les principaux officiers de l’armée… qui venaient du combat [contre les Madianites]” parce qu’ils n’avaient exterminé que les hommes et qu’il leur dit : “Pourquoi avez-vous sauvé les femmes ?… Tuez donc tous les mâles parmi les petits enfants, et faites mourir les femmes dont les hommes se sont approchés. Mais réservez pour vous toutes les petites filles, et toutes les autres qui sont vierges” (14-18). Les féministes apprécieront la conclusion de ce passage : “On trouva que le butin que l’armée avait pris était de six cent soixante-quinze mille brebis, de soixante-douze mille bœufs, de soixante et un mille ânes, et de trente-deux mille personnes du sexe féminin, c’est-à-dire de filles qui étaient demeurées vierges” (32-35). Où l’on voit que les femmes faisaient partie du bétail, mentionnées du reste, dans l’énumération des espèces, après les brebis, les bœufs et les ânes…

Les Amalécites n’ont pas été mieux traités : « Voici ce que dit Yahvé des armées : “…tuez tout, depuis l’homme jusqu’à la femme, jusqu’aux petits enfants, et ceux qui sont encore à la mamelle, jusqu’aux bœufs, aux brebis, aux chameaux et aux ânes” » (I Samuel, XV 2-3). On peut expliquer, à défaut de le justifier, le massacre des enfants, qui visait à anéantir un peuple tout entier et aussi, peut-être, à éviter que ceux-ci, devenus grands, n’aient la velléité de venger leurs pères. Mais pourquoi tuer les pauvres bêtes ? Les bœufs, les brebis, les chameaux, les ânes ? Cruauté gratuite qui témoignait d’une fureur sadique. Le pire est cependant à venir, car, si le roi Saül “fit passer tous les Amalécites au fil de l’épée”, il épargna “ce qu’il y avait de meilleur dans les troupeaux de brebis et de bœufs” (XV 8-9), alors que Yahvé lui avait donné l’ordre de tout tuer. Cette désobéissance, le simple fait d’avoir épargné une partie des troupeaux, a provoqué la colère de Yahvé, qui s’est repenti d’avoir fait de Saül un roi (XV 10-31)…

Le saint roi David a montré qu’il avait le sens du détail quand il s’est agi d’exterminer les Amnonites : “(Le roi) David assembla… tout le peuple, et marcha contre (la ville de) Rabbath ; et après quelques combats, il la prit… Et ayant fait sortir les habitants, il les coupa avec des scies, fit passer sur eux des chariots avec des roues de fer, les tailla en pièces avec des couteaux, et les jeta dans les fourneaux où l’on cuit la brique. C’est ainsi qu’il traita toutes les villes des Amnonites” (II Samuel, XII 29-31). On notera sans surprise que Yahvé, qui avait grondé David quelques versets plus haut pour avoir envoyé à la mort un général dont il convoitait la femme, ne trouva rien à redire au traitement qu’il avait infligé aux Amnonites.

Point de pitié ni de pardon pour les victimes des populicides : “Vous n’aurez pas pitié d’eux” (Deutéronome, VII 2, au sujet des Cananéens) ; “Vous ne leur pardonnerez pas” (I Samuel, XV 3, au sujet des Amalécites). Ce n’était pas très évangélique…

Les “oracles contre les nations”, c’est-à-dire contre les non-Juifs, proférés par Jérémie (XXV et XLVII à LI) et Ezéchiel (XXV à XXXII) appellent à l’anéantissement de dizaines de peuples : “Non, vous ne serez pas épargnés, car j’appelle moi-même l’épée contre tous les habitants de la terre, oracle de Yahvé des armées” (Jérémie, XXV 29). Ces cris de haine attribués à Dieu lui-même laissent pantois.

Les commentateurs ordinaires évoquent complaisamment “l’exclusivisme” des Juifs de l’Ancien Testament. Euphémisme dérisoire pour qualifier un immonde racisme qui les pousse à assassiner même “les enfants à la mamelle” et à s’en glorifier (I Samuel, XV 3).

N’oublions pas non plus que l’acte fondateur du peuple juif fut une escroquerie : celle commise, avec la complicité de sa mère Rébecca, par Jacob, qui a dupé son père Isaac pour spolier son frère Esaü (Genèse, XXVII 5-29). La captation du droit d’aînesse pour un plat de lentilles n’était déjà pas glorieuse (Genèse, XXV 29-34), mais, là, la malhonnêteté a été à son comble, puisqu’elle visait son propre père. Il faut appeler un chat un chat et Jacob un fripon.

Et que dire de l’étrange combat de Jacob contre Dieu, au XXXIIe chapitre de la Genèse, combat qui lui a valu de changer de nom pour s’appeler désormais Israël – Jacob-Israël étant l’ancêtre éponyme des Israélites ? Le nom “Israël” vient de “isra”, “il combat” en hébreu, et de “El”, “Dieu” ; il signifie : “Celui qui se bat contre Dieu”… Tout un programme, si l’on ose dire ! Ici, à notre humble avis, l’interprétation littérale s’impose, aussi désagréable qu’elle puisse paraître, d’autant qu’on n’a jamais avancé un sens figuré qui fût crédible. Force est donc d’admettre que, selon la Bible, Jacob-Israël et les Israélites sont “ceux qui se battent contre Dieu”. La bénédiction que Celui-ci a accepté de donner à Jacob et l’élection qu’Il a conférée aux Israélites dans l’attente de la venue du Christ furent la manifestation de sa miséricorde infinie. Dieu a voulu sauver même ceux qui se dressaient contre Lui.

Cette interprétation peut être précisée si l’on estime, comme Luther, que Dieu, qui avait pris ici forme humaine dans sa lutte contre Jacob, était déjà le Christ, avant son Incarnation. Dans cette hypothèse, le combat de Jacob-Israël contre Dieu prophétiserait celui des Israélites contre Jésus de Nazareth et le Déicide dont l’apôtre saint Paul les a accusés dans le deuxième chapitre de la première épître aux Thessaloniciens : “Les Juifs ont tué le Seigneur Jésus et ses prophètes… Ils ne plaisent point à Dieu. Ils sont les ennemis du genre humain… La colère de Dieu sera sur eux jusqu’à la fin des temps” (14-16). L’apôtre saint Pierre lui a fait écho au chapitre III des Actes des apôtres : “O Israélites… le Dieu d’Abraham… le Dieu de nos pères a glorifié son fils Jésus que vous avez livré et renié devant Pilate… Vous avez renié le Saint et le Juste ; vous avez demandé qu’on accordât la grâce d’un homme qui était un meurtrier ; et vous avez fait mourir l’auteur de la vie ; mais Dieu l’a ressuscité d’entre les morts…” (12-19).

Au chapitre II de l’Apocalypse de l’apôtre saint Jean, c’est le Christ lui-même qui s’adresse à l’Eglise de Smyrne : “…vous êtes noircis par les calomnies de ceux qui se disent juifs et ne le sont pas, mais qui sont la synagogue de Satan” (8-9). Le Christ avait déjà tonné contre les scribes et les pharisiens dans l’Evangile selon saint Matthieu : “Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous êtes semblables à des sépulcres blanchis, qui au dehors paraissent beaux aux yeux des hommes, mais au dedans sont pleins d’ossements, de morts et de toute sorte de pourriture… Serpents, races de vipères, comment pourrez-vous éviter d’être condamnés au feu de l’enfer ?” (XXIII, 27, 33).

Naissance d’archanges

Avant la réforme zoroastrienne, les Iraniens, qui étaient polythéistes, connaissaient à l’origine deux classes de dieux, tout comme les Indo-Aryas : ahuras/daevas en iranien, asuras/devas en sanscrit, langue des Védas. En Iran, on a fait des daevas des démons, alors qu’en Inde, bizarrement, ce sont à l’inverse les asuras qui le sont devenus. Zoroastre n’a pas eu de mal à achever cette évolution en Iran. Les daevas, démons, ont donc fait cortège à Angra Manyu, l’Esprit du Mal. Les daevas n’étaient pas seulement tenus comme mauvais, ils avaient aussi perdu les attributs qui définissaient un dieu, en ce sens qu’après leur rétrogradation ils ne pouvaient plus recevoir un culte d’adoration, même de la part des méchants.

Zoroastre devait encore réduire la liste des nombreux ahuras à un seul pour fonder le monothéisme en faisant d’Ahura Mazda le Dieu unique. Comme Georges Dumézil l’a montré dans Naissance d’archanges, le prophète a dévalué les autres dieux “ahuras” du panthéon indo-iranien, qui sont devenus des “entités”, des archanges, les immortels bienfaisants, ameshas spentas, auxquels se sont ajoutés de simples anges, yazatas. Ainsi, la croyance aux anges ou archanges est un corollaire du monothéisme. “Le système zoroastrien des Entités a été substitué au système indo-iranien des dieux fonctionnels” (Georges Dumézil, Naissance d’archanges, p. 130). C’est-à-dire à la hiérarchie des dieux conforme à l’idéologie tripartie des Indo-Européens ou modèle des trois fonctions (fonction souveraine, fonction guerrière, fonction productive). “Les Entités appelées à remplacer les vieux dieux fonctionnels se sont approprié une partie de la mythologie de ces dieux… La substitution des Entités aux dieux a été comprise, sentie, comme substitution, le mécanisme en a été clair dans l’esprit du peuple qui recevait la réforme comme dans l’esprit des docteurs qui la faisaient” (ibidem, p. 169). La conception des immortels bienfaisants, ameshas spentas, était “le dogme essentiel” des Gâthâs (ibidem, p 77). “Zoroastre, tout en se jetant passionnément dans l’évidence du monothéisme, n’a pas voulu laisser perdre la distinction des fonctions de souveraineté mystique, de puissance combattante et de fécondité… Pour sauver toute cette science sans compromettre l’unité divine, il a substitué aux dieux individuels qui patronnaient les diverses nuances des trois fonctions, des Entités abstraites qui définissent ces nuances et en maintiennent le plus précieux : les rapports” (ibidem, p. 186). “Sacrifiant ses mythes, Zoroastre en a gardé l’essentiel, l’armature philosophique, pour l’appliquer à l’analyse ardente de l’objet nouveau de sa foi : le dieu unique, créateur et maître universel” (ibidem, p. 188).

Les archanges et autres anges du zoroastrisme sont en quelque sorte des OVNI de la pensée religieuse… Ces entités, qui ne sont pas des dieux, ni des génies ou des fées, qui sont des instruments et des messagers de Dieu, sont une catégorie sans précédent dont l’existence est commandée par la foi dans le Dieu unique, Ahura Mazda, ainsi que par la nécessité de préserver la structure trifonctionnelle des anciens dieux. A la fois homologues et postérieurs à ceux de l’Avesta, les anges et archanges de la Bible en sont incontestablement la réplique. Leur réapparition dans la Bible, et cela, dès son premier livre, la Genèse (XVI 7, XXIV 7), résulte sans conteste d’un emprunt au zoroastrisme. Et, bien sûr, les archanges de la Bible sont au nombre de sept, comme les immortels bienfaisants. Si Dumézil a appelé “archanges” les entités zoroastriennes, c’est qu’il avait une claire conscience de l’homologie, bien qu’il n’ait pas voulu sortir de son domaine pour analyser cette filiation évidente.

