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Zoroastre et nous : Les origines zoroastriennes de l’Occident chrétien

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« Zoroastre, tout en se jetant passionnément dans l’évidence du monothéisme, n’a pas voulu laisser perdre la distinction des fonctions de souveraineté mystique, de puissance combattante et de fécondité. (…) Sacrifiant ses mythes, il en a gardé l’essentiel, l’armature philosophique, pour l’appliquer à l’analyse ardente de l’objet nouveau de sa foi : le dieu unique, créateur et maître universel. »

Georges Dumézil

Résumé

Du monothéisme à la résurrection des morts, les dogmes du zoroastrisme, religion des anciens Perses, se retrouvent dans le christianisme. Or, l’Avesta, le livre saint du zoroastrisme, est antérieur de plusieurs siècles à la rencontre des Juifs et des Perses, qui s’est produite en 539 avant Jésus-Christ, quand l’empereur Cyrus a pris Babylone, où les Juifs avaient été déportés. Il faut donc en conclure que le judaïsme de l’Ancien Testament a hérité des dogmes zoroastriens après cette date et qu’il les a transmis au christianisme.

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Les chrétiens savent bien ce qu’ils doivent au judaïsme de l’Ancien Testament, mais ils ignorent absolument, à de rares exceptions près, que ce dernier, à son tour, avait une dette considérable envers le zoroastrisme qui l’avait précédé. Le christianisme a donc des origines zoroastriennes. Or, cette vérité étrangement méconnue n’intéresse pas seulement les chrétiens eux-mêmes, mais tous les Occidentaux, chrétiens ou non, puisque la civilisation occidentale est d’essence chrétienne.

Concordance des dogmes

Le zoroastrisme ou mazdéisme était la religion des anciens Iraniens (Perses, Mèdes, Parthes), qui formaient avec les Indiens, ou plus précisément avec les Indo-Aryas, la branche orientale, dite indo-iranienne, de la famille des peuples indo-européens. Il est encore pratiqué par quelque 200.000 fidèles dans le monde, surtout en Iran (guèbres ou zarthoshtis) et en Inde (appelés parsis, c’est-à-dire Persans, parce qu’ils descendent d’immigrés venus d’Iran pour fuir les persécutions). Cette religion tire le premier de ses deux noms de son fondateur, le prophète Zoroastre, alias Zarathoustra, le second de son Dieu, Ahura Mazda. Au XVIIe siècle, lorsque les Occidentaux ont découvert le zoroastrisme, dont le souvenir s’était perdu depuis les Grecs de l’Antiquité et dont ceux-ci, du reste, n’avaient eux-mêmes qu’une vague notion, et surtout après la première traduction de son livre saint, l’Avesta, en 1771, ils ont été frappés des affinités qu’il avait avec le christianisme. La concordance des dogmes est en effet confondante.

Le zoroastrisme croit en un Dieu unique, Ahura Mazda, le Seigneur Sagesse, qui est infiniment bon et qui a créé le monde. Il est entouré d’un cortège d’archanges, les immortels bienfaisants, ameshas spentas, et de simples anges, yazatas. Ahura Mazda a créé l’Esprit Saint, Esprit du Bien, Spenta Manyu, et l’Esprit du Mal, Angra Manyu, qui a choisi en toute liberté, comme Satan, de s’opposer à Dieu, et qui est assisté par une foule de démons, daevas.

Le zoroastrisme est une religion de salut. Il croit à la vie éternelle, au jugement de l’âme après la mort, à la rétribution des bonnes et des mauvaises pensées, paroles et actions, à l’enfer et au paradis (mot d’origine perse) – eschatologie individuelle. Il croit aussi au Sauveur, Saushyant, qui reviendra à la fin du monde, à la résurrection des morts, au jugement dernier et à l’avènement du Royaume de Dieu – eschatologie collective.

On notera la même incongruité apparente que dans le christianisme, incongruité qui résulte de la superposition des deux eschatologies, le jugement dernier qui a lieu à la fin du monde paraissant faire double emploi avec le jugement particulier prononcé immédiatement après la mort.

(Le problème avait troublé le pape Jean XXII. Il est revenu à son successeur, Benoît XII, de lui apporter une solution définitive, ex cathedra, en 1336, dans la constitution Benedictus Deus. Cf. Gervais Dumeige, La Foi catholique, pp. 510-511.)

Le zoroastrisme est une religion universaliste, qui s’adresse à tous les hommes, et non à un peuple particulier (bien que les survivants, gardiens de la flamme, aient eu tendance à se replier sur eux-mêmes sous l’effet des persécutions après la conquête musulmane).

La concordance ne se limite pas aux dogmes, elle s’étend à la morale. Le zoroastrisme professe une morale universelle, la même pour tous les hommes, qui rompt avec les morales particulières de l’ancienne religion indo-iranienne (cf. la notion de dharma dans l’hindouisme). Il appelle ses fidèles à choisir le bien et la vérité, à combattre le mal et le mensonge. La morale sexuelle du zoroastrisme condamne l’onanisme et l’avortement. Elle interdit aussi l’homosexualité, à la différence de l’hindouisme et du bouddhisme, mais comme le christianisme, le judaïsme et l’islam.

Le zoroastrisme connaît deux façons d’effacer les péchés, qui sont les mêmes que dans le catholicisme : la confession à un prêtre des péchés que l’on a commis en pensée, en parole et par action, et la réversibilité des mérites, laquelle justifie la prière pour les défunts. L’administration du breuvage sacré, le haoma, aux mourants, comme viatique, aliment d’immortalité, fait irrésistiblement penser au sacrement de l’extrême-onction. A noter que les saints du zoroastrisme ont sur la tête une auréole. On voit que le catholicisme est plus zoroastrien que le protestantisme.

Cette similitude des deux religions, zoroastrisme et christianisme, ne peut être le fait du hasard. De nombreux auteurs en ont inféré que la première avait influencé la seconde. Le grand orientaliste belge Jacques Duchesne-Guillemin (1910-2012) en a dressé la liste en 1962 : “L’influence de l’Iran sur la religion juive d’après l’exil a été estimée décisive non seulement par des iranistes tels que L. Mills, qui en a traité dans plusieurs livres (1906, 1913)…, mais aussi par de nombreux théologiens comme Stave (1898), E. Böklen (1902), Bousset (1926)… La même opinion est aussi défendue par un savant qui semble chez lui aussi bien dans les études sémitiques qu’iraniennes, G. Widengren (1957, 1960)… L’historien E. Meyer (1921) partageait aussi ces vues… Von Gall (1926) donne un catalogue détaillé des points de ressemblance, concluant toujours à une dépendance du judaïsme par rapport à l’Iran… Beaucoup de savants acceptent encore cette hypothèse comme un fait établi” (La religion de l’Iran ancien, p. 258).

En 1977, Duchesne-Guillemin s’est rallié ouvertement à cette conclusion, quoique en termes prudents : “Il est vraisemblable que le zoroastrisme a influencé le développement du judaïsme et la naissance du christianisme… Après l’exil, le salut d’Israël devait advenir dans le cadre d’un renouveau général ; l’avènement d’un sauveur signifierait la fin de ce monde et la naissance d’une nouvelle création ; le jugement d’Israël deviendrait un jugement général divisant l’humanité entre le bien et le mal. Ce concept nouveau, à la fois universel et éthique, rappelle si fortement l’Iran que beaucoup de savants l’attribuent à l’influence de ce pays” (“Zoroastrianism and Parsiism”, pp. 1171-1172).

Geo Widengren (1907-1996), savant suédois non moins éminent, estimait que l’Ancien Testament avait reçu l’empreinte du zoroastrisme à la suite de l’exil des Juifs à Babylone. “Certains facteurs ont conféré à la religion iranienne une grande influence. Nous pensons avant tout à sa force spéculative, qui a visiblement impressionné les fidèles des religions voisines… Avec la religion iranienne, nous avons pour la première fois une conception théologique de l’histoire ; or, celle-ci jouera plus tard, dans l’Occident chrétien, un rôle de premier plan… C’est de l’Iran que procède toute eschatologie et toute apocalyptique. La doctrine des périodes et la résurrection des corps sont des dogmes spécifiquement iraniens et ils ont fait leur chemin depuis… Sous toutes ses formes, la religion iranienne est une religion du salut. Tout est centré sur le salut individuel et communautaire. On comprend dès lors que la personne du rédempteur, de celui que Dieu charge de la révélation, occupe une place centrale… Le divin rédempteur descend sur terre et accepte de naître ici-bas sous forme humaine afin de sauver l’humanité… Si l’on jette un regard d’ensemble sur l’histoire du judaïsme, du christianisme et de l’islam au Proche-Orient, on voit avec évidence que, depuis les Achéménides, la religion iranienne a exercé sur la vie religieuse de tout l’Orient une influence durable et décisive… L’influence spirituelle de l’Iran se fit sentir parce que ses échanges culturels étaient intenses et que, sa religion possédant une énergie intrinsèque, les valeurs principales en furent peu à peu connues et plus ou moins parfaitement assimilées” (Les religions de l’Iran, pp. 392-393).