Il y a dans le zoroastrisme un lien organique entre les archanges (et accessoirement les simples anges), d’une part, et le monothéisme, d’autre part, puisque ceux-ci sont la trace des dieux disparus. Or, les anges et archanges de l’Ancien Testament n’ont aucun rapport avec d’anciens dieux et ne sont donc nullement nécessaires à la foi dans le Dieu unique. Ils ont encore moins de rapport avec les trois fonctions, que la Bible hébraïque ignore. Ce simple fait suffirait à montrer dans quel sens s’est réalisée la transmission. En outre, il prouve que la Bible n’a pas été composée avant -539, puisque ses anges proviennent du zoroastrisme, bien qu’elle ait pu reprendre des matériaux plus anciens, récits historiques ou légendaires.

De fait, les plus anciens livres de la Bible semblent avoir été écrits du temps d’Esdras, “scribe de la Loi du Dieu des cieux”, sous Artaxerxès Ier, qui régna sur l’empire perse de -465 à -425 (Esdras, VII 11-12). La Bible de Jérusalem doit le reconnaître : “Esdras est vraiment le père du Judaïsme” (p. 442). C’est lui qui a composé le canon de la Bible hébraïque, s’agissant du moins des livres les plus anciens. Il n’en fut pas l’auteur à proprement parler, car il a très probablement utilisé des matériaux antérieurs, mais il les a sélectionnés, corrigés, modifiés, dans la perspective qui était la sienne, selon son inspiration divine, sans doute, mais aussi selon les instructions que lui avait données son maître Artaxerxès. En effet, Esdras avait reçu de celui-ci une lettre de mission, qu’il cite, d’où il ressort qu’il était chargé non seulement “d’inspecter Juda et Jérusalem”, mais aussi, surtout, d’instaurer “la Loi de (son) Dieu, qui est la loi du roi” (VII 12-26). Il est permis de penser que c’est alors que s’est produite la première transfusion de la religion iranienne, le zoroastrisme ou une variante de celui-ci, dans ce qui allait devenir le judaïsme.

Il est peu vraisemblable que les Israélites n’aient adoré précédemment que Yahvé. L’habileté d’Esdras a été de tabler sur “l’exclusivisme” exacerbé des Israélites en faisant des concurrents de Yahvé des divinités étrangères. Et il a bien pris garde de révéler que ce Dieu unique nouvellement proclamé était l’homologue ou la transposition d’Ahura Mazda, Dieu de son maître Artaxerxès, et qu’Il était donc un héritage de l’Iran. Esdras a prétendu au contraire que cette croyance au Dieu unique était l’aboutissement d’une longue histoire nationale remontant à Abraham et à Moïse et il a donc fallu à cette occasion qu’il transformât le Dieu universel en Dieu ethnique. Cet artifice a si bien réussi qu’aujourd’hui encore on croit à la véracité historique de son récit mythique conçu pour occulter la translation du zoroastrisme au judaïsme.

Sept, nombre sacré

Esdras arriva à Jérusalem la septième année du règne d’Artaxerxès, envoyé par celui-ci et ses sept conseillers. Il est amusant de relever que la valeur sacrée attachée dans la Bible au nombre sept, comme le montre notamment la création du monde en sept jours, paraît provenir elle aussi du zoroastrisme. En effet, les immortels bienfaisants sont au nombre de sept, y compris Ahura Mazda lui-même, qui figure en tête de liste. Dans les deux cas, le nombre sept s’analyse comme 6+1, puisque le septième jour de la création Dieu se repose, comme les hommes le septième jour de la semaine, et que, de même, Ahura Mazda est d’une autre nature que les six entités qui suivent. On l’a vu, les archanges de la Bible sont sept, comme les immortels bienfaisants.

Le premier Avesta comprend, en plus des Gâthâs, le Yasna Haptahâti, autrement dit, le Yasna-aux-sept-chapitres (yasna signifiant sacrifice). Un hymne du second Avesta qui exalte la nativité du prophète annonce que “désormais, la bonne religion mazdéenne va se répandre sur les sept continents”… ce qui ne veut pas dire que les anciens Perses avaient découvert l’Amérique. Zoroastre a commencé sa vie en faisant sept miracles, puis il a eu sept entretiens avec Ahura Mazda, et il est mort à 77 ans, soit sept plus dix fois sept.

La sacralisation du nombre sept faisait partie du fonds commun des Indo-Iraniens. L’Inde a ses Saptarishis, ses sept Sages, et la liste des adityas, ou dieux souverains, dans le Rig Véda est aussi une heptade. (Il est vrai que Dumézil ne comptait que six adityas, omettant le dernier, Surya, – voir “L’idéologie tripartie des Indo-Européens”, p. 163 – et que les Brahmanas ont porté leur nombre à douze…)

On nous objectera que les Israélites ont pu s’inspirer des Chaldéens ou des Babyloniens, qui avaient eux aussi sacralisé le nombre sept, d’autant qu’Abraham est censé être originaire d’Ur en Chaldée. Ce pourrait être une innovation indépendante, mais ce fut plus probablement un emprunt aux Indo-Iraniens, présents en Mésopotamie au moins depuis la création de l’empire de Mitanni vers -1460, donc bien avant les premières mentions des Chaldéens au Xe siècle avant J.-C. ou la fondation de l’empire néo-babylonien au VIIe siècle. Du reste, puisque la Bible ne date pas d’avant la prise de Babylone par Cyrus en -539, elle a pu subir sur ce point une double influence des Indo-Iraniens, directe par les Perses et indirecte par les Babyloniens.

La Ménorah, chandelier ou candélabre à sept branches, est l’emblème du judaïsme (Exode, XXV 31-40). Là encore, 7 s’analyse comme 6+1, puisque la Bible dit que “six branches sortiront de ses côtés, trois branches du candélabre d’un côté, et trois branches du candélabre du deuxième côté”, en sus de la branche centrale. La Bible raconte que le démon Asmodée a tué l’un après l’autre les sept maris de Sarra (au bord du suicide, celle-ci a été sauvée par l’archange Raphaël, qui l’a donnée à Tobie) (Tobie, III 7-17).

La sacralisation de sept tourne à l’obsession dans le récit du siège de Jéricho au chapitre VI de Josué. Au septième jour, sept prêtres sonnent les sept trompettes qui vont faire tomber les murailles en faisant sept fois le tour de la ville, avant, bien sûr, que d’exterminer “tout ce qui se trouvait dans la ville, hommes et femmes, jeunes et vieux, jusqu’aux taureaux, aux moutons et aux ânes, les passant au fil de l’épée”. Sept, nombre magique… Au chapitre VII du Deutéronome, ce sont “sept nations plus nombreuses et plus puissantes” que le peuple israélite, dont les Cananéens, qui sont “dévouées par anathème”, autrement dit vouées à l’extermination ou plus précisément à l’immolation, ces tueries étant tenues pour un sacrifice rendu à Yahvé à sa demande (dévouer a ici le sens d’immoler).

Le judaïsme actuel – qui est celui des pharisiens dont parle l’Evangile – réserve aux Juifs le Décalogue et les 613 commandements ou mitzvot dénombrés par Maïmonide ; les rabbins ne proposent aux non-Juifs (Goyim) pour se conformer à la Bible, sans qu’ils puissent pour autant devenir juifs, que “les sept lois des enfants de Noé”. Ils sont trop bons…

Le Nouveau Testament n’est pas en reste, puisqu’on lit dans l’Apocalypse de saint Jean : “…il y avait devant le trône sept lampes allumées, qui sont les sept Esprits de Dieu” (IV 5). Et encore : “Je vis dans la main droite de celui qui était assis sur le trône un livre scellé de sept sceaux” (V 1). “Je vis les sept anges qui sont devant la face de Dieu, et on leur donna sept trompettes” (VIII 2). “Je vis dans le ciel un autre prodige grand et admirable. C’étaient sept anges qui avaient les sept dernières plaies par lesquelles la colère de Dieu est consommée… Les sept anges qui portaient les sept plaies sortirent du temple… Alors, l’un des quatre animaux donna aux sept anges sept coupes d’or pleines de la colère de Dieu” (XV 1, 6-7).

La sacralisation du nombre sept peut venir du nombre de planètes que l’on voit à l’œil nu, sans compter la Terre : Mercure, Vénus, Mars, Jupiter, Saturne, auxquelles on ajoutait le soleil et la lune. Les anciens astrologues ou astronomes ont supposé qu’il y avait donc sept cieux, chaque planète étant posée sur le sien ; dans une variante, on ajoutait la voûte céleste qui portait les étoiles, ce qui obligeait à négliger Mercure, proche du soleil, pour rester à sept cieux… Et les alchimistes ont établi une correspondance avec les sept métaux connus dans l’Antiquité : or, cuivre, argent, plomb, étain, fer, mercure.

Le mithriacisme, hérésie zoroastrienne qui sévissait dans l’empire romain, où elle a longtemps concurrencé le christianisme, avait ses “mystères”, lesquels connaissaient sept grades d’initiation, le premier étant ouvert aux enfants à l’âge de sept ans.

On notera encore avec amusement l’embarras de Georges Dumézil au sujet d’Armaiti, quatrième des six immortels bienfaisants (Ahura Mazda mis à part), “qui altère la correspondance entre la liste des dieux fonctionnels de Mitani [première attestation écrite de la trifonctionnalité, en -1380] et la liste des Archanges mazdéens” (op. cit., p. 170). “Pourquoi, comme représentants de la troisième fonction, le réformateur ne s’est-il pas contenté des deux figures jumelles [Haurvatât-Ameretât] qu’il substituait aux Nàsatya ?” (p. 173). Dumézil avance deux hypothèses improbables. (1) “Zoroastre s’est peut-être trouvé devant deux listes équivalentes, interchangeables” (p. 174), ayant au troisième échelon, soit les Nàsatya, soit la Terre, qui sera représentée par Armaiti. (2) Ou encore : “Le groupement des dieux scandinaves de la fécondité et de l’abondance [troisième fonction], Njördhr, Freyr, Freya, peut éclairer, et engager à considérer comme ancien, le groupement des trois dernières Entités zoroastriennes, Armaiti, Haurvatât, Ameretât” (p. 180).

Ultérieurement, Dumézil a imaginé une autre solution, qui lui a semblé la meilleure : (3) Armaiti serait l’équivalente de Sarasvati, la déesse trivalente des Védas, qui est associée aux trois fonctions, mais qui est classée dans la troisième (“L’idéologie tripartie des Indo-Européens”, p. 152).

En fait, aucune des trois hypothèses ne démontre qu’il fût nécessaire d’ajouter Armaiti à la structure trifonctionnelle, celle-ci étant déjà complète sans elle. Dumézil n’a pas pensé à une explication beaucoup plus simple… Le réformateur a peut-être simplement voulu que la liste des immortels bienfaisants contînt sept entités, ou plutôt 6+1, puisque sept avait une valeur sacrée ! Encore fallait-il ajouter Ahura Mazda en tête de liste. Dans une variante, c’est Spenta Manyu, l’Esprit Saint, qui est à la première place, l’essentiel étant toujours d’arriver à sept. Comme l’a remarqué plaisamment Jean Kellens, c’est le contraire des trois Mousquetaires, qui sont quatre : les sept immortels bienfaisants ne sont que six…

Comme l’Iran et l’Inde, la Grèce antique donnait une valeur sacrée ou symbolique au nombre sept. Elle avait ses sept Sages, et elle connaissait également les sept Merveilles du monde, les Sept contre Thèbes, ainsi, plus tardivement, que les sept arts libéraux… Il faut croire qu’elle avait subi l’influence de l’Iran, à moins que ce ne fût un legs du fonds commun indo-européen, puisque les Grecs étaient eux aussi des Indo-Européens. De même, la Rome antique s’est donnée sept rois dans l’histoire fabuleuse de ses origines, de Romulus à Tarquin le superbe.