Duchesne-Guillemin et Widengren étaient les deux plus grands spécialistes du zoroastrisme et de l’Iran ancien au XXe siècle. Leur opinion a donc du poids.

Robert Charles Zaehner (1913-1974), éminent orientaliste lui aussi, a abondé dans leur sens : « La doctrine de Zoroastre sur les récompenses et les peines, sur une éternité de béatitude et une éternité de malheur attribuées aux hommes bons et mauvais dans une autre vie au delà de la tombe est similaire de façon si frappante à l’enseignement chrétien que l’on ne peut manquer de se demander si une influence directe n’est pas ici à l’œuvre. Il faut répondre : “oui” sans aucun doute, car les similitudes sont si grandes et le contexte historique si nettement pertinent qu’il faudrai pousser le scepticisme bien trop loin pour refuser de tirer la conclusion évidente… La théorie d’une influence zoroastrienne directe sur le judaïsme post-exilique [après -539] explique l’abandon soudain de la part des Juifs de la vieille idée du shéol, existence vague et impersonnelle qui est le lot de tous les hommes, sans considération de ce qu’ils ont fait sur terre, et l’adoption soudaine, précisément à l’époque où les Juifs exilés entrent en contact avec les Mèdes et les Perses, de l’enseignement du prophète iranien concernant l’au-delà. Ainsi, c’est Daniel, prétendument ministre de “Darius le Mède”, qui parle pour la première fois clairement de l’immortalité et du châtiment éternel. “Beaucoup de ceux qui dorment sur cette terre de poussière”, écrit-il, “s’éveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte et l’opprobre éternelles” (Daniel, XII 2). Ainsi, dès le moment où les Juifs sont entrés pour la première fois en contact avec les Iraniens, ils ont adopté la doctrine typiquement zoroastrienne d’une vie individuelle dans l’au-delà où l’on jouit des récompenses et où l’on endure les châtiments. Cette espérance zoroastrienne n’a cessé de progresser en terrain sûr pendant la période intertestamentaire et, à l’époque du Christ, elle fut soutenue par les pharisiens, dont le nom lui-même a été interprété par certains savants comme signifiant “Perses”, autrement dit la secte la plus ouverte à l’influence perse. Ainsi l’idée de la résurrection des corps à la fin des temps fut-elle aussi probablement propre au zoroastrisme, bien qu’elle se fût manifestée chez les Juifs, car les germes de l’eschatologie ultérieure étaient déjà présents dans les Gâthâs » (Dawn and twilight of zoroastrianism, pp. 37-38). Il est à noter que Zaehner était catholique et donc peu suspect de mauvaises intentions.

Le cardinal Franz König (1905-2004), archevêque de Vienne, a prononcé le 24 octobre 1976, trois ans avant la révolution islamique, une conférence historique à l’université de Téhéran, capitale de l’Iran, sur “L’influence du zoroastrisme dans le monde”. C’était la première fois qu’un haut dignitaire de l’Eglise catholique s’exprimait officiellement sur le sujet, ès qualités, bien que le cardinal König eût publié antérieurement, en 1964, un livre personnel où il évoquait déjà cette problématique (Zarathustras Jenseitsvorstellungen und das Alte Testament, Herder, Fribourg-en-Brisgau, Allemagne). Il relève dans sa conférence que “la première rencontre de l’Iran avec la religion juive eut lieu à l’époque de Cyrus”. Puis il s’interroge : “La grande question est de savoir si, et dans quelle mesure, les concepts religieux du zoroastrisme ont influencé le christianisme par l’intermédiaire du judaïsme.” “La Bible a-t-elle une dette envers l’Iran ?” Il se réfère au “fameux iranologue suédois, G. Widengren”, dont il rapporte l’opinion avec respect et dont il fait une citation proche de celle qui figure ci-dessus, quoique “l’évidence” ne soit plus ici qu’une “très nette impression” : “Quand on considère l’histoire du judaïsme, du christianisme et de l’islam, on a la très nette impression que, spécialement depuis les Achéménides, la religion iranienne n’a pas cessé d’exercer une influence décisive sur la vie religieuse de l’Orient” (“Stand und Aufgaben der iranischen Religionsgeschichte”, Numen, 2, p. 131). Le cardinal souligne devant un public en grande partie musulman que, pour Widengren, l’influence spirituelle de l’Iran ne s’est pas seulement exercée sur le judaïsme et le christianisme, mais aussi sur l’islam.

Le cardinal König mentionne aussi plusieurs autres auteurs importants qui partageaient l’opinion de Widengren (et que Duchesne-Guillemin n’avait pas cités) : l’historien allemand Ernst Kornemann (1868-1946), le philologue danois Arthur Christensen (1875-1945). Il estime quand même prudemment “qu’un tel degré de dépendance des Saintes Ecritures chrétiennes envers la pensée de Zoroastre ne peut être prouvé”. Cependant, ajoute-t-il, “il est acquis aujourd’hui que Zoroastre n’a pas pu emprunter ses idées d’une quelconque révélation originale des prophètes de l’Ancien Testament, mais au contraire que le christianisme a assimilé certains éléments des idées de Zoroastre, à travers l’Ancien Testament”. Et il conclut : “Nous avons maintenant tendance, c’est sûr, à traiter des connexions historiques entre la Bible chrétienne et les écrits de Zoroastre avec davantage de prudence qu’aux débuts de l’histoire comparée des religions. Néanmoins, il demeure certain que l’influence de Zoroastre est largement admise dans l’espace et le temps, et que ses idées ont apporté d’importantes contributions à la formation de la pensée européenne.”

Si l’on fait la part de la prudence ecclésiastique fort compréhensible de la part d’un haut dignitaire de l’Eglise catholique, on voit bien que le cardinal König ne récusait pas la thèse de la filiation énoncée par Duchesne-Guillemin, Widengren, Zaehner et autres auteurs. Celle-ci n’a en effet rien de scandaleux pour un chrétien. Un Père de l’Eglise, Clément d’Alexandrie, qui vivait au IIe siècle, nous a enseigné qu’une inspiration divine avait été donnée à certains “païens” pour préparer l’accueil de l’Evangile, autrement dit que le don de la prophétie n’avait pas été réservé aux Israélites de l’Ancien Testament. Si le Saint-Esprit a parlé par les prophètes, comme nous le dit le Credo, il faut comprendre qu’il a parlé en premier lieu par Zoroastre, le prophète de l’Iran, en lui inspirant ces croyances sublimes qui ont été transmises par les Israélites et qui sont parvenues jusqu’à nous grâce à la Révélation chrétienne.

L’an 539 avant Jésus-Christ

La date cruciale, c’est -539 (539 avant J.-C.), quand Cyrus le grand acheva la construction de l’empire perse achéménide par la prise de Babylone, où les Juifs (appelés ici aussi bien et indifféremment Hébreux ou Israélites) avaient été déportés par Nabuchodonosor soixante ans plus tôt (en -597) et où ils étaient réduits en esclavage. Cyrus a libéré les Juifs, qui l’ont dès lors vénéré comme “l’Oint du Seigneur”, hébreu mashia’h, Messie (Isaïe, XLV 1). Le point essentiel est qu’il n’y avait jamais eu de contacts entre Juifs et Perses avant -539 et qu’au contraire ces contacts ont été des plus étroits après cette date, qu’ils n’ont pas cessé pendant toute la durée de l’empire achéménide, jusqu’à sa chute avec la victoire d’Alexandre le grand en -330, et qu’ils ont continué sous l’empire macédonien des Séleucides (de -305 à -64) et sous l’empire parthe des Arsacides (de -250 à 224), les Juifs n’ayant jamais quitté Babylone. On peut même parler de symbiose entre Juifs et Perses si l’on songe à Esdras et Néhémie, hauts fonctionnaires de l’Etat perse, et à Esther (dont le nom vient du vieux-perse stâra, étoile), qui a enjôlé Assuérus, soit Xerxès Ier, lequel régna sur l’empire perse de -486 à -465 et fut défait par les Grecs à Salamine en -480.