Nous voyons sept couleurs dans l’arc-en-ciel et c’est à sept ans que l’enfant atteint l’âge de raison. Jusqu’en 2002, le mandat du président de la république était un septennat. Le cinéma est le septième art (qui nous a donné notamment Le septième sceau d’Ingmar Bergman et Les sept samouraïs d’Akira Kurosawa). Nous avons gardé les sept jours de la semaine, tout en repoussant le jour de repos du samedi, le sabbat des Juifs, au dimanche, jour de la Résurrection. Les catholiques ont multiplié les heptades sans se douter le moins du monde que la valeur sacrée du nombre sept était d’origine zoroastrienne. Ils se souviennent des sept dernières paroles du Christ en Croix, ils fêtent Notre-Dame des sept douleurs le 15 septembre, ils disent sept prières pour les sept douleurs et les sept allégresses de saint Joseph. Ils ont ouï-dire de la légende orientale des sept dormants. Ils ont sept sacrements et les enfants peuvent faire leur première communion à l’âge de sept ans. Ils connaissent les sept dons du Saint-Esprit, les sept vertus principales (trois théologales et quatre cardinales), les sept péchés capitaux…

On ne s’étonnera donc pas que le présent article soit divisé en sept paragraphes, celui-ci étant un intermède qui joue le rôle d’Armaiti parmi les immortels bienfaisants…

Etrange méconnaissance

Ce fait indubitable que les dogmes et la morale du zoroastrisme ont été transmis d’abord au judaïsme antique, après -539, puis, par son intermédiaire, au christianisme, au judaïsme postérieur et à l’islam, est étrangement méconnu. On peut en donner quatre raisons.

La première est évidente : l’Ancien Testament ne souffle mot de Zoroastre ni du zoroastrisme. On a cru que la vénération des Juifs pour Cyrus tenait simplement au fait qu’il les avait libérés et qu’il leur avait permis de construire ou de reconstruire un temple à Jérusalem. On n’a pas su voir qu’elle était aussi sans doute la reconnaissance implicite qu’il leur avait inculqué des idées religieuses nouvelles.

La deuxième raison, c’est la difficulté du sujet, qui vient de l’obscurité des textes et de l’incertitude de la traduction. La démonstration définitive de l’archaïsme de la langue des Gâthâs n’a été faite qu’en 1958. Auparavant, les savants avaient échafaudé diverses hypothèses aujourd’hui irrecevables, notamment sur la datation de l’Avesta. On a même eu droit à des thèses ébouriffantes. Par exemple, en 1938, Henrik Samuel Nyberg avait fait de Zoroastre un sorcier ou un chaman. Tout au contraire, en 1947, Ernst Emil Herzfeld avait fait de celui-ci un homme politique qui aurait vécu à l’époque de Cyrus et Darius… En 1951, Walter Bruno Henning a fait justice de ces deux théories aussi arbitraires et absurdes l’une que l’autre (“Zoroaster, politician or witch-doctor ?”, repris dans Robert Charles Zaehner, op. cit., pp. 349-359). S’agissant de Zoroastre, la bonne interprétation avait pourtant été donnée pour l’essentiel dès 1862 par Martin Haug, qui fut le premier savant à avoir soutenu la datation haute. Selon Haug, Zoroastre fut un prophète qui a professé un monothéisme intransigeant. Comme celui-ci parle à la première personne du singulier dans les Gâthâs, il n’y a aucune raison sérieuse de douter de sa réalité historique, bien qu’il ait vécu il y a fort longtemps, aux environs de -1400.

La troisième raison, c’est le caractère multiforme de l’Avesta, qui contient trois religions en une : monothéisme, dualisme, polythéisme, sans parler de l’évolution ultérieure du mazdéisme. Nous n’avons parlé jusqu’à présent que du zoroastrisme pur, lequel était strictement monothéiste à l’origine. Mais il a ultérieurement muté vers le dualisme lorsque les disciples de Zoroastre, hantés par la présence du Mal dans le monde, ont trouvé insuffisante la justification qu’en avait donnée le prophète. Si Ahura Mazda est infiniment bon, pourquoi a-t-il créé Angra Manyu, l’Esprit du Mal ? C‘était en vérité un faux procès, car Angra Manyu n’a pas été créé mauvais, il a décidé de le devenir. « Puisque Angra Mainyu a librement choisi son mode d’être et sa vocation maléfique, le Seigneur Sage ne peut pas être considéré comme responsable de l’apparition du Mal” (Mircea Eliade, Histoire des croyances et des idée religieuses, tome 1, p. 325). En opposant Spenta Manyu à Angra Manyu, Zoroastre avait défini un dualisme moral et philosophique qui ne remettait pas en cause l’unicité de Dieu. Le Videvdat, qui fait partie du second Avesta, altère profondément la doctrine de Zoroastre pour établir un dualisme absolu. Il fait d’Angra Manyu un Dieu à part entière, situé au même niveau qu’Ahura Mazda, le Dieu du Bien, ce dernier absorbant alors l’Esprit Saint, Esprit du Bien, Spenta Manyu. Dans l’empire perse sassanide (226-651), qui tomba lors de la conquête arabe, Ahura Mazda s’appelait Ohrmazd en moyen-perse et Angra Manyu était devenu Ahriman. La religion zoroastrienne était alors un dualisme fondé sur l’opposition Ohrmazd-Ahriman.

Le second Avesta révèle une autre transformation, qui est une réaction polythéiste. Les disciples infidèles de Zoroastre ont ressuscité les dieux défunts, notamment Mithra, tout en reconnaissant la suprématie d’Ahura Mazda. Les anges, yazatas, sont redevenus des dieux. Pourtant, cette nouvelle version du zoroastrisme a conservé la plupart des dogmes transmis au christianisme. Duchesne-Guillemin nous apprend que l’homologie avec celui-ci s’est poursuivie jusque dans le culte :

“Le sacrifice de Haoma est celui d’un dieu mourant offert à un dieu. De plus, celui-ci est son père : Haoma parle en effet d’Ahura Mazda, dans un passage de l’Avesta, comme du Père. Si l’on considère, en outre, qu’après l’oblation le prêtre et les fidèles consomment la victime sous des espèces non sanglantes et, ce faisant, participent à l’immortalité du dieu, en gage de vie éternelle et de résurrection, on reconnaîtra, à la suite de Zaehner, que cette conception rappelle de façon frappante la messe catholique.”

Cependant :

“Ce qui est au centre même de la liturgie chrétienne est à peine entrevu dans le rituel mazdéen – qui ne peut se référer à un fait historique comme la crucifixion” (“L’Iran antique et Zoroastre”, p. 688).

On voit bien que le christianisme ne saurait se réduire au zoroastrisme, malgré la concordance des dogmes ou même des pratiques, parce qu’il ajoute à ce dernier.

Le mythe du zervanisme, selon lequel Ahura Mazda (Ohrmazd) aurait été surplombé par un Dieu suprême nommé Zervan ou Zurvan, maître du temps, qui serait son père, ainsi que celui d’Angra Manyu (Ahriman), a accru la confusion. D’après Jean Kellens, “le zervanisme n’est documenté que par des auteurs non iraniens d’époque postsassanide”, et c’est une “illusion” qui a été maintenant “réfutée” (op. cit., pp. 91 et 164). Sans contester la théorie d’une hérésie zervanite, Jean Varenne semble du même avis pour l’essentiel : « Zurvân, le “Temps”: puissance divine… les Grecs ont cru, à tort, que les mazdéens le plaçaient au dessus du Seigneur Sage. Il n’est en fait que l’une des manifestations de sa toute-puissance » (Zoroastre, le prophète de l’Iran, p. 249). Peut-être aussi les auteurs étrangers à l’Iran ont-ils fait une confusion avec le manichéisme, religion fondée par Mani (216-277) et qui opposait le Dieu du bien et de la lumière, Zurvan, Dieu suprême, au Prince des Ténèbres, Ahrmen, équivalent d’Ahriman. Il n’y aurait donc pas lieu de tenir compte de ce zervanisme imaginaire, les Iraniens n’ayant jamais entendu parler d’un dieu nommé Zervan, du moins avant l’éclosion du manichéisme.

La quatrième raison de cette étrange méconnaissance, c’est la répugnance de beaucoup d’auteurs à accepter qu’il pût y avoir avant la Bible une religion à laquelle celle-ci aurait emprunté ses dogmes. Ce n’est pas vrai seulement d’auteurs chrétiens ou juifs, mais aussi d’incroyants qui témoignent un respect paradoxal pour la thèse de l’originalité absolue du judaïsme. Jean Kellens, spécialiste de l’Avesta, est un exemple caricatural de ce déni de réalité. Lui qui se dit marxiste et athée (on se serait passé de cette confidence déplacée dans un ouvrage d’érudition), mais qui est mieux que quiconque au fait de la question, comme le montrent les citations que nous avons faites de son livre, paraît surtout préoccupé de ne pas “faire concurrencer un prophète juif par un prophète indo-européen” (op. cit., p. 38, voir aussi pp. 66-67) – sachant, bien sûr, que Zoroastre, en tant qu’Iranien, était indo-européen ! Et de céder aux démons de l’hypercritique, qui tend à dissoudre dans le doute les vérités les mieux établies. Cela pour occulter ou retarder la conclusion imparable qu’il refuse alors qu’elle découle nécessairement de ses propres données, ne lui en déplaise : c’est bel et bien un prophète indo-européen, Zoroastre, qui fut le premier, et non les auteurs ou prophètes juifs de l’Ancien Testament, qui ne furent que ses successeurs et ses héritiers.

Les spécialistes de la Bible se contentent le plus souvent de relever comme un fait anecdotique que “paradis” est un mot d’origine perse, sans aller plus loin dans leurs réflexions. Ils ignorent le zoroastrisme, tout autant que les conclusions des spécialistes de l’Iran ancien, comme Duchesne Guillemin, Widengren ou Zaehner, et passent sous silence la concordance des dogmes, alors que ce fait capital saute aux yeux. Widengren s’en est offusqué : “Ces faits ne sont pas universellement reconnus. Je suppose que c’est uniquement pour des raisons scientifiques – en tout cas, je ne discuterai pas des autres ici” (Les religions de l’Iran, p. 393). Et l’auteur de se battre les flancs pour trouver des “raisons scientifiques” qui pourraient expliquer ce déni de réalité. Il est clair qu’il n’y en a pas. Si l’on n’a répondu à Widengren que par la conspiration du silence, c’est que l’on n’avait aucun argument sérieux à lui opposer.

André Dupont-Sommer (1900-1983), qui fut professeur au Collège de France, titulaire de la chaire d’hébreu et araméen, membre de l’Institut, secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, a fait exception, puisqu’il l’a quand même reconnu, en termes excessivement prudents : “C’est après Zoroastre que se rencontrent les premières formulations explicites du monothéisme juif” (cité par Paul du Breuil, Le zoroastrisme, PUF, collection “Que sais-je ?”, 1982, p. 68).

Cet aveuglement volontaire a trop duré. Aujourd’hui, en 2021, cela fait plus de soixante ans que l’on sait à quoi s’en tenir. On ne peut ignorer la concordance des dogmes entre zoroastrisme et christianisme. On sait qu’il n’y a pas eu de contacts entre Juifs et Perses avant -539, et qu’il y en a eu revanche d’étroits après cette date, et pendant des siècles. On a appris, enfin, et cela ne fait plus aucun doute, que l’Avesta avait été composé plusieurs siècles avant -539. La conclusion s’impose : le judaïsme de l’Ancien Testament et, par son intermédiaire, le christianisme, le judaïsme actuel et l’islam ont hérité à des degrés divers des dogmes du zoroastrisme, le christianisme en étant l’héritier le plus fidèle. Il est temps que les études bibliques prennent acte de la révolution copernicienne que leur impose le progrès des études avestiques, qu’elles admettent qu’avant la Bible il y avait l’Avesta, et que celui-ci fut la source de celle-là.

Le christianisme, accomplissement du zoroastrisme

Le christianisme a conservé ou recouvré tous les dogmes du zoroastrisme que nous avons mentionnés, ainsi que sa morale universelle, mais il est allé plus loin et plus haut, en sorte que l’on peut le qualifier de zoroastrisme accompli.

En premier lieu, les chrétiens croient que Dieu est infiniment bon, comme l’est Ahura Mazda, alors que Yahvé est un Dieu cruel et que l’Ancien Testament égrène les horreurs qui sont perpétrées en son nom ou selon ses ordres. Autant il n’est pas difficile de voir dans Ahura Mazda une préfiguration du Dieu du Nouveau Testament, autant il faut faire un effort pour admettre que le Dieu des chrétiens est le même que celui des Juifs. C’est une difficulté théologique majeure. L’hérésiarque Marcion, pour qui la Bible hébraïque était l’œuvre de Satan, avait des circonstances atténuantes. Il paraît que l’abbé Pierre a été bouleversé quand il a découvert les abominations de l’Ancien Testament, dont on ne lui avait pas parlé au cours de ses études au séminaire… Nous l’avons dit, l’apôtre saint Paul a pu qualifier l’Ancienne Alliance de “ministère de la mort”, de “ministère de la condamnation”, tout en ajoutant que celui-ci était “accompagné de gloire” (II Corinthiens, III 7, 9).

On comprend que les chrétiens soient tentés de refuser l’interprétation littérale de l’Ancien Testament, suivant en cela Saint Augustin. “Tout ce qui ne va point à la charité est figure”, a déclaré Pascal. On ne peut croire, par exemple, que le Dieu d’amour ait vraiment ordonné aux Juifs l’extermination des Amalécites, “y compris les enfants à la mamelle”, comme nous l’avons vu (I Samuel, XV 3). On est tenu d’en déduire que c’est un mensonge qui illustre la perversité et l’hypocrisie des auteurs de ce populicide. Ici, comme dans de nombreux passages de la Bible hébraïque, les Juifs ont osé prétendre que leur crime leur avait été ordonné par Dieu, odieux blasphème qui mettait un comble à leur faute. Selon Saint Augustin, Dieu n’a pas choisi les Hébreux parce qu’ils auraient été meilleurs que les autres peuples…

Les voies du Seigneur sont impénétrables, mais on peut se demander si le combat de Jacob-Israël contre Dieu rapporté dans le chapitre XXXII de la Genèse (24-30) n’est pas la clé d’interprétation de ce paradoxe, que Dieu ait accepté de bénir Jacob et qu’il ait élu le peuple d’Israël. Dans sa miséricorde infinie, Dieu aurait voulu donner à un peuple infâme, celui là-même qui, comme son nom l’indiquait, se battait contre Lui, une planche de salut en la Personne de Jésus de Nazareth, le Christ, qui allait naître en son sein, révélant par là-même que tous les hommes avaient vocation à être sauvés.

Dans la deuxième épître aux Corinthiens, au chapitre III, déjà cité, opposant “la Nouvelle Alliance”, qui est le “ministère de l’esprit”, à l’Ancienne, qui est le “ministère de la lettre”, et qu’il qualifie de “ministère de la mort”, de “ministère de la condamnation”, car “la lettre tue, et l’esprit donne la vie”, l’apôtre saint Paul n’hésite pas à discréditer Moïse lui-même, et les Israélites avec lui : “Nous ne faisons pas comme Moïse, qui se mettait un voile sur le visage, marquant par là que les enfants d’Israël ne pourraient souffrir la lumière… Et ainsi leurs esprits sont demeurés endurcis et aveuglés. Car jusqu’aujourd’hui même, lorsqu’ils lisent le vieux Testament, ce voile demeure toujours sur leur cœur…” (5-14).

 Le christianisme a répudié la notion raciste de peuple élu, étant une religion universaliste qui s’adresse à tous les hommes, au même titre que le zoroastrisme. L’attachement des chrétiens à “l’histoire sainte”, récit des tribulations du peuple juif – récit au demeurant dépourvu de valeur historique -, ne doit pas faire illusion, puisque l’Ancien Testament prend un sens nouveau avec le Christ : la foi chrétienne est revenue aux principes du zoroastrisme en s’affranchissant du judaïsme. Elle enseigne à nouveau une morale universelle et, ce faisant, elle a rompu avec la morale particulariste des Juifs. Elle appelle les fidèles, comme le faisait Zoroastre, à prendre le parti du bien contre le mal. La morale zoroastrienne était une éthique de la vérité, opposée au mensonge. Jean Haudry parle même d’une “religion de la vérité” propre au monde indo-iranien (“Mithra, adversaire ou précurseur du christianisme ?”, pp. 153-4). Ahura Mazda était l’homologue du dieu védique Varuna, dont le nom signifie “Parole vraie”.

La triade pensée, parole, action était au cœur de la morale zoroastrienne. Pour être sauvé, il fallait avoir de bonnes pensées, prononcer de bonnes paroles, faire de bonnes actions. Le Confiteor porte témoignage de cette filiation morale qui nous unit au prophète de l’Iran, par delà les siècles. “Je confesse à Dieu… que j’ai beaucoup péché par pensée, par parole et par action…” (“Confíteor Deo… quia peccavi nimis cogitatione, verbo et opere…”, dans la forme traditionnelle, dite extraordinaire, du rite romain ; dans la forme ordinaire, on ajoute : “omissione”, “par omission”). Marc Philolenko, dans son étude des origines du Confiteor, a conclu que la formule était issue de l’Iran mazdéen : “La formule ternaire pensée-parole-action remonte aux Gatha, peut-être même est-elle plus ancienne” (cité par Jean Haudry, La triade pensée, parole, action dans la tradition indo-européenne, p. 8). C’est Damase Ier, pape de 366 à 384, qui l’a introduite dans l’ordinaire de la messe en l’empruntant aux chrétiens d’Alexandrie, en Egypte. Il semble ainsi que le zoroastrisme a exercé une influence bienfaisante sur l’Eglise à ses débuts en favorisant le développement de son enseignement moral.

La foi chrétienne contient aussi une éthique de la vérité : “Que ton oui soit oui, que ton non soit non, tout le reste vient du démon”, a dit le Christ (Matthieu, V 37). Elle est exaltée dans le dialogue avec Pilate : “Je ne suis né et je ne suis venu dans le monde que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix” (Jean, XVII 17). Cependant, le christianisme a perfectionné le zoroastrisme également dans le domaine moral, car il contient plus encore une éthique du pardon et de la charité, opposée à la cruauté de la Bible hébraïque, et qui n’était pas présente dans le zoroastrisme, sinon à l’état de traces. “La prédication du prophète Zarathustra est tout axée sur le châtiment des méchants et la récompense des justes. Son dieu est un dieu de justice, non de miséricorde” (Jacques Duchesne-Guillemin, Zoroastre, p. 77).

Le christianisme est à la fois un dépassement du judaïsme et un accomplissement du zoroastrisme. Le judaïsme de l’Ancien Testament a été un détour entre Zoroastre et Jésus.

En second lieu, le christianisme a ajouté aux dogmes zoroastriens la création ex nihilo, le péché originel, l’Incarnation, la Rédemption par le Sacrifice de la Croix et la Sainte Trinité.

La création ex nihilo traduit toute la puissance et toute la grandeur de Dieu, car la création dont Il est l’auteur n’est plus la mise en ordre d’une réalité préexistante. Ahura Mazda, quant à lui, n’était que l’agent de la mise en place des éléments constitutifs de l’univers, l’ordonnateur du chaos.

Le péché originel est la vraie solution au problème du mal, à la théodicée. Unde malum, d’où vient le mal ? s’interrogeait Tertullien. Pourquoi le mal, alors que Dieu est à la fois tout-puissant et infiniment bon ? La réponse est que la liberté donnée aux créatures, qui est un bien, leur permet de commettre le mal. Le grand philosophe Leibniz avait donc raison de conclure que le monde était le meilleur possible, nonobstant les railleries dérisoires de Voltaire.

Le récit de la Chute, dans la Genèse, ne provient pas du zoroastrisme, il est un emprunt à la religion accadienne et les Accadiens étaient des Sémites. On ne voit rien d’autre, dans la foi chrétienne, qui soit d’origine sémitique. Mais seul le christianisme en a déduit le dogme du péché originel, qui est ignoré tant du judaïsme sacerdotal de l’Ancien Testament – celui des sadducéens à l’époque du Christ – que du judaïsme actuel – qui est (on a trop tendance à l’ignorer) celui des pharisiens dont parle l’Evangile – et de l’islam. Marqué par le péché originel, le fidèle chrétien est libre de choisir le bien et de refuser le mal avec l’aide de la grâce pour gagner le salut. Dans l’Ancienne Alliance, l’Israélite devait être l’esclave de Dieu : la plupart des traductions de la Bible hébraïque sont édulcorées sur ce point et écrivent pudiquement “serviteur” pour esclave. Le lecteur moderne a tendance à y voir un domestique ou un employé de maison, alors que, par exemple, le dixième commandement de Dieu indique clairement que le “serviteur” appartient à son maître, donc qu’il est un esclave, en bon français. Ici, aussi, la rupture est nette dans la Nouvelle Alliance : le fidèle le plus saint reste libre. L’amour de Dieu ne commande pas l’esclavage. “Le Seigneur, c’est l’Esprit, et où est l’esprit du Seigneur, là est la liberté” (II Corinthiens, III 17).

Le zoroastrisme enseigne que le prophète, ou son fils, reviendra pour chasser les démons et ressusciter les morts. La foi chrétienne dit que Jésus-Christ, le Sauveur, reviendra à la fin des temps, mais aussi qu’Il a d’abord donné sa vie sur la Croix pour sauver les hommes. La Rédemption par le Sacrifice du Christ confère une tout autre dimension à l’économie du salut. Et Zoroastre n’est qu’un homme, en dépit du destin fabuleux que l’Avesta lui prête, tandis que le Christ est l’Incarnation de Dieu, Dieu fait homme.

La Sainte Trinité est ébauchée dans le zoroastrisme, où sont présents, aux côtés d’Ahura Mazda, d’une part, Zoroastre, prophète et Sauveur, d’autre part, Spenta Manyu, l’Esprit Saint. Mais Zoroastre n’est qu’un homme, et Spenta Manyu n’est pas un dieu. Au contraire, dans le mystère de la Sainte Trinité, Dieu est à la fois Un et constitué de trois Personnes divines, le Père, le Fils, que le Père a engendré, et le Saint-Esprit, qui procède du Père et du Fils.

Le christianisme n’a pas seulement hérité du zoroastrisme, il en est l’accomplissement sublime.