(Si les Juifs avaient déjà eu des relations avec des zoroastriens avant Cyrus, depuis la déportation à Babylone en -597, elles n’ont pu être que marginales et hostiles, donc négligeables. Voir Jérémie, XXXIX 3, 13, et Ezéchiel, VIII 16-17. On peut en dire autant de la déportation en Assyrie et en Médie qui a suivi la prise du royaume de Samarie par le roi d’Assyrie Sargon II en -721, puisque celle-ci n’a pas concerné le royaume de Juda et que les Samaritains n’étaient pas de vrais Juifs, étant observé de surcroît que les Mèdes ne se sont convertis au zoroastrisme qu’après la conquête de leur pays par les Perses de Cyrus en -549. Voir II Rois, XVII 24 et XVIII 11.)

Or, en -539, l’Avesta, le livre saint du zoroastrisme, était composé depuis plusieurs siècles. (Il était donc aussi largement antérieur à la déportation des habitants de la Samarie en -721 et à celle des habitants de la Judée en -597.) Le premier Avesta, dit “Avesta ancien”, qui contient les Gâthâs, chants attribués au prophète Zoroastre, peut être daté de -1200 environ. Le second Avesta, dit “récent” (tout est relatif), de -800 au plus tard.

L’archaïsme de l’Avesta est établi en premier lieu par son contenu. Celui-ci nous apprend qu’il a été écrit à l’âge du bronze, donc avant -800. “[Selon Wilhelm Geiger,] l’Avesta dans son ensemble révèle une culture matérielle très primitive, qui ignore le sel, le verre, la monnaie, les métaux autres que le bronze. Il émane d’un milieu radicalement étranger à la civilisation de l’empire achéménide. Il a donc été composé avant la constitution des empires mède [-678] et perse [-539]. La civilisation de l’Avesta est très vieille.” Et encore : “Les Gâthâs sont plus archaïques que le reste de l’Avesta, qui est lui-même remarquablement primitif et était entièrement constitué avant la fondation des empires occidentaux [mède et perse]” (Jean Kellens, La quatrième naissance de Zarathushtra, p. 33).

Duchesne-Guillemin remarque que Zoroastre ignorait la civilisation urbaine, alors que les fouilles archéologiques ont montré que celle-ci apparaissait en Chorasmie, le pays du prophète, dès la première moitié du Ier millénaire avant notre ère (La religion de l’Iran ancien, p. 140, et “L’Iran antique et Zoroastre”, pp. 625 et 656). “Il est certain que la prédication de Zarathustra s’est faite loin de tout contact avec l’Iran occidental et assez longtemps avant l’avènement des Achéménides” (Zoroastre, p. 124).

(L’Iran s’étendait jadis beaucoup plus au nord, en Asie centrale, dans ce qui est devenu le Turkestan, le pays des Turcs – lesquels ne sont pas des Indo-Européens, est-il besoin de le rappeler ? Les invasions turques l’ont fait reculer vers le sud jusqu’à ses frontières actuelles. L’ancienne Chorasmie, actuel Khwarezm, était selon l’Avesta l’Airyanem Vaejo, “le pays arya”, expression qui a donné son nom à l’Iran tout entier, sachant que “Aryas” était l’appellation que se donnaient les Indo-Iraniens indivis et que les deux branches, indienne et iranienne, l’ont conservée après la scission, laquelle s’est produite entre -1800 et -1600. La Chorasmie appartient aujourd’hui à l’Ouzbékistan, le pays des Ouzbeks, qui sont une variété de Turcs. Cette province est située à l’est de la mer Caspienne, au bord sud de la mer d’Aral, sur les rives de l’Amou-Daria, anciennement l’Oxus, et contient la ville turque historique de Khiva, fondée au VIe siècle après J.-C..)

L’archaïsme des Gâthâs est aussi prouvé par leur similarité avec les Védas, les livres saints de l’hindouisme. “Les Gâthâs sont des hymnes analogues aux hymnes védiques et les nombreux parallèles formulaires entre les deux corpus démontrent que l’un et l’autre sont l’aboutissement d’une même tradition littéraire hymnologique et le produit d’une même vision ritualiste du culte. Ce constat est un acquis définitif” (Jean Kellens, op. cit., pp. 124-125). Gâthâs et Védas ne peuvent donc avoir été composés trop longtemps après la séparation des Indiens et des Iraniens, qui s’est produite, on l’a vu, entre -1800 et -1600.

En second lieu, l’archaïsme de l’avestique, la langue de l’Avesta, sous ses deux formes, propres respectivement au premier et au second Avesta, confirme la datation haute, celle que nous avons donnée ci-dessus. Il n’y a plus de doute à cet égard depuis un article de Karl Hoffmann en 1958 et un autre de Michel de Vaan en 2003. “L’archaïsme linguistique des Gâthâs est justifié par la complexité du système des pronoms enclitiques, le système verbal opposant le présent à l’aoriste et la trace laissée sous forme d’hiatus par les laryngales intervocaliques” (ibidem, p. 74). Et encore : “Nous devons à l’école d’Erlangen et à quelques savants qui pratiquent le même comparatisme indo-iranien, comme Thomas Burrow, F.B.J. Kuiper et Paul Thieme, la découverte des indices linguistiques qui plaident définitivement pour la datation haute. Dès la fin des années 50, l’essentiel est acquis : des travaux de Hoffmann, de Humbach et de Kuiper soulignent impérieusement l’archaïsme généralisé de la langue des Gâthâs” (ibidem, p. 121). Voilà pourquoi le vocabulaire de l’Avesta est si semblable à celui des Védas ; de nombreux mots y sont identiques ou presque identiques, par exemple, gâtha, cantique, mithra/mitra, contrat, kshathra/kshatra, puissance, etc.

La langue des Gâthâs est antérieure de plusieurs siècles à celle du second Avesta, qui est elle-même archaïque par rapport au vieux-perse parlé dans l’empire achéménide, indépendamment des différences dialectales entre la Perse proprement dite et le Nord-Est de l’Iran, dont la Chorasmie faisait partie.

Le sens de la transmission ne fait donc aucun doute. Le christianisme a reçu les dogmes du zoroastrisme par l’intermédiaire du judaïsme de l’Ancien Testament, qui en avait pour sa part hérité après -539.

Les Juifs étaient un peuple marginal dans l’empire achéménide. Admirateurs de Cyrus, ils ont recueilli les dogmes de la religion des Perses, tandis que celle-ci ne leur a rien emprunté. On conçoit que les Juifs aient adopté le Dieu unique de Zoroastre en l’identifiant à leur dieu ethnique. On voit mal comment l’inverse aurait pu se produire. Le passage du Dieu ethnique au Dieu universel dans le christianisme résulte d’une évolution interne au judaïsme qui a marqué un retour aux origines zoroastriennes.

Les dogmes du zoroastrisme n’ont pas été acceptés d’un seul coup par les Israélites après -539. Le monothéisme a d’abord été hésitant. La résurrection des morts n’apparaît que dans un livre deutérocanonique, le deuxième livre des Maccabées, composé au IIe siècle avant J.-C., et elle était refusée par les sadducéens, puisqu’il était écrit en grec et ne faisait pas partie du canon de la Bible hébraïque. L’infusion du zoroastrisme dans le judaïsme a donc pris plusieurs siècles et c’est ce qui explique ce fait paradoxal que le christianisme soit plus proche du zoroastrisme que le judaïsme de l’Ancien Testament, bien que celui-ci ait servi d’intermédiaire.

Constitution du judaïsme

A. Le judaïsme s’est constitué par la transposition du Dieu universel en Dieu ethnique.

Cette transposition a été maladroite à plusieurs égards. En premier lieu, la Bible hésite sur le nom de Dieu, qu’elle appelle d’abord Elohim, pluriel de majesté, ce qui, à la lettre, voudrait dire “les dieux”, et qui désigne le Dieu universel, et ensuite, Yahvé, dieu de l’ethnie hébraïque. Pour réaliser l’amalgame, la Genèse juxtapose les deux noms, en écrivant : “Yahvé-Elohim” (Genèse, II 4). Ce procédé est occulté dans beaucoup de traductions, où le doublet est rendu par “Dieu” ou “le Seigneur Dieu”.

En deuxième lieu, la Bible n’évite pas l’anthropomorphisme. Dieu, qui a créé le monde en six jours, se repose le septième jour (Genèse, II 2-3 ; Exode, XX 11). Dans le récit de la Chute, Dieu se promène dans le Jardin d’Eden comme le ferait un homme et il ne sait même pas où sont cachés Adam et Eve (Genèse, III 8-9).