Les Pères de l’Eglise se sont réclamés des philosophes grecs qui étaient arrivés, par l’usage de la seule raison, à la croyance en un Dieu unique et en l’immortalité de l’âme. De même, Saint Justin martyr, au IIe siècle, ayant observé le parallélisme du mazdéisme avec le christianisme, en avait conclu que Zoroastre était un témoin de l’Evangile parmi les païens. « La prédication passionnée, exclamatoire, de Zarathustra est tout animée par la présence qu’il sollicite et adjure sans cesse, et qui se révèle. Elle nous rappelle le ton des prophètes d’Israël. Zarathustra sait que Dieu parle par sa bouche. Il a reconnu en lui, en une série de visions, le Seigneur Saint… Tel Isaïe entonnant “Saint, saint, saint est le Seigneur…”, il s’écrie : “Je te reconnais saint, ô Seigneur Sage…” » (Jacques Duchesne-Guillemin, “L’Iran antique et Zoroastre”, pp. 658 et 661). Le Saint-Esprit, qui a parlé par les prophètes, a parlé en premier lieu par Zoroastre, le prophète de l’Iran, qui vécut 1.200 ans avant le Christ, 700 ans avant la Bible, à l’aube de la Révélation ; en second lieu seulement et beaucoup plus tard par les prophètes de l’Ancien Testament, qui ont poursuivi l’enseignement du fondateur du mazdéisme. Zoroastre fut le prophète primordial.

N’est-ce pas la signification profonde de l’hommage que “des mages venus d’Orient” ont rendu à l’enfant Jésus dans sa crèche de Bethléem (Matthieu, II 1-12) ? Bien que l’Avesta ignorât les mages, c’était le nom que l’on donnait aux prêtres zoroastriens à l’époque du Christ. “L’étoile qu’ils avaient vue en Orient” – en Orient, c’est-à-dire en Iran – les conduisit jusqu’à Jésus. Ainsi, les prêtres de Zoroastre apparaissent au tout début du Nouveau Testament, au deuxième chapitre du premier Evangile, juste après la naissance de Jésus et sa généalogie, qui, par saint Joseph, le rattache à Abraham, ce qui marque le double héritage du christianisme, direct pour le judaïsme, indirect pour le zoroastrisme.

Saint Matthieu savait fort bien qui étaient les mages et, après lui, les auteurs chrétiens des premiers siècles, comme saint Justin martyr, ne l’ignoraient pas non plus. Ils ont donc vénéré Zoroastre, maître des mages venus adorer l’enfant Jésus. Le progrès des connaissances montre qu’ils ont eu tout à fait raison, bien qu’ils fussent en dessous de la réalité, ne mesurant pas l’étendue de la concordance des dogmes ni l’antériorité de Zoroastre sur la Bible.

A partir du IIIe siècle, avec Tertullien, qui de ces prêtres a fait des rois, le souvenir des mages a été noyé dans la lumière de l’Epiphanie et on a perdu de vue le lien avec Zoroastre. Aujourd’hui, des commentateurs tendancieux présentent les mages de l’Evangile comme de vagues “astrologues”, venus d’un “Orient” fabuleux. C’est de la désinformation scripturaire. Il faut rétablir la vérité. Les mages venus adorer l’enfant Jésus à Bethléem étaient des prêtres de Zoroastre.

Ex Oriente lux, la lumière apparut d’abord là-bas, en Iran, à l’est de la Palestine. Les présents que les mages firent à Jésus étaient le symbole de l’héritage religieux qu’ils léguaient au christianisme. En se prosternant devant Lui pour l’adorer, ils ont célébré par là-même la translation du zoroastrisme au christianisme.

Post-scriptum

On pourrait être tenté de nous taxer de semi-marcionisme, vu les critiques sévères, parfois acerbes, que nous nous sommes cru autorisé à faire à l’Ancien Testament, pris du moins dans son sens littéral. Osera-t-on en dire autant de l’apôtre saint Paul – s’il nous est permis de nous comparer à lui -, qui a défini l’Ancienne Alliance, on ne le répétera jamais assez, comme “le ministère de la mort”, “le ministère de la condamnation” (II Corinthiens, III 7, 9) ? Aussi inattendues, voire provocantes ou irrévérencieuses, que puissent paraître parfois nos analyses, elles sont fondées sur des données avérées ou sur des hypothèses vraisemblables et s’appuient sur l’autorité des savants considérables que nous avons cités… tout en bénéficiant du sauf-conduit délivré par deux Pères de l’Eglise, saint Justin martyr et Clément d’Alexandrie. Nous croyons qu’elles ne sont en rien contraires au Magistère de l’Eglise catholique, qui s’impose à nous comme à tout autre fidèle. A notre humble avis, on tombe plutôt dans l’hérésie, et même dans le blasphème, en faisant une lecture littérale des passages de l’Ancien Testament qui imputent à Dieu la responsabilité de crimes commis par les Juifs, oubliant ce principe cardinal : “La lettre tue et l’esprit donne la vie” (ibidem, 6).

L’exigence de vérité à laquelle le Christ nous a appelés nous paraît justifier l’acte de réinformation religieuse, historique et théologique que nous avons voulu faire dans le présent article sur les origines zoroastriennes de l’Occident chrétien.

Sources et références

– Duchesne-Guillemin (Jacques), “La religion iranienne”, Les religions de l’Orient ancien (Librairie Arthème Fayard, 1957) ; La religion de l’Iran ancien (Presses universitaires de France, 1962) ; “Zoroastrianism and Parsiism”, The new Encyclopædia Britannica, Macropædia, tome 19 (Encyclopædia Britannica, Inc., Chicago, Etats-Unis, 1977) ; Zoroastre – étude critique avec une traduction commentée des Gâthâ (Robert Laffont, 1981) ; “L’Iran antique et Zoroastre”, Histoire des religions, tome 1 (Gallimard, Encyclopédie de la Pléiade, 1982) ; “L’Eglise sassanide et le mazdéisme”, Histoire des religions, tome 2 (Gallimard, Encyclopédie de la Pléiade, 1983).

– Dumeige (Gervais), Textes doctrinaux du Magistère de l’Eglise sur la Foi catholique (éditions de l’Orante, 1984).

– Dumézil (Georges), Naissance d’archanges (Jupiter, Mars, Quirinus III) – Essai sur la formation de la théologie zoroastrienne (Gallimard, 1945) ; Idées romaines (Gallimard, 1969), deuxième partie, chapitre IV, “Les rois romains de Cicéron” [intitulé “Les archanges de Zoroastre et les rois romains de Cicéron” dans le recueil de 1992, voir ci-dessous] ; Les dieux souverains des Indo-Européens (Gallimard, 1977), introduction, “Les dieux indo-iraniens des trois fonctions”, et chapitre III, “Réformes en Iran” ; “L’idéologie tripartie des Indo-Européens”, dans le recueil posthume Mythes et dieux des Indo-Européens présenté par Hervé Coutau-Bégarie (Flammarion, 1992). [Georges Dumézil (1898-1986), major au concours d’entrée de l’Ecole normale supérieure (rue d’Ulm), agrégé de lettres, fut directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire des “civilisations indo-européennes”, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres et de l’Académie française. Il fut le maître des études indo-européennes. Ne soyons pas avare de notre admiration : Dumézil fut un génie de la science.]

– Eliade (Mircea), Histoire des croyances et des idées religieuses, tome 1, de l’âge de la pierre aux mystères d’Eleusis (Payot, 1984), chapitre XIII, “Zarathoustra et la religion iranienne” ; tome 2, de Gautama Bouddha au triomphe du christianisme (Payot, 1984), chapitre XXVII, “Nouvelles synthèses iraniennes”.

– Haudry (Jean), “Mithra, adversaire ou précurseur du christianisme ?”, Zarathoustra et renouveau chrétien de l’Europe (Guy Trédaniel, 1996) ; La triade pensée, parole, action dans la tradition indo-européenne (Archè, Milan, Italie, 2009).

– Kellens (Jean), La quatrième naissance de Zarathushtra (Seuil, 2006) ; Lecture sceptique et aventureuse de la Gâthâ ustauuaiti – études avestiques et mazdéennes, vol. 6 (éditions de Boccard, 2019). [Né en 1944, Jean Kellens, spécialiste de l’Avesta, a été professeur au Collège de France, titulaire de la chaire des “langues et religions indo-iraniennes”. Il est dommage que l’immense savoir acquis par Jean Kellens dans son domaine soit pollué par une idéologie nauséabonde inspirée du marxisme. Voir un passage de La quatrième naissance de Zarathushtra, pp. 81-82, où il se surpasse dans l’ineptie, affirmant notamment que tous les gènes sont “banals”… comme si les gènes d’un chimpanzé valaient ceux d’un professeur au Collège de France !]

– König (Franz, cardinal), “Zoroaster”, The new Encyclopædia Britannica, Macropædia, tome 19 (Encyclopædia Britannica, Inc., Chicago, Etats-Unis, 1977) ; Influence of Zarathustra in the World, conférence du 24 octobre 1976 à l’université de Téhéran, en ligne : http://www.zoroastrian.org.uk/vohuman/Article/ – 2018 (consulté le 26 juin 2021). [Conspiration du silence ? Le fait est que le texte de la conférence historique du cardinal König est quasiment introuvable. On peut comprendre que l’université de Téhéran l’ait mis sous le boisseau après la révolution islamique de 1979, mais il devrait être fameux en Occident. Peut-être son auteur a-t-il regretté l’audace dont il avait fait preuve dans l’expression de la vérité. Toujours est-il que nous ne l’avons déniché que sur des sites zoroastriens. Nous avons donné ici le lien de l’article en ligne sur le site English Zoroastrian (zoroastrien anglais), http://www.zoroastrian.org.uk . Il faut féliciter ses administrateurs pour la qualité de leur travail. Le Centre européen d’études zoroastriennes, sis à Bruxelles, a édité le texte de la conférence en format papier et l’on peut commander la brochure sur son site, http://www.gatha.org .]

– Varenne (Jean), Zarathustra et la Tradition mazdéenne (Seuil, 2006) ; Zoroastre, le prophète de l’Iran (Dervy, 2020).

– Widengren (Geo), “Stand und Aufgaben der iranischen Religionsgeschichte”, Numen – international Review for the History of Religions, Brill Publishers, Leyde, Pays-Bas, 1954 ; 2, 1955 [cité par le cardinal Franz König, Influence of Zarathustra in the World, op. cit.] ; Les religions de l’Iran (Payot, 1968) ; “Iranian Religions”, The new Encyclopædia Britannica, Macropædia, tome 9 (Encyclopædia Britannica, Inc., Chicago, Etats-Unis, 1977).

– Zaehner (Robert Charles), Dawn and twilight of zoroastrianism, 1961, G.P. Putnam’s sons, New York, Etats-Unis, s. d..

– Nous avons utilisé concurremment plusieurs traductions de la Bible en français : (1) Louis-Isaac Lemaître de Sacy (1700 ; Robert Laffont, coll. Bouquins, 1990), la plus élégante ; (2) Edouard Dhorme (Gallimard, “La Pléiade”, t. 1, 1971, t. 2, 1972), qui ne contient que l’Ancien Testament ; (3) Traduction œcuménique de la Bible (Librairie générale française, “Le livre de poche”, t. 1, 2018, t. 2, 2013, t. 3, 2016) ; (4) chanoine Augustin Crampon (1923, réimpression aux éditions D.F.T., 1989) ; (5) La Bible de Jérusalem (éditions du Cerf, 1984), trop souvent partiale et tendancieuse, tant dans le texte lui-même que dans les commentaires, et donc peu digne de foi.