On y est tellement accoutumé que l’on ne mesure pas l’incongruité du concept d’alliance entre Dieu et l’homme, ou un groupe d’hommes, et la part d’anthropomorphisme qu’il comporte dans l’Ancien Testament. Pour la Nouvelle Alliance, l’incongruité ne porte que sur le mot, car l’alliance dont il s’agit n’a pas le sens ordinaire ; elle signifie que le fidèle porte Dieu dans son cœur et qu’il est uni à lui par le Christ (l’apôtre saint Paul, dans l’épître aux Hébreux [VIII, 10], cite le prophète Jérémie : “…le Seigneur dit : “Je mettrai mes lois dans leur pensée, je les graverai dans leur cœur…”). Il en va tout autrement de l’Ancienne Alliance, qui est une véritable alliance au sens habituel du mot. Elle implique une réciprocité de devoirs entre Yahvé et les Israélites. C’est un contrat synallagmatique. Les Israélites doivent obéir à la Loi qui leur a été révélée et s’abstenir de rendre un culte aux autres dieux. En contrepartie, Yahvé leur donnera la victoire et ils pourront conquérir la terre promise. Sans doute y a-t-il une grande inégalité entre les deux parties au contrat. Il n’empêche que Dieu est assimilé à un homme qui passe contrat avec un autre.

Si l’Ancienne Alliance rabaisse Dieu, elle exalte au contraire ceux avec qui Il passe ce contrat, les Hébreux, qui ne sont plus des hommes comme les autres, mais qui sont en vérité infiniment supérieurs aux autres hommes, puisqu’ils ont été choisis par Dieu et qu’ils ont conclu un contrat avec Lui.

En troisième lieu, l’Ancien Testament ne dit pas toujours clairement que les autres dieux n’existent pas, mais plutôt simplement que les Juifs ne doivent pas leur rendre un culte ; il hésite donc entre hénothéisme et monothéisme. D’ailleurs, lorsque Dieu chasse Adam et Eve du paradis terrestre, Il déclare étonnamment : “Voici que l’homme est devenu comme l’un de nous, grâce à la science du bien et du mal” (Genèse, III 22). “Comme l’un de nous”, donc comme un dieu… Et si Yahvé est un Dieu “jaloux”, c’est bien parce qu’il a peur que son peuple le trompe avec d’autres dieux… L’Alliance elle-même n’est-elle pas une alliance contre les autres dieux, et solidairement contre les autres peuples, qui adorent ces autres dieux ?

Il faut attendre le Deutéronome, cinquième et dernier livre du Pentateuque, pour trouver une affirmation explicite de l’unicité de Dieu, qui achève l’identification d’Elohim à Yahvé : “C’est à toi qu’il a donné de voir tout cela, pour que tu saches que Yahvé est le vrai Dieu et qu’il n’y en a pas d’autres” (IV 35). Et encore : “Voyez maintenant que c’est moi qui suis Dieu et qu’il n’en est point d’autre à côté de moi” (XXXII 39). Isaïe le répète : « Ainsi parle Yahvé, roi d’Israël, Yahvé des armées, son rédempteur : “Je suis le premier et je suis le dernier, à part moi, il n’y a pas de dieu” (XLIV 6). “Je suis Yahvé, il n’y en pas d’autre, moi excepté, il n’y a pas de Dieu” (XLV 5). »

Signe de la dette du judaïsme envers le zoroastrisme, le paradis, concept essentiel dans l’économie du salut, est un mot d’origine perse. En revanche, il n’y pas trace d’hébraïsme dans l’Avesta ni dans la littérature religieuse postérieure de l’Iran. “Avant la conquête musulmane [651], il n’y avait presque pas de mots sémitiques dans les langues iraniennes, alors que le nombre des mots iraniens en hébreu, en araméen et en syriaque est réellement imposant” (Geo Widengren, Les religions de l’Iran, p. 394). Dans la forme, la Bible, qui raconte l’histoire, réelle ou légendaire, du peuple hébreu, n’a rien à voir avec l’Avesta, qui est un recueil d’hymnes, de prières, de prescriptions rituelles, de mythes cosmogoniques. C’est sur le fond que la transmission est manifeste, bien que les auteurs de l’Ancien Testament aient tu ce qu’ils devaient au zoroastrisme, dont ils avaient forcément conscience. Ils ont négligé un détail : le nom du paradis ! C’est là qu’un Sherlock Holmes de l’histoire religieuse pourrait découvrir le pot aux roses… En cherchant bien, car le texte établi par des érudits juifs, les Massorètes, au IXe siècle après J.-C. a été soigneusement épuré, en sorte que le mot hébreu “pardès”, issu de l’avestique “pairidaesa”, n’y figure que trois fois, et seulement dans le sens d’un parc ou d’un verger. Mais les Septante avaient vendu la mèche au IIIe siècle avant notre ère, mille ans plus tôt. Partant d’un original hébraïque aujourd’hui disparu qu’ils ont traduit en grec, ils ont employé une trentaine de fois le mot “paradeisos” pour désigner le séjour des bienheureux. De même, dans sa traduction latine de la Bible, la Vulgate, au IVe siècle de notre ère, saint Jérôme a écrit maintes fois le mot “paradisus” dans le même sens. Il est évident que le concept de paradis a été transmis aux Juifs par les Perses en même temps que le mot.

En cherchant bien, Sherlock pourrait découvrir quelques autres détails révélateurs, par exemple Asmodée, “le pire des démons”, qui n’est autre que le démon Aesma daeva du zoroastrisme (Tobie, III 8). Evidemment, on s’en doute, l’asymétrie est totale en la matière, rien dans l’Avesta ne vient de la Bible.

Si les auteurs de l’Ancien Testament ont dit leur vénération pour Cyrus, ils se sont bien gardés de mentionner son Dieu, Ahura Mazda. Ils se sont même autorisés à annexer Cyrus pour en faire un Juif comme eux, puisqu’on peut lire à la fin du second livre des Chroniques : « Ainsi a parlé Cyrus, roi de Perse : “Yahvé, Dieu des cieux, m’a donné tous les royaumes de la terre et il m’a chargé de lui rebâtir une Maison à Jérusalem qui est en Judée” » (XXXVI 23, repris en Esdras, I 2). On avait l’interpretatio romana, qui assimilait les dieux du panthéon grec aux dieux romains, Zeus à Jupiter, Athéna à Minerve, etc.. Interpretatio judaica, ici, le Dieu de Cyrus et des Perses étant assimilé à Yahvé, Dieu des Israélites. La grande différence, c’est qu’Ahura Mazda n’est pas nommé. L’auteur des Chroniques savait pertinemment que Cyrus adorait Ahura Mazda. En l’identifiant à Yahvé, il a révélé, à son corps défendant, que le judaïsme était tributaire de la religion des Perses pour la croyance en un Dieu unique. Le sens de la transmission est évident. L’idée ne serait jamais venue aux Perses de prendre Yahvé pour Ahura Mazda.

Il est cependant impropre de parler d’influences du zoroastrisme sur le judaïsme. En réalité, le judaïsme s’est constitué à partir du zoroastrisme. Avant -539, le judaïsme n’existait pas. Le judaïsme fut une nouvelle religion qui est née de la transposition du Dieu universel en Dieu ethnique, Yahvé, avec l’affirmation parallèle de la théorie du peuple élu. C’est Zoroastre qui a fondé le monothéisme, ce ne furent pas les prophètes d’Israël.

Ce ne fut pas non plus le pharaon Aménophis IV, ou Akhénaton, “serviteur d’Aton”, qui régna sur l’Egypte de -1379 à -1362. Bien que celui-ci rendît un culte exclusif au dieu-soleil Aton, il ne niait pas l’existence des autres dieux ; sa doctrine, qui affirmait la primauté d’un dieu sur les autres dieux, était donc un simple hénothéisme, et non un monothéisme. Contrairement à la légende entretenue par Sigmund Freud dans un livre délirant, Moïse et le monothéisme (1939), le judaïsme ne doit strictement rien à Akhénaton, dont la réforme fut au demeurant sans lendemain en Egypte.

B. Le judaïsme fut une régression par rapport au zoroastrisme.

Régression théologique, d’abord, puisque, héritier d’une religion universaliste, il était, quant à lui, une religion particulariste et raciste et qu’il a rabaissé Dieu en le ramenant aux limites d’une ethnie, définie par son ancêtre éponyme, Jacob-Israël. On ne mesure pas assez les terribles conséquences de cette appropriation ethnique de Dieu. Elle impliquait que les non-Juifs devenaient des sans-dieu. C’est le christianisme qui a tenu a posteriori les Hébreux pour le peuple élu de Dieu sous l’Ancienne Alliance, dans l’attente de la Nouvelle. Les Israélites se considéraient plutôt pour leur part comme le peuple de Dieu, entouré de peuples sans Dieu qui étaient exclus de l’humanité authentique. Il y avait à leurs yeux une différence plus grande entre un Juif et un non-Juif, un “Goy”, terme de mépris, qu’entre ce dernier et une bête. De plus, les Israélites étant, par définition, les descendants de Jacob-Israël, la conversion éventuelle d’un non-Juif au judaïsme faisait de lui un simple prosélyte, individu d’un rang inférieur, et non un Israélite.