– A noter que les articles en français de Wikipédia sur le sujet sont en général peu recommandables. Exception : l’article “Avestique” (consulté le 2 mai 2021).

Remarques

1. Eu égard aux conditions de la lecture en ligne, nous avons mis dans le corps du texte, en général entre parenthèses, les précisions qui auraient dues normalement être renvoyées en notes, en ne donnant que les titres des ouvrages figurant in fine dans la bibliographie (« Sources et références« ).

Les mots tirés du sanscrit ou de l’avestique ont été transcrits ici d’après Jean Kellens, sauf dans les citations d’autres auteurs. Les caractères spéciaux de la transcription ont cependant été remplacés par un équivalent. Les noms communs ont pris au besoin la marque du pluriel français. Nous avons renoncé à mettre le “ch” français en lieu et place du “sh” anglais parce que tous les auteurs ici mentionnés avaient gardé celui-ci.

2. Le personnage fabriqué par Frédéric Nietzsche dans son poème parodique Ainsi parlait Zarathoustra (1884) n’a rien à voir avec le prophète de l’Iran. Ses idées nihilistes et grandiloquentes sont aux antipodes du zoroastrisme. “C’est un nom seulement, et rien d’autre – à part peut-être certain ton de vaticination et certaine couleur orientale -, que Nietzsche a voulu emprunter au prophète iranien ; des véritables doctrines de celui-ci, on chercherait en vain la trace dans Ainsi parlait Zarthustra. (Et il ne viendra sans doute à l’idée de personne de les y chercher !)” (Jacques Duchesne-Guillemin, Zoroastre, pp. 10-11).

Henry de Lesquen

Article publié le 4 juillet 2021,
mis à jour au 10 août 2021.

9 Commentaires

  • christian.charmes@free.fr

    Merci M. de Lesquen , je suis heureux d’avoir reçu votre mél, je regrette votre présidence de Radio Courtoisie . Cordialement C.Charmes

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  • Excellent article notamment en ce qui concerne l’ancien testament qui est un véritable festival de génocides ! Je le cite parfois à nos amis qui disent que le coran est criminogène en oubliant toutes les horreurs de la Bible. Pour ma part je suis Déiste et donc bien éloigné de tous ces obscurantismes.

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  • Analyse fort intéressante apportant un éclairage nécessaire sur la trop peu connue spiritualité zoroastrienne et les liens – que l’on peut toutefois discuter – avec le judaïsme et le christianisme. À devoir déplorer cependant les incises très personnelles révélant, s’il en était besoin (!), votre anti-judaïsme profond qui gâche et contamine la lecture sur le plan de la rigueur.

    Vous faites ressortir avec force détails, manifestement volontaires et dûment ciblés, les massacres auxquels les Juifs auraient été les auteurs sous les directives de leur « Dieu », tel que rapporté dans la Bible. Or, à vous rappeler que dans ces temps anciens autant que ceux à suivre les peuples les plus divers se sont livrés à des horreurs tout aussi comparables sans que ce ne soit nécessairement revendiqué ouvertement par des écrits, peuples Européens et gentils Chrétiens compris !

    Vous qualifiez la circoncision masculine prescrite de « rite barbare » et de « pratique dégoûtante » (qui était pourtant déjà pratiquée au sein d’autres peuples en ces temps lointains, mais passons), alors qu’elle avait été pratiquée sur Jésus lui-même en bon Juif qu’il était et dont il semble ne s’en être jamais plaint ni de ne l’avoir le moindrement remise en cause !

    Je vous passe l' »alpha et l’oméga » de l’ensemble des Écritures dont il se revendiquait… mais le sujet est vaste et propre à manipulations sans fin en interprétation.

    Je reconnais très volontiers le judaïsme religion ethno-centrée, difficilement compatible avec un Dieu universel… d’autant que l’on observe rien de particulier chez ce peuple pour tendre à s’y référer en tant que « peuple élu » de Dieu au sein de l’Humanité par Lui créé . Ben non, rien. Va falloir encore faire un gros effort ! Et c’est pas gagné.

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    • 1. Mais non, le débat n’a plus lieu d’être sur l’essentiel ! Primo, il y a une grande concordance des dogmes entre le zoroastrisme et le christianisme. Secundo, l’Avesta a été composé plusieurs siècles avant la rencontre des Juifs et des Perses en -539. Ergo, le christianisme a hérité des dogmes zoroastriens par l’intermédiaire du judaïsme de l’Ancien Testament. CQFD.
      2. Il est évident que le populicide n’a pas été le monopole des Hébreux. Mais eux seuls ont prétendu qu’ils exterminaient sur l’ordre de Dieu, eux seuls s’en sont vantés.
      3. Libre à vous de défendre les mutilations sexuelles ! Il est vrai que Jésus a subi la circoncision. Et alors ? Il a aussi subi la crucifixion, quand il s’est donné en Sacrifice pour le salut des hommes.
      4. Evidemment que le Nouveau Testament est l’accomplissement de l’Ancien ! Mais au sens que donne l’apôtre saint Paul à cet accomplissement dans la deuxième épître aux Corinthiens, où il définit l’Ancienne Alliance comme “le ministère de la lettre”, “le ministère de la mort”, “le ministère de la condamnation”, ajoutant : “La lettre tue, mais l’esprit donne la vie.”

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  • On est parfois confondus de voir que des personnes revendiquant le nom de chrétien produisent un travail que l’on penserait sorti tout droit du cerveau des secteurs de la Nouvelle Droite.
    Pour faire bref, Monsieur de Lesquen, vous citez, des auteurs qui se rejoignent pour constater les rapprochements entre le Zoroastrisme et le Christianisme. Fort bien. Vous n’ignorez pourtant pas que généralement le même genre d’auteurs font descendre le Christianisme du paganisme égyptien, grec, romain, celtique, germanique, etc… Donnez-vous crédit à ce genre d’affirmations ? Ces consensus de scientifiques ne prouvent pas grand-chose, surtout lorsque vous voyez les combats de coq qu’ils se livrent pour faire valoir leur opinion plutôt que celle de leur voisin concernant des datations ou divers attributs de leur divinité de prédilection. Comparez les différents travaux des spécialistes de Mithra et vous vous demandez rapidement si on parle bien du même dieu…
    Vous citez vous-même différents points de rapprochement entre les deux religions. Fort bien, mais dans des ouvrages de quelle époque apparaissent-elles ? Dans les plus vieux écrits ? Dans des périodes intermédiaires ? Dans des reconstitutions modernes ? Ça a toute son importance. Si vous reconstituez la pensée de Zoroastre à partir d’éléments datant du IXème siècle et d’autres datant du IIIème siècle av. J-C, vous tombez dans l’anachronisme et l’argumentation tombe à l’eau. La datation des sources se rapportant à Zoroastre font également l’objet de beaucoup de spéculations et de nombreux désaccords entre spécialistes. On ne parle pas de quelques décennies mais de plusieurs siècles voir plus de mille ans.

    L’Ancien Testament

    Je me permets tout d’abord de vous citer : « Avant -539, le judaïsme n’existait pas. Le judaïsme fut une nouvelle religion qui est née de la transposition du Dieu universel en Dieu ethnique, Yahvé, avec l’affirmation parallèle de la théorie du peuple élu. C’est Zoroastre qui a fondé le monothéisme, ce ne furent pas les prophètes d’Israël. »
    Cette simple affirmation dans un pays authentiquement chrétien vous ferait considérer comme hérétique mais oublions ceci et considérons vos affabulations devant la réalité des faits. Vous affirmez de manière péremptoire que l’Ancien Testament, pour ses plus vieux livres, le Pentateuque, est à dater au plus tard au VIème siècle avant notre ère. Ce n’est pas très original, vous reprenez les accusations d’un Porphyre au IIIème siècle qui affirmait déjà la même chose et voyait en Esdras le « compilateur » ou plutôt le rédacteur de cet ouvrage. N’avez-vous pas lu les objections que fournirent d’illustres auteurs tels que Bossuet ou encore Mgr Freppel qui réfutent ces affirmations fallacieuses ?

    Le fait que la plupart des ouvrages postérieurs au Pentateuque le citent en référence en considérant qu’il eu pour auteur Moïse et qui lui attribue la haute antiquité traditionnelle n’a pas l’air de vous incliner à leur donner raison.
    Ainsi le deuxième livre des Rois rapportent que lors des réparations du Temple de Jérusalem, le prêtre Helcias retrouva le livre de la Loi. C’était le livre de l’Alliance écrit par Moïse (pour certains il s’agit juste du Deutéronome, pour d’autres tout le Pentateuque) qui devait être déposé à côté de l’Arche d’Alliance selon la prescription de Moïse. Le Livre de Josué parle d’un autel que l’on éleva sur le mont Herbal selon ce que disait la loi de Moïse, et cette recommandation se trouve au chapitre 27 du Deutéronome. Les prophètes Baruch et Daniel font plusieurs citations du livre de Moïse et on ne retrouve cela que dans le Deutéronome. Il en existe encore une multitude. A chaque fois on fait référence à Moïse et à sa Loi qui était visiblement consignée de manière écrite.
    Si tout ceci est faux, cela signifie que cet auteur (Esdras ??) a tout inventé au VIème siècle. Homme brillant c’est certain. Quid de l’inspiration divine de ces livres reconnue dogmatiquement par l’Eglise ? Tous les auteurs ultérieurs se seraient par ailleurs fait berner et ils auraient suivi un enseignement étranger pensant qu’il s’agissait de Moïse, la plus grande figure de l’Ancien Testament qui finalement n’aurait rien rédigé de sa main ?… Alain de Benoist n’aurait pas fait pire…

    Comment résolvez-vous maintenant le fait que les Samaritains possède également le Pentateuque alors qu’ils sont arrivés à la fin du VIIIème siècle dans l’ancien royaume d’Israël ? Nul besoin de rapporter l’inimitié entre eux et les Juifs qui en découla. Ils ne furent jamais considérés comme de véritables Juifs, vous l’affirmez-vous-même. Donc si Esdras avait rédigé le Pentateuque au contact des Perses au VIème siècle, cela voudrait dire que les Samaritains auraient récupéré ultérieurement des livres à des peuples à qui ils vouaient une haine absolue. Ou alors qu’ils auraient eux-mêmes rédigé les mêmes écrits à partir de sources identiques. Cela n’a aucun sens et on tombe dans de la science-fiction. Le Pentateuque a forcément été rédigé avant le VIIIème siècle et les Juifs qui furent exilés de l’ancien royaume d’Israël ont dû permettre aux Assyriens et à leur voisin de connaître leurs écrits. Quand vous voyez également la haine que vouaient les Juifs aux païens depuis la conquête de Nabuchodonosor II, ce qui se retrouve dans leurs écrits, vous voyez qu’il est inconcevable qu’ils aient pu aller chercher dans leurs écrits la source de leur doctrine.
    Porphyre et Philon de Byblos rapportent également l’œuvre de Sanchoniathon, historien phénicien qui aurait vécu, selon Porphyre, deux siècles après Moïse selon la datation traditionnelle. Cet historien aurait parlé des Juifs de manière conforme à la réalité. Quand on connait la haine que le philosophe de Tyr vouait aux chrétiens et les accusations qu’il portait contre eux, on se doute bien que ce n’est pas lui qui allait inventer où antidater les écrits de ce Sanchoniathon.
    On peut encore remarquer que le Pentateuque donne des détails précis sur l’Egypte pharaonique au temps des Ramsès, durant l’Exode, que des auteurs tardifs n’auraient pu connaître. Nous avons suffisamment d’éléments pour considérer que ces écrits sont bels et bien authentiques.