Les peuples primitifs se désignent eux-mêmes par un mot qui signifie “homme”, considérant ainsi que les étrangers ne sont pas des hommes. Les Juifs ont conservé à la nouvelle religion qu’ils ont constituée après -539 le caractère primitif qu’ils tenaient de leurs ancêtres, en dépit de l’élévation spirituelle que le zoroastrisme leur avait insufflée. La circoncision masculine, excision du prépuce, rite barbare qui soulevait d’horreur Grecs et Romains, témoigne du caractère primitif du judaïsme. Le comble est que les anciens Israélites ont voulu faire de cette pratique dégoûtante, qui est une mutilation sexuelle, la marque de l’Alliance avec Yahvé (Genèse, XVII 9-14).

La Nouvelle Alliance des chrétiens n’a pas grand-chose à voir avec l’Ancienne des Juifs, malgré le nom. Cette dernière est une alliance au sens propre, une alliance contre. Ainsi, Yahvé, Dieu jaloux, inculque aux Israélites la haine des autres peuples, qui adorent d’autres dieux que lui, et il les leur “livre” (le mot revient souvent dans la Bible hébraïque) pour qu’ils les détruisent avec leurs dieux, c’est-à-dire pour qu’ils les exterminent, y compris les femmes et les enfants, en sorte que leurs dieux disparaissent avec eux.

Le judaïsme a fait du Dieu bon de Zoroastre un Dieu cruel, vindicatif – mauvais. Yahvé ordonne par exemple l’extermination des Amalécites, “y compris les enfants à la mamelle” (I Samuel, XV 3), et se déclare “le Dieu fort et jaloux qui venge l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et quatrième génération” (Décalogue : Exode, XX 5).

On pense que ce sont les prophètes et autres auteurs inspirés de l’Ancien Testament qui sont arrivés au monothéisme en faisant du dieu ethnique des Hébreux, Yahvé, le Dieu unique. En réalité, c’est l’inverse qui s’est produit. Les Juifs ont adopté le Dieu unique du zoroastrisme en l’assimilant à leur dieu ethnique, opération effrontée qui les a conduits en même temps à décréter qu’ils étaient le peuple de Dieu, alors qu’ils n’étaient qu’un peuple marginal, dépourvu de civilisation, que Max Weber a qualifié de “peuple paria”.

Selon André Caquot (1923-2004), professeur au Collège de France, titulaire de la chaire d’hébreu et d’araméen, le nom des Hébreux, ‘ibrîm dans la Bible, et l’adjectif ‘ibrî qui s’y rattache, ont été employés en premier lieu “pour qualifier un esclave” : “Les premiers Israélites auraient été appelés Hébreux en raison de leur déchéance sociale.” Ils n’auraient pas été à l’origine un groupe ethnique, mais une catégorie sociale “en marge de la société urbaine, étrangers errants ou brigands plus ou moins menaçants” (“La religion d’Israël”, Histoire des religions, tome 1, Gallimard, Encyclopédie de la Pléiade, 1982, pp. 378-379).

C’est le christianisme qui a donné rétrospectivement de l’importance et de l’intérêt à une peuplade obscure dont l’horizon intellectuel ne dépassait pas une étroite bande de terre comprise entre le Jourdain et la Méditerranée. Petit pays pour un petit peuple qui en a fait sa terre promise. La grandeur du christianisme a créé un effet d’optique qui nous empêche de voir la petitesse du judaïsme réduit à lui-même.

La Bible hébraïque a magnifié l’insignifiance des anciens Israélites en nous faisant accroire que c’étaient eux, et eux seuls, bénéficiant d’une inspiration divine qui leur aurait été réservée, qui avaient conçu les croyances sublimes qu’ils ont transmises aux chrétiens, alors qu’ils les avaient en réalité reçues des Perses.

Régression morale, ensuite, dès lors que le judaïsme a répudié la morale universelle du zoroastrisme pour définir une morale ethnique. Le Décalogue est clair à cet égard : “Je suis Yahvé, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte” (XX 2). Les Dix Commandements ne s’appliquent donc qu’aux Juifs. Mieux encore, le dixième et dernier Commandement nous apprend que le Décalogue ne s’adresse en réalité qu’aux Juifs de sexe masculin et de condition libre, ni aux non-Juifs, donc, ni non plus aux femmes et aux esclaves : “Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son esclave, mâle ou femelle, ni son bœuf, ni son âne, ni rien de ce qui lui appartient” (XX 17). Le fait que le christianisme ait réinterprété le Décalogue pour en faire un enseignement destiné à tous les hommes ne change rien au sens initial. Le “prochain”, dans la Bible hébraïque – l’Ancien Testament -, c’est nécessairement un autre Juif. Un non-Juif n’est pas un prochain. Le Lévitique ne laisse pas de doute sur ce point : “Tu ne garderas pas rancune envers les fils de ton peuple, mais tu aimeras ton prochain comme toi-même” (XIX 17). Le “prochain”, c’est un “fils de ton peuple”, un autre Juif donc.

Il faut accepter la vérité sans ambages : prise à la lettre, la Bible hébraïque est foncièrement immorale, étant traversée de part en part par une haine rabique envers les non-Juifs. On y trouve un tissu d’horreurs et d’atrocités qui n’ont pas rebuté les auteurs inspirés. Il y a eu dans l’histoire de nombreux populicides ou “génocides” (moins courant, le premier mot est plus français que le second), mais seuls les Hébreux se sont glorifiés de ceux qu’ils avaient perpétrés, réels ou imaginaires, et que l’Ancien Testament raconte parfois avec des détails sadiques. La liste en est longue – extermination des Madianites : Nombres, chapitre XXXI ; des Amorrhéens : Deutéronome, chapitre II ; des Basanites : Deutéronome, chapitre III ; des Chananéens : Deutéronome, chapitres VII et XX ; des habitants de la ville de Jéricho : Josué, chapitre VI ; des habitants de la Palestine : Josué, chapitre X ; des Amalécites : premier livre de Samuel, chapitre XV ; des Amnonites : second livre de Samuel, chapitre XII... C’est une kyrielle de “crimes contre l’humanité” qui n’ont pas eu leur procès de Nuremberg. Quand l’apôtre saint Paul, traitant de l’Ancienne Alliance, la qualifie de “ministère de la lettre” et de “ministère de la mort”, disant : “…la lettre tue” (II Corinthiens III 6-7), l’expression doit être prise… au pied de la lettre.

Par exemple, dans les Nombres, au chapitre XXXI, on lit que “Moïse s’est mis en colère contre les principaux officiers de l’armée… qui venaient du combat [contre les Madianites]” parce qu’ils n’avaient exterminé que les hommes et qu’il leur dit : “Pourquoi avez-vous sauvé les femmes ?… Tuez donc tous les mâles parmi les petits enfants, et faites mourir les femmes dont les hommes se sont approchés. Mais réservez pour vous toutes les petites filles, et toutes les autres qui sont vierges” (14-18). Les féministes apprécieront la conclusion de ce passage : “On trouva que le butin que l’armée avait pris était de six cent soixante-quinze mille brebis, de soixante-douze mille bœufs, de soixante et un mille ânes, et de trente-deux mille personnes du sexe féminin, c’est-à-dire de filles qui étaient demeurées vierges” (32-35). Où l’on voit que les femmes faisaient partie du bétail, mentionnées du reste, dans l’énumération des espèces, après les brebis, les bœufs et les ânes…

Les Amalécites n’ont pas été mieux traités : « Voici ce que dit Yahvé des armées : “…tuez tout, depuis l’homme jusqu’à la femme, jusqu’aux petits enfants, et ceux qui sont encore à la mamelle, jusqu’aux bœufs, aux brebis, aux chameaux et aux ânes” » (I Samuel, XV 2-3). On peut expliquer, à défaut de le justifier, le massacre des enfants, qui visait à anéantir un peuple tout entier et aussi, peut-être, à éviter que ceux-ci, devenus grands, n’aient la velléité de venger leurs pères. Mais pourquoi tuer les pauvres bêtes ? Les bœufs, les brebis, les chameaux, les ânes ? Cruauté gratuite qui témoignait d’une fureur sadique. Le pire est cependant à venir, car, si le roi Saül “fit passer tous les Amalécites au fil de l’épée”, il épargna “ce qu’il y avait de meilleur dans les troupeaux de brebis et de bœufs” (XV 8-9), alors que Yahvé lui avait donné l’ordre de tout tuer. Cette désobéissance, le simple fait d’avoir épargné une partie des troupeaux, a provoqué la colère de Yahvé, qui s’est repenti d’avoir fait de Saül un roi (XV 10-31)…

Le saint roi David a montré qu’il avait le sens du détail quand il s’est agi d’exterminer les Amnonites : “(Le roi) David assembla… tout le peuple, et marcha contre (la ville de) Rabbath ; et après quelques combats, il la prit… Et ayant fait sortir les habitants, il les coupa avec des scies, fit passer sur eux des chariots avec des roues de fer, les tailla en pièces avec des couteaux, et les jeta dans les fourneaux où l’on cuit la brique. C’est ainsi qu’il traita toutes les villes des Amnonites” (II Samuel, XII 29-31). On notera sans surprise que Yahvé, qui avait grondé David quelques versets plus haut pour avoir envoyé à la mort un général dont il convoitait la femme, ne trouva rien à redire au traitement qu’il avait infligé aux Amnonites.

Point de pitié ni de pardon pour les victimes des populicides : “Vous n’aurez pas pitié d’eux” (Deutéronome, VII 2, au sujet des Cananéens) ; “Vous ne leur pardonnerez pas” (I Samuel, XV 3, au sujet des Amalécites). Ce n’était pas très évangélique…

Les “oracles contre les nations”, c’est-à-dire contre les non-Juifs, proférés par Jérémie (XXV et XLVII à LI) et Ezéchiel (XXV à XXXII) appellent à l’anéantissement de dizaines de peuples : “Non, vous ne serez pas épargnés, car j’appelle moi-même l’épée contre tous les habitants de la terre, oracle de Yahvé des armées” (Jérémie, XXV 29). Ces cris de haine attribués à Dieu lui-même laissent pantois.

Les commentateurs ordinaires évoquent complaisamment “l’exclusivisme” des Juifs de l’Ancien Testament. Euphémisme dérisoire pour qualifier un immonde racisme qui les pousse à assassiner même “les enfants à la mamelle” et à s’en glorifier (I Samuel, XV 3).

N’oublions pas non plus que l’acte fondateur du peuple juif fut une escroquerie : celle commise, avec la complicité de sa mère Rébecca, par Jacob, qui a dupé son père Isaac pour spolier son frère Esaü (Genèse, XXVII 5-29). La captation du droit d’aînesse pour un plat de lentilles n’était déjà pas glorieuse (Genèse, XXV 29-34), mais, là, la malhonnêteté a été à son comble, puisqu’elle visait son propre père. Il faut appeler un chat un chat et Jacob un fripon.

Et que dire de l’étrange combat de Jacob contre Dieu, au XXXIIe chapitre de la Genèse, combat qui lui a valu de changer de nom pour s’appeler désormais Israël – Jacob-Israël étant l’ancêtre éponyme des Israélites ? Le nom “Israël” vient de “isra”, “il combat” en hébreu, et de “El”, “Dieu” ; il signifie : “Celui qui se bat contre Dieu”… Tout un programme, si l’on ose dire ! Ici, à notre humble avis, l’interprétation littérale s’impose, aussi désagréable qu’elle puisse paraître, d’autant qu’on n’a jamais avancé un sens figuré qui fût crédible. Force est donc d’admettre que, selon la Bible, Jacob-Israël et les Israélites sont “ceux qui se battent contre Dieu”. La bénédiction que Celui-ci a accepté de donner à Jacob et l’élection qu’Il a conférée aux Israélites dans l’attente de la venue du Christ furent la manifestation de sa miséricorde infinie. Dieu a voulu sauver même ceux qui se dressaient contre Lui.

Cette interprétation peut être précisée si l’on estime, comme Luther, que Dieu, qui avait pris ici forme humaine dans sa lutte contre Jacob, était déjà le Christ, avant son Incarnation. Dans cette hypothèse, le combat de Jacob-Israël contre Dieu prophétiserait celui des Israélites contre Jésus de Nazareth et le Déicide dont l’apôtre saint Paul les a accusés dans le deuxième chapitre de la première épître aux Thessaloniciens : “Les Juifs ont tué le Seigneur Jésus et ses prophètes… Ils ne plaisent point à Dieu. Ils sont les ennemis du genre humain… La colère de Dieu sera sur eux jusqu’à la fin des temps” (14-16). L’apôtre saint Pierre lui a fait écho au chapitre III des Actes des apôtres : “O Israélites… le Dieu d’Abraham… le Dieu de nos pères a glorifié son fils Jésus que vous avez livré et renié devant Pilate… Vous avez renié le Saint et le Juste ; vous avez demandé qu’on accordât la grâce d’un homme qui était un meurtrier ; et vous avez fait mourir l’auteur de la vie ; mais Dieu l’a ressuscité d’entre les morts…” (12-19).

Au chapitre II de l’Apocalypse de l’apôtre saint Jean, c’est le Christ lui-même qui s’adresse à l’Eglise de Smyrne : “…vous êtes noircis par les calomnies de ceux qui se disent juifs et ne le sont pas, mais qui sont la synagogue de Satan” (8-9). Le Christ avait déjà tonné contre les scribes et les pharisiens dans l’Evangile selon saint Matthieu : “Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous êtes semblables à des sépulcres blanchis, qui au dehors paraissent beaux aux yeux des hommes, mais au dedans sont pleins d’ossements, de morts et de toute sorte de pourriture… Serpents, races de vipères, comment pourrez-vous éviter d’être condamnés au feu de l’enfer ?” (XXIII, 27, 33).

Naissance d’archanges

Avant la réforme zoroastrienne, les Iraniens, qui étaient polythéistes, connaissaient à l’origine deux classes de dieux, tout comme les Indo-Aryas : ahuras/daevas en iranien, asuras/devas en sanscrit, langue des Védas. En Iran, on a fait des daevas des démons, alors qu’en Inde, bizarrement, ce sont à l’inverse les asuras qui le sont devenus. Zoroastre n’a pas eu de mal à achever cette évolution en Iran. Les daevas, démons, ont donc fait cortège à Angra Manyu, l’Esprit du Mal. Les daevas n’étaient pas seulement tenus comme mauvais, ils avaient aussi perdu les attributs qui définissaient un dieu, en ce sens qu’après leur rétrogradation ils ne pouvaient plus recevoir un culte d’adoration, même de la part des méchants.

Zoroastre devait encore réduire la liste des nombreux ahuras à un seul pour fonder le monothéisme en faisant d’Ahura Mazda le Dieu unique. Comme Georges Dumézil l’a montré dans Naissance d’archanges, le prophète a dévalué les autres dieux “ahuras” du panthéon indo-iranien, qui sont devenus des “entités”, des archanges, les immortels bienfaisants, ameshas spentas, auxquels se sont ajoutés de simples anges, yazatas. Ainsi, la croyance aux anges ou archanges est un corollaire du monothéisme. “Le système zoroastrien des Entités a été substitué au système indo-iranien des dieux fonctionnels” (Georges Dumézil, Naissance d’archanges, p. 130). C’est-à-dire à la hiérarchie des dieux conforme à l’idéologie tripartie des Indo-Européens ou modèle des trois fonctions (fonction souveraine, fonction guerrière, fonction productive). “Les Entités appelées à remplacer les vieux dieux fonctionnels se sont approprié une partie de la mythologie de ces dieux… La substitution des Entités aux dieux a été comprise, sentie, comme substitution, le mécanisme en a été clair dans l’esprit du peuple qui recevait la réforme comme dans l’esprit des docteurs qui la faisaient” (ibidem, p. 169). La conception des immortels bienfaisants, ameshas spentas, était “le dogme essentiel” des Gâthâs (ibidem, p 77). “Zoroastre, tout en se jetant passionnément dans l’évidence du monothéisme, n’a pas voulu laisser perdre la distinction des fonctions de souveraineté mystique, de puissance combattante et de fécondité… Pour sauver toute cette science sans compromettre l’unité divine, il a substitué aux dieux individuels qui patronnaient les diverses nuances des trois fonctions, des Entités abstraites qui définissent ces nuances et en maintiennent le plus précieux : les rapports” (ibidem, p. 186). “Sacrifiant ses mythes, Zoroastre en a gardé l’essentiel, l’armature philosophique, pour l’appliquer à l’analyse ardente de l’objet nouveau de sa foi : le dieu unique, créateur et maître universel” (ibidem, p. 188).

Les archanges et autres anges du zoroastrisme sont en quelque sorte des OVNI de la pensée religieuse… Ces entités, qui ne sont pas des dieux, ni des génies ou des fées, qui sont des instruments et des messagers de Dieu, sont une catégorie sans précédent dont l’existence est commandée par la foi dans le Dieu unique, Ahura Mazda, ainsi que par la nécessité de préserver la structure trifonctionnelle des anciens dieux. A la fois homologues et postérieurs à ceux de l’Avesta, les anges et archanges de la Bible en sont incontestablement la réplique. Leur réapparition dans la Bible, et cela, dès son premier livre, la Genèse (XVI 7, XXIV 7), résulte sans conteste d’un emprunt au zoroastrisme. Et, bien sûr, les archanges de la Bible sont au nombre de sept, comme les immortels bienfaisants. Si Dumézil a appelé “archanges” les entités zoroastriennes, c’est qu’il avait une claire conscience de l’homologie, bien qu’il n’ait pas voulu sortir de son domaine pour analyser cette filiation évidente.