    Prophète primordial

    Vous voyez dans Zoroastre le Prophète primordial, lui qui vivait, selon vous, en – 1 200. Que faites-vous d’Abraham ? N’avez-vous pas vu que la Bible mentionne également Melchisédech, roi de Salem et prêtre du Très Haut ? Pourtant on le considère comme « païen ». Comme quoi l’Ancien Testament n’a aucun mal à mentionner des non-Juifs lorsqu’ils sont considérés comme des justes devant Dieu. Pourquoi dans ce cas n’avoir pas mentionner Zoroastre s’il était véritablement un sage et un prophète de Dieu ? L’argumentation ne tient pas.

    La Résurrection des morts

    Selon vous la Résurrection des morts n’apparait qu’à partir du livre des Maccabées au IIème siècle. Fort bien. Des résurrections furent déjà opérées par Eli et Elisée dans le livre des Rois, bien plus anciens que les Maccabées, mais encore dans le livre de Job. Ce passage n’est-il pas saisissant :
    « Car je sais que mon Rédempteur est vivant, et qu’au dernier jour je ressusciterai de la terre ; Et que de nouveau je serai environné de ma peau, et que dans ma chair je verrai mon Dieu. Je dois le voir moi-même, et non un autre, et mes yeux doivent le contempler : c’est là mon espérance ; elle repose dans mon sein. (Job XIX, 25-27) » ?
    N’est-ce pas suffisamment clair ? Ou est-ce que vos savants de référence qui établissent des ressemblances entre judaïsme et zoroastrisme les ont omises ?

    Yahvé/Elohim

    Vous affirmez encore, reprenant les thèses des savants antichrétiens de notre époque, ces affirmations concernant l’usage de deux locutions pour définir Dieu dans la Genèse. Mais plusieurs auteurs respectables de l’Eglise ont répondu facilement à ces objections. Il suffit de prendre la peine de les lire, à commencer par Mgr Freppel, qui affirmait que l’usage de Jéhovah se fait lorsque Moïse désigne Dieu au regard des Juifs et des patriarches, alors qu’Elohim désigne l’être divin sans aucun rapport avec la nationalité juive (Mgr Freppel, Pères apologétiques p.183). Ainsi Elohim est utilisé quand Dieu châtie le genre humain et Jéhovah lorsqu’il conclut un pacte avec Noé. Elohim par rapport à Japhet, Jéhovah par rapport à Sem, etc…

    La Trinité oublié

    Vous affirmez encore que l’Ancien Testament laisse transparaitre un hénothéisme avec ce passage de la Genèse que vous commentez : « Voici que l’homme est devenu comme l’un de nous, grâce à la science du bien et du mal” (Genèse, III 22). “Comme l’un de nous”, donc comme un dieu… Et si Yahvé est un Dieu “jaloux”, c’est bien parce qu’il a peur que son peuple le trompe avec d’autres dieux…
    Et pourtant les Docteurs de l’Eglise se rejoignent pour voir dans ce passage une manifestation de la Sainte Trinité. Vous rejetez l’interprétation des plus illustres docteurs pour vous ranger du côté des auteurs modernes qui ne comprennent pas le sens d’une Révélation que Dieu réserva à son Eglise.

    Les Pères de l’Eglise

    Vous citez ensuite Clément d’Alexandrie qui affirmait qu’une inspiration divine avait pu être donné à certains païens et vous en concluez que :
    « Si le Saint-Esprit a parlé par les prophètes, comme nous le dit le Credo, il faut comprendre qu’il a parlé en premier lieu par Zoroastre, le prophète de l’Iran, en lui inspirant ces croyances sublimes qui ont été transmises par les Israélites et qui sont parvenues jusqu’à nous grâce à la Révélation chrétienne. »
    C’est une interprétation cavalière totalement hors de propos. Si c’était le cas, on trouverait dans l’Ancien Testament ou dans la bouche du Christ des éléments qui corroboreraient vos assertions. Ce que l’on ne trouve jamais. Dans tous les cas, on se réfère à Moïse et aux prophètes de l’Ancien Testament.

    Bref, il n’est nul besoin d’aller plus loin. Votre idolâtrie pour la civilisation indo-européenne et votre vision étriquée concernant les sémites vous ont poussé à transférer l’origine de la Révélation chez un peuple aryen. Allant à l’encontre de tout ce que le Christianisme a pu définir durant son histoire, vous vous rattachez aux savants modernes qui se portent en faux contre la Tradition de l’Eglise. Vous rejoignez clairement Marcion et les détracteurs du Christianisme pour faire le jeu de ceux qui ne voient, à tort, dans le Christianisme qu’une religion syncrétique d’éléments hétérogènes récupérés chez les païens. Avec pareil article, la Nouvelle Droite vous éditerait sans difficulté.

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    • Votre diatribe inepte témoigne d’un obscurantisme invétéré. Nul ne croit plus sérieusement que le Pentateuque soit l’oeuvre de Moïse. J’ai beaucoup d’admiration pour Bossuet, mais on a fait quelques progrès dans l’exégèse de la Bible depuis lui. Et, comme vous ne comprenez rien, vous me faites une citation de Freppel qui confirme ce que j’ai dit sur les deux noms de Dieu, Elohim et Yahvé : “Mgr Freppel affirmait que l’usage de Jéhovah se fait lorsque Moïse désigne Dieu au regard des Juifs et des patriarches.” Evidemment.
      Alors que je dis et répète dans l’article que je me réfère au zoroastrisme pur, donc exclusivement à l’Avesta, composé avant -800, vous vous interrogez stupidement sur la date des sources que j’invoque.
      Et non, je ne crois pas que l’on puisse voir une préfiguration du dogme de la Sainte Trinité dans le passage où Elolim dit : “Ils seront comme l’un de nous.” Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’interprétation est artificielle et forcée.
      J’ai répondu à l’accusation de marcionisme en citant à plusieurs reprises le chapitre trois de la deuxième épître de l’apôtre saint Paul aux Corinthiens, qui définit l’Ancienne Alliance comme “le ministère de la lettre”, “le ministère de la mort”, “le ministère de la condamnation”, ajoutant : “La lettre tue, mais l’esprit donne la vie.” Il faut croire que cela vous gêne, puisque vous l’ignorez. On peut se demander si vous avez vraiment lu l’article avant d’avoir fait votre commentaire.
      C’est dans le livre d’Esdras lui-même qu’il est dit que celui-ci a composé le canon de la Bible. Et j’ai précisé que, certainement, celui-ci avait repris des matériaux plus anciens. Dans votre avalanche de stupidités, vous osez affirmer que les Juifs détestaient tellement les non-Juifs qu’ils ne pouvaient s’en inspirer… ignorant que Cyrus est qualifié de Messie par Isaïe et qu’on peut lire à la fin du second livre des Chroniques : « Ainsi a parlé Cyrus, roi de Perse : « Yahvé, Dieu des cieux, m’a donné tous les royaumes de la terre et il m’a chargé de lui rebâtir une Maison à Jérusalem qui est en Judée » » (XXXVI 23, repris en Esdras, I 2).
      Faute d’arguments sérieux, vous procédez par amalgame. Le pire, c’est l’amalgame avec la prétendue nouvelle droite (PND) de ce dégénéré d’Alain de Benoist, qui a pris fait et cause pour Matzneff et pour la pédophilie. Si vous connaissiez un tant soit peu la question dont vous parlez, vous sauriez que la PND soutient comme vous que le christianisme est une religion purement sémitique et qu’elle la rejette à ce titre. Ces gens n’ont jamais eu l’intelligence de s’interroger sur les origines zoroastriennes du christianisme.
      Comme vous tranchez de tout sans rien savoir, vous traitez par le mépris les immenses savants que j’ai cités, notamment Jacques Duchesne-Guillemin, Geo Widengren et Georges Dumézil. Vous ignorez que Robert Charles Zaehner et le cardinal Franz König étaient catholiques et qu’ils n’avaient pas de leçon de christianisme à recevoir de vous. Et vous faites un autre amalgame déplorable avec des auteurs charlatanesques qui ont énoncé des théories fantaisistes.
      Le sujet est pourtant si simple que même vous pourriez arriver à le comprendre. Primo, il y a une grande concordance des dogmes entre le zoroastrisme et le christianisme. Secundo, l’Avesta a été composé plusieurs siècles avant la rencontre des Juifs et des Perses en -539. Ergo, le christianisme a hérité des dogmes zoroastriens par l’intermédiaire du judaïsme de l’Ancien Testament.

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      • Je vous remercie pour votre bonne réponse Monsieur de Lesquen. Je ne pensais pas me retrouver qualifier d’obscurantiste aussi rapidement mais passons, c’est coutumier lorsque nous vivons en république.

        Vous affirmez que nul ne croit plus sérieusement que le Pentateuque soit l’œuvre de Moïse. Ce n’est pas ce que pense l’Eglise à ce sujet et la Bible elle-même contredit votre affirmation. Ainsi dans l’Exode, Dieu commande à Moïse d’écrire dans le livre les évènements passés avec les Amalécites (Ex XVII, 14) ; le même livre rapporte encore que Moïse écrivit tous les discours du Seigneur et que lui-même lit le livre de l’alliance au peuple (Ex XXIV, 4-7). Le Deutéronome rapporte encore que Moïse fut l’auteur de la loi (Dt XXXI, 9). Tous les Prophètes ont vu Moïse comme l’auteur du Pentateuque.
        Libre à vous de vous détourner de cette opinion, mais je vous ai présenté des arguments qu’avance notamment Bossuet mais encore Mgr Freppel et qui possèdent toujours toute leur pertinence. Ce qui ne s’oppose d’ailleurs pas une seule seconde à ce qu’Esdras soit considéré, à juste titre, comme l’auteur du canon de l’Ancien Testament. Mais s’il en a défini le canon, il n’en a pas rédigé les plus anciens livres. A moins que selon vous il ait sciemment créé de toute pièce un personnage imaginaire (Moïse) pour ne pas assumer un plagiat sur une religion païenne ? Dans ce cas, toute la Tradition hébraïque et la Tradition chrétienne auraient été trompées. Jésus se référant à plusieurs reprises à Moïse, l’aurait-il fait de manière symbolique pour ne pas heurter un peuple ignorant et berné ? Il aurait ensuite fallu attendre le XIXème siècle pour que l’on se rende compte de la supercherie. Très peu pour moi. D’autant que comme je vous l’avais dit plus haut, Porphyre, ennemi mortel des chrétiens au IIIème siècle, avança les mêmes inepties. L’absence totale de référence au Zoroastrisme dans la Bible prouve que toute votre argumentation tombe à l’eau. Vous le présentez comme la source du Christianisme, via le Judaïsme et pas simplement comme une religion annexe qui bénéficia d’une autre révélation indépendante. Or si le Christ est le Verbe de Dieu comme Il l’avance, que son enseignement est exempt de toute erreur, alors Il aurait rendu l’hommage qui lui est dû à son prophète Zoroastre. Mais force est de constater que le Christ se réfère à Moïse, jamais à Zoroastre.