Il y a dans le zoroastrisme un lien organique entre les archanges (et accessoirement les simples anges), d’une part, et le monothéisme, d’autre part, puisque ceux-ci sont la trace des dieux disparus. Or, les anges et archanges de l’Ancien Testament n’ont aucun rapport avec d’anciens dieux et ne sont donc nullement nécessaires à la foi dans le Dieu unique. Ils ont encore moins de rapport avec les trois fonctions, que la Bible hébraïque ignore. Ce simple fait suffirait à montrer dans quel sens s’est réalisée la transmission. En outre, il prouve que la Bible n’a pas été composée avant -539, puisque ses anges proviennent du zoroastrisme, bien qu’elle ait pu reprendre des matériaux plus anciens, récits historiques ou légendaires.

De fait, les plus anciens livres de la Bible semblent avoir été écrits du temps d’Esdras, “scribe de la Loi du Dieu des cieux”, sous Artaxerxès Ier, qui régna sur l’empire perse de -465 à -425 (Esdras, VII 11-12). La Bible de Jérusalem doit le reconnaître : “Esdras est vraiment le père du Judaïsme” (p. 442). C’est lui qui a composé le canon de la Bible hébraïque, s’agissant du moins des livres les plus anciens. Il n’en fut pas l’auteur à proprement parler, car il a très probablement utilisé des matériaux antérieurs, mais il les a sélectionnés, corrigés, modifiés, dans la perspective qui était la sienne, selon son inspiration divine, sans doute, mais aussi selon les instructions que lui avait données son maître Artaxerxès. En effet, Esdras avait reçu de celui-ci une lettre de mission, qu’il cite, d’où il ressort qu’il était chargé non seulement “d’inspecter Juda et Jérusalem”, mais aussi, surtout, d’instaurer “la Loi de (son) Dieu, qui est la loi du roi” (VII 12-26). Il est permis de penser que c’est alors que s’est produite la première transfusion de la religion iranienne, le zoroastrisme ou une variante de celui-ci, dans ce qui allait devenir le judaïsme.

Il est peu vraisemblable que les Israélites n’aient adoré précédemment que Yahvé. L’habileté d’Esdras a été de tabler sur “l’exclusivisme” exacerbé des Israélites en faisant des concurrents de Yahvé des divinités étrangères. Et il a bien pris garde de révéler que ce Dieu unique nouvellement proclamé était l’homologue ou la transposition d’Ahura Mazda, Dieu de son maître Artaxerxès, et qu’Il était donc un héritage de l’Iran. Esdras a prétendu au contraire que cette croyance au Dieu unique était l’aboutissement d’une longue histoire nationale remontant à Abraham et à Moïse et il a donc fallu à cette occasion qu’il transformât le Dieu universel en Dieu ethnique. Cet artifice a si bien réussi qu’aujourd’hui encore on croit à la véracité historique de son récit mythique conçu pour occulter la translation du zoroastrisme au judaïsme.

Sept, nombre sacré

Esdras arriva à Jérusalem la septième année du règne d’Artaxerxès, envoyé par celui-ci et ses sept conseillers. Il est amusant de relever que la valeur sacrée attachée dans la Bible au nombre sept, comme le montre notamment la création du monde en sept jours, paraît provenir elle aussi du zoroastrisme. En effet, les immortels bienfaisants sont au nombre de sept, y compris Ahura Mazda lui-même, qui figure en tête de liste. Dans les deux cas, le nombre sept s’analyse comme 6+1, puisque le septième jour de la création Dieu se repose, comme les hommes le septième jour de la semaine, et que, de même, Ahura Mazda est d’une autre nature que les six entités qui suivent. On l’a vu, les archanges de la Bible sont sept, comme les immortels bienfaisants.

Le premier Avesta comprend, en plus des Gâthâs, le Yasna Haptahâti, autrement dit, le Yasna-aux-sept-chapitres (yasna signifiant sacrifice). Un hymne du second Avesta qui exalte la nativité du prophète annonce que “désormais, la bonne religion mazdéenne va se répandre sur les sept continents”… ce qui ne veut pas dire que les anciens Perses avaient découvert l’Amérique. Zoroastre a commencé sa vie en faisant sept miracles, puis il a eu sept entretiens avec Ahura Mazda, et il est mort à 77 ans, soit sept plus dix fois sept.

La sacralisation du nombre sept faisait partie du fonds commun des Indo-Iraniens. L’Inde a ses Saptarishis, ses sept Sages, et la liste des adityas, ou dieux souverains, dans le Rig Véda est aussi une heptade. (Il est vrai que Dumézil ne comptait que six adityas, omettant le dernier, Surya, – voir “L’idéologie tripartie des Indo-Européens”, p. 163 – et que les Brahmanas ont porté leur nombre à douze…)

On nous objectera que les Israélites ont pu s’inspirer des Chaldéens ou des Babyloniens, qui avaient eux aussi sacralisé le nombre sept, d’autant qu’Abraham est censé être originaire d’Ur en Chaldée. Ce pourrait être une innovation indépendante, mais ce fut plus probablement un emprunt aux Indo-Iraniens, présents en Mésopotamie au moins depuis la création de l’empire de Mitanni vers -1460, donc bien avant les premières mentions des Chaldéens au Xe siècle avant J.-C. ou la fondation de l’empire néo-babylonien au VIIe siècle. Du reste, puisque la Bible ne date pas d’avant la prise de Babylone par Cyrus en -539, elle a pu subir sur ce point une double influence des Indo-Iraniens, directe par les Perses et indirecte par les Babyloniens.

La Ménorah, chandelier ou candélabre à sept branches, est l’emblème du judaïsme (Exode, XXV 31-40). Là encore, 7 s’analyse comme 6+1, puisque la Bible dit que “six branches sortiront de ses côtés, trois branches du candélabre d’un côté, et trois branches du candélabre du deuxième côté”, en sus de la branche centrale. La Bible raconte que le démon Asmodée a tué l’un après l’autre les sept maris de Sarra (au bord du suicide, celle-ci a été sauvée par l’archange Raphaël, qui l’a donnée à Tobie) (Tobie, III 7-17).

La sacralisation de sept tourne à l’obsession dans le récit du siège de Jéricho au chapitre VI de Josué. Au septième jour, sept prêtres sonnent les sept trompettes qui vont faire tomber les murailles en faisant sept fois le tour de la ville, avant, bien sûr, que d’exterminer “tout ce qui se trouvait dans la ville, hommes et femmes, jeunes et vieux, jusqu’aux taureaux, aux moutons et aux ânes, les passant au fil de l’épée”. Sept, nombre magique… Au chapitre VII du Deutéronome, ce sont “sept nations plus nombreuses et plus puissantes” que le peuple israélite, dont les Cananéens, qui sont “dévouées par anathème”, autrement dit vouées à l’extermination ou plus précisément à l’immolation, ces tueries étant tenues pour un sacrifice rendu à Yahvé à sa demande (dévouer a ici le sens d’immoler).

Le judaïsme actuel – qui est celui des pharisiens dont parle l’Evangile – réserve aux Juifs le Décalogue et les 613 commandements ou mitzvot dénombrés par Maïmonide ; les rabbins ne proposent aux non-Juifs (Goyim) pour se conformer à la Bible, sans qu’ils puissent pour autant devenir juifs, que “les sept lois des enfants de Noé”. Ils sont trop bons…

Le Nouveau Testament n’est pas en reste, puisqu’on lit dans l’Apocalypse de saint Jean : “…il y avait devant le trône sept lampes allumées, qui sont les sept Esprits de Dieu” (IV 5). Et encore : “Je vis dans la main droite de celui qui était assis sur le trône un livre scellé de sept sceaux” (V 1). “Je vis les sept anges qui sont devant la face de Dieu, et on leur donna sept trompettes” (VIII 2). “Je vis dans le ciel un autre prodige grand et admirable. C’étaient sept anges qui avaient les sept dernières plaies par lesquelles la colère de Dieu est consommée… Les sept anges qui portaient les sept plaies sortirent du temple… Alors, l’un des quatre animaux donna aux sept anges sept coupes d’or pleines de la colère de Dieu” (XV 1, 6-7).