        Votre citation : « Si le Saint-Esprit a parlé par les prophètes, comme nous le dit le Credo, il faut comprendre qu’il a parlé en premier lieu par Zoroastre, le prophète de l’Iran, en lui inspirant ces croyances sublimes qui ont été transmises par les Israélites et qui sont parvenues jusqu’à nous grâce à la Révélation chrétienne. » prouve que vous faites fausse route. Il n’y a pas matière à interpréter le Credo et à s’imaginer que par Prophète, on entend des individus d’autres religions. Cette pensée ne trouve aucune créance dans les Ecritures Saintes. Les prophètes évoqués ici ne sont personnes d’autres que ceux de la Tradition biblique. Ce qui n’empêche pas que des païens aient pu recevoir des lumières particulières pour mieux recevoir la Révélation le moment venu. Mais de là à les considérer comme des Prophètes sur qui reposent les fondements de la Révélation, il y a plus que de la témérité.

        Vous pouvez affirmer que je ne comprends rien mais ma citation de Mgr Freppel contredit ce que vous avanciez. Vous avez dit que la transposition de Dieu a été maladroite dans le cas du Judaïsme avec ces hésitations sur la locution à utiliser pour définir Dieu. Or Mgr Freppel pense ici que Moïse savait parfaitement ce qu’il faisait en usant de nuances quant à la terminologie à utiliser.
        Il y a de nombreux passages de Pères qui s’opposent à ce que vous dites concernant l’usage du pluriel lorsque Dieu s’exprime dans l’Ancien Testament. Voici la pensée de certains Pères sur l’usage de ce pluriel dans la Genèse :

        « Comme Dieu, il (le Christ) a concouru à la création de l’homme, et il a été fait homme lorsqu’il a pris la forme d’esclave. Et en effet, si le Père seul eût créé l’homme, l’Ecriture ne rapporterait pas ces paroles : « Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance (Gen., I, 26) ». Saint Augustin, De la Trinité I, VII

        « Depuis toujours, en effet, il y a auprès de lui (du Père) le Verbe et la Sagesse, le Fils et l’Esprit. C’est par eux et en eux qu’il a fait toutes choses, librement et en toute indépendance, et c’est à eux qu’il s’adresse, lorsqu’il dit : « Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance (Gn, I, 26) ». C’est donc bien de lui-même qu’il a pris la substance des choses qui ont été créées, et le modèle des choses qui ont été faites, et la forme des choses qui ont été ordonnées. » – Saint Irénée – Adversus Haereses IV, 2, 1

        « A qui donc le Créateur dit-il : Faisons l’homme ? Mais à quel autre qu’à Celui qui est l’Ange du grand conseil, le Conseiller par excellence, le Dieu puissant, le Prince de la, paix, le Père du siècle futur, le Fils unique de Dieu, qui est consubstantiel au Père, et par qui tout a été créé ? C’est à lui que le Seigneur dit : Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance. Ce passage suffit pour confondre les ariens. Car Dieu le Père ne commande point à son Fils comme à un sujet et un serviteur, ni même comme s’il lui était inférieur en substance ; mais il lui parle comme à son égal, en disant : Faisons l’homme, et il proclame sa parfaite consubstantialité en ajoutant : Faisons l’homme à notre image et ressemblance. » Saint Jean Chrysostome – Huitième homélie sur la Genèse

        Enfin ce passage de saint Augustin éclaire sur le sens de certains passages de l’Ancien Testament :
        « C’est pour nous prémunir contre toutes ces erreurs que l’Ecriture sainte, s’accommodant à notre faiblesse, a daigné employer un langage tout humain, afin de familiariser notre intelligence avec les attributs divins, et de l’élever ensuite comme par degré aux plus sublimes mystères. Ainsi elle semble donner un corps à Dieu, quand elle met cette parole dans la bouche du psalmiste : « Seigneur, protégez moi à l’ombre de vos ailes ( Ps. XVI, 8 ) ». Ainsi encore elle attribue à Dieu certaines passions qui n’appartiennent qu’à l’esprit humain. « Je suis un Dieu jaloux, dit le Seigneur ». Ce n’est pas que Dieu le ressente réellement, mais c’est que tout autre langage serait inintelligible. – De la Trinité – I, I

        Je vous prie de me pardonner la longueur des citations mais elles me semblent éclairantes. Concernant l’affirmation de saint Paul, sur la lettre qui tue et l’esprit qui vivifie, il faut la rapporter aux erreurs des Pharisiens qui donnaient une valeur absolue à la loi ancienne, sans voir qu’elle n’avait que vocation de préparer l’établissement de la Nouvelle Alliance. Mais ce passage n’est pas là pour réinterpréter à sa sauce le sens historique de certains passages de l’Ancien Testament. Je conçois que certains passages posent quelques difficultés avec une simple lecture littérale mais les Pères de l’Eglise ont largement commenté ces différents ouvrages pour savoir quel sens il faut leur donner.

        Concernant Cyrus, il faut préciser que la détestation des païens par les juifs visait surtout leurs mœurs et leurs croyances. Il va de soi qu’ils purent apprécier et être reconnaissant envers ceux qui respectèrent leur culte et qui firent, directement ou indirectement, la volonté de Dieu. Comme je vous l’ai fait remarquer avec Melchisédech, tous les non-juifs n’étaient pas haïs en tant que tel. Mais de là à avancer qu’ils puisèrent dans les ouvrages religieux des païens, il faut avoir beaucoup d’audace ! Ici encore Mgr Freppel fait remarquer que l’époque de la déportation de Nabuchodonosor II est celle où les juifs exècrent le plus les païens :
        « La loi de Moïse élevait une barrière infranchissable entre les vaincus et les vainqueurs et on imagine mal le cœur du mosaïsme être touché par le paganisme quand on voit avec quel mépris l’Ancien Testament traite des éléments étrangers à sa doctrine. Au contraire nous voyons même un redoublement de ferveur pour la loi de ses Pères, c’est à ce moment même qu’on le trouve concentré en lui-même et plein d’aversion pour ce polythéisme des nations qui lui avait apparu aussi attrayant aux premiers jours de son histoire. Cela dit, des germes funestes ont pu se développer en son sein et qui viendront nourrir la cabale et le talmud, ces deux grandes déviations du mosaïsme. Attention toutefois de ne pas exagérer l’influence, il n’y a rien dans le panthéisme de la cabale qui fasse penser au dualisme du Zend-Avesta. Le mouvement philosophique dont est issu le Zohar s’explique par un travail d’idées qui s’est accompli dans les écoles juives, sous une certaine influence étrangère. » Mgr Freppel, Cours d’éloquence sacrée

        Pour l’assimilation avec Alain de Benoist, j’ai simplement dit qu’il ne rechignerait pas à affirmer la même chose que vous à ce sujet. Je ne vous assimile pas à cet odieux personnage. Je ne soutiens pas que le Christianisme est une religion purement sémitique. Il s’agit avant tout d’une religion universelle. Dieu choisit simplement un misérable petit peuple sémite, non en vertu de ses mérites, mais juste pour illustrer que seule la puissance divine pouvait permettre à ce peuple d’exister et de perdurer au milieu d’immenses empires qui lui étaient aussi hostiles que supérieurs. Et ce peuple n’avait qu’une raison d’être, préparer la venue du Messie, pour que s’accomplisse la Rédemption du genre humain. Dans un contexte de foi, savoir si le sang d’Abraham et de Moïse – si toutefois vous leur reconnaissez une existence réelle… – était sémite ou caucasien me parait n’avoir aucune importance, même si d’un point de vue historique cela peut avoir son intérêt.

        En ce qui concerne les textes de l’Avesta je vais être franc, je ne les ai pas lus hormis quelques passages dans différents ouvrages de compilation. Je serai curieux de savoir si toutes les concordances se trouvent dans les plus vieilles versions. Je ne sais pas s’il existe de quoi reconstituer la totalité de l’Avesta en l’an 800 av. J-C ou si on le complète avec des passages ultérieurs (ce qui de toute manière ne change pas grand-chose au fait que le Pentateuque est antérieur à cette époque). Je reste sceptique sur certaines affirmations des savants modernes, même si je m’incline volontiers devant leur immense savoir en la matière. Je me méfie surtout de conclusions qu’ils peuvent tirer de leurs travaux à partir d’éléments qui ne le permet pas. Je reprends mon exemple, Cumont fut un grand expert des religions orientales et du mithraïsme. Pourtant, ses rapprochements entre le Christianisme et ces religions sont totalement non fondés et ressortent d’éléments purement spéculatifs jamais corroborés par la réalité.

        Pour finir je ne donne aucune leçon de Christianisme à Zaehner et à König. Toutefois, votre affirmation : « Il est à noter que Zaehner était catholique et donc peu suspect de mauvaises intentions » est spécieuse et ne signifie pas grand-chose. Considérez-vous réellement que tout catholique est peu suspect de mauvaises intentions, surtout dans le siècle qui accouchera de Vatican II ? Ensuite la citation que vous proposez de cet auteur est en partie contredite par ma citation du livre de Job qui est antérieur à celui de Daniel. Et n’oubliez pas que l’enseignement de l’Eglise affirme que tout homme sait par les lumières de sa propre raison que Dieu existe, que l’âme est immortelle et qu’il y aura jugement à la fin de son existence. Donc sur ce sujet, Zoroastre n’a pas eu besoin d’avoir une révélation pour arriver à cette conclusion.

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      • Dommage que vous ne vouliez rien entendre et que vous vous obstiniez dans l’erreur. Je pense du reste que vous n’avez pas lu l’article en entier ou que vous ne l’avez fait qu’en diagonale. Je vous répète que l’exégèse de Bossuet ou celle de Freppel sont dépassées. Et je me demande si vous avez bien lu le troisième chapitre de la seconde épître de l’apôtre saint Paul aux Corinthiens. Il parle des Juifs en général, il discrédite Moïse lui-même, « qui avait un voile sur les yeux », et il définit l’Ancienne Alliance comme « le ministère de la lettre », « le ministère de la mort », « le ministère de la condamnation ». Les citations que vous faites de saint Augustin et de saint Irénée sont étranges parce que, dans la mesure toute relative où elles ont un rapport avec le sujet, elles vont dans mon sens. Enfin, on vous répète que l’Avesta dans son ensemble est antérieur à -800 et qu’il est donc bien antérieur à la Bible, composée par Esdras vers -450.

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  • christian.charmes@free.fr

    Cher Monsieur Je vous ai entendu sur Radio Athena : je partage votre opinion quant à Eric ZEMMOUR .

    A propos de Radio Courtoisie , j’ai appris donc qu’elle avait perdu deux tiers de ses auditeurs . Je ne suis pas vraiment surpris , j’ai constaté que de nombreux journaux ont été remplacés par des « plages musicales » pas toujours du meilleur goût et la rediffusion fréquente d’émissions anciennes . Le bulletin de réinformation était insuffisant et parfois erratique mais l’émission censée remplacer ce bulletin  » Ligne Droite » de 7h30 à 9h et de 11H 30 à 12h de Clémence HOUDIAKOVA emprunte beaucoup au politiquement correct sur le fond et à la mercatique communicationnelle sur la forme avec notamment de nombreuses ritournelles publicitaires ( jingles en anglo-américain) à la gloire de son animatrice et des « musiques » dodécaphoniques voire cacophoniques.

    Sur la plage horaire de 13h30 à 14h réservée aux chansons françaises , on y entend des chansons récentes , très récentes que l’on peut entendre sur les  » grandes radios », pas de chansons plus anciennes , traditionnelles de nos provinces ou quelques chants militaires . Enfin je constate un relâchement très net dans l’expression correcte de notre belle langue française avec des concessions au globish.

    J’espère que Pierre-Alexandre Bouclay amorcera un redressement.

    J’espère et je souhaite que vous repreniez, au plus tôt , la présidence de Radio Courtoisie. Courtoisement Christian CHARMES

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