La sacralisation du nombre sept peut venir du nombre de planètes que l’on voit à l’œil nu, sans compter la Terre : Mercure, Vénus, Mars, Jupiter, Saturne, auxquelles on ajoutait le soleil et la lune. Les anciens astrologues ou astronomes ont supposé qu’il y avait donc sept cieux, chaque planète étant posée sur le sien ; dans une variante, on ajoutait la voûte céleste qui portait les étoiles, ce qui obligeait à négliger Mercure, proche du soleil, pour rester à sept cieux… Et les alchimistes ont établi une correspondance avec les sept métaux connus dans l’Antiquité : or, cuivre, argent, plomb, étain, fer, mercure.

Le mithriacisme, hérésie zoroastrienne qui sévissait dans l’empire romain, où elle a longtemps concurrencé le christianisme, avait ses “mystères”, lesquels connaissaient sept grades d’initiation, le premier étant ouvert aux enfants à l’âge de sept ans.

On notera encore avec amusement l’embarras de Georges Dumézil au sujet d’Armaiti, quatrième des six immortels bienfaisants (Ahura Mazda mis à part), “qui altère la correspondance entre la liste des dieux fonctionnels de Mitani [première attestation écrite de la trifonctionnalité, en -1380] et la liste des Archanges mazdéens” (op. cit., p. 170). “Pourquoi, comme représentants de la troisième fonction, le réformateur ne s’est-il pas contenté des deux figures jumelles [Haurvatât-Ameretât] qu’il substituait aux Nàsatya ?” (p. 173). Dumézil avance deux hypothèses improbables. (1) “Zoroastre s’est peut-être trouvé devant deux listes équivalentes, interchangeables” (p. 174), ayant au troisième échelon, soit les Nàsatya, soit la Terre, qui sera représentée par Armaiti. (2) Ou encore : “Le groupement des dieux scandinaves de la fécondité et de l’abondance [troisième fonction], Njördhr, Freyr, Freya, peut éclairer, et engager à considérer comme ancien, le groupement des trois dernières Entités zoroastriennes, Armaiti, Haurvatât, Ameretât” (p. 180).

Ultérieurement, Dumézil a imaginé une autre solution, qui lui a semblé la meilleure : (3) Armaiti serait l’équivalente de Sarasvati, la déesse trivalente des Védas, qui est associée aux trois fonctions, mais qui est classée dans la troisième (“L’idéologie tripartie des Indo-Européens”, p. 152).

En fait, aucune des trois hypothèses ne démontre qu’il fût nécessaire d’ajouter Armaiti à la structure trifonctionnelle, celle-ci étant déjà complète sans elle. Dumézil n’a pas pensé à une explication beaucoup plus simple… Le réformateur a peut-être simplement voulu que la liste des immortels bienfaisants contînt sept entités, ou plutôt 6+1, puisque sept avait une valeur sacrée ! Encore fallait-il ajouter Ahura Mazda en tête de liste. Dans une variante, c’est Spenta Manyu, l’Esprit Saint, qui est à la première place, l’essentiel étant toujours d’arriver à sept. Comme l’a remarqué plaisamment Jean Kellens, c’est le contraire des trois Mousquetaires, qui sont quatre : les sept immortels bienfaisants ne sont que six…

Comme l’Iran et l’Inde, la Grèce antique donnait une valeur sacrée ou symbolique au nombre sept. Elle avait ses sept Sages, et elle connaissait également les sept Merveilles du monde, les Sept contre Thèbes, ainsi, plus tardivement, que les sept arts libéraux… Il faut croire qu’elle avait subi l’influence de l’Iran, à moins que ce ne fût un legs du fonds commun indo-européen, puisque les Grecs étaient eux aussi des Indo-Européens. De même, la Rome antique s’est donnée sept rois dans l’histoire fabuleuse de ses origines, de Romulus à Tarquin le superbe.

Nous voyons sept couleurs dans l’arc-en-ciel et c’est à sept ans que l’enfant atteint l’âge de raison. Jusqu’en 2002, le mandat du président de la république était un septennat. Le cinéma est le septième art (qui nous a donné notamment Le septième sceau d’Ingmar Bergman et Les sept samouraïs d’Akira Kurosawa). Nous avons gardé les sept jours de la semaine, tout en repoussant le jour de repos du samedi, le sabbat des Juifs, au dimanche, jour de la Résurrection. Les catholiques ont multiplié les heptades sans se douter le moins du monde que la valeur sacrée du nombre sept était d’origine zoroastrienne. Ils se souviennent des sept dernières paroles du Christ en Croix, ils fêtent Notre-Dame des sept douleurs le 15 septembre, ils disent sept prières pour les sept douleurs et les sept allégresses de saint Joseph. Ils ont ouï-dire de la légende orientale des sept dormants. Ils ont sept sacrements et les enfants peuvent faire leur première communion à l’âge de sept ans. Ils connaissent les sept dons du Saint-Esprit, les sept vertus principales (trois théologales et quatre cardinales), les sept péchés capitaux…

On ne s’étonnera donc pas que le présent article soit divisé en sept paragraphes, celui-ci étant un intermède qui joue le rôle d’Armaiti parmi les immortels bienfaisants…

Etrange méconnaissance

Ce fait indubitable que les dogmes et la morale du zoroastrisme ont été transmis d’abord au judaïsme antique, après -539, puis, par son intermédiaire, au christianisme, au judaïsme postérieur et à l’islam, est étrangement méconnu. On peut en donner quatre raisons.

La première est évidente : l’Ancien Testament ne souffle mot de Zoroastre ni du zoroastrisme. On a cru que la vénération des Juifs pour Cyrus tenait simplement au fait qu’il les avait libérés et qu’il leur avait permis de construire ou de reconstruire un temple à Jérusalem. On n’a pas su voir qu’elle était aussi sans doute la reconnaissance implicite qu’il leur avait inculqué des idées religieuses nouvelles.

La deuxième raison, c’est la difficulté du sujet, qui vient de l’obscurité des textes et de l’incertitude de la traduction. La démonstration définitive de l’archaïsme de la langue des Gâthâs n’a été faite qu’en 1958. Auparavant, les savants avaient échafaudé diverses hypothèses aujourd’hui irrecevables, notamment sur la datation de l’Avesta. On a même eu droit à des thèses ébouriffantes. Par exemple, en 1938, Henrik Samuel Nyberg avait fait de Zoroastre un sorcier ou un chaman. Tout au contraire, en 1947, Ernst Emil Herzfeld avait fait de celui-ci un homme politique qui aurait vécu à l’époque de Cyrus et Darius… En 1951, Walter Bruno Henning a fait justice de ces deux théories aussi arbitraires et absurdes l’une que l’autre (“Zoroaster, politician or witch-doctor ?”, repris dans Robert Charles Zaehner, op. cit., pp. 349-359). S’agissant de Zoroastre, la bonne interprétation avait pourtant été donnée pour l’essentiel dès 1862 par Martin Haug, qui fut le premier savant à avoir soutenu la datation haute. Selon Haug, Zoroastre fut un prophète qui a professé un monothéisme intransigeant. Comme celui-ci parle à la première personne du singulier dans les Gâthâs, il n’y a aucune raison sérieuse de douter de sa réalité historique, bien qu’il ait vécu il y a fort longtemps, aux environs de -1400.

La troisième raison, c’est le caractère multiforme de l’Avesta, qui contient trois religions en une : monothéisme, dualisme, polythéisme, sans parler de l’évolution ultérieure du mazdéisme. Nous n’avons parlé jusqu’à présent que du zoroastrisme pur, lequel était strictement monothéiste à l’origine. Mais il a ultérieurement muté vers le dualisme lorsque les disciples de Zoroastre, hantés par la présence du Mal dans le monde, ont trouvé insuffisante la justification qu’en avait donnée le prophète. Si Ahura Mazda est infiniment bon, pourquoi a-t-il créé Angra Manyu, l’Esprit du Mal ? C‘était en vérité un faux procès, car Angra Manyu n’a pas été créé mauvais, il a décidé de le devenir. « Puisque Angra Mainyu a librement choisi son mode d’être et sa vocation maléfique, le Seigneur Sage ne peut pas être considéré comme responsable de l’apparition du Mal” (Mircea Eliade, Histoire des croyances et des idée religieuses, tome 1, p. 325). En opposant Spenta Manyu à Angra Manyu, Zoroastre avait défini un dualisme moral et philosophique qui ne remettait pas en cause l’unicité de Dieu. Le Videvdat, qui fait partie du second Avesta, altère profondément la doctrine de Zoroastre pour établir un dualisme absolu. Il fait d’Angra Manyu un Dieu à part entière, situé au même niveau qu’Ahura Mazda, le Dieu du Bien, ce dernier absorbant alors l’Esprit Saint, Esprit du Bien, Spenta Manyu. Dans l’empire perse sassanide (226-651), qui tomba lors de la conquête arabe, Ahura Mazda s’appelait Ohrmazd en moyen-perse et Angra Manyu était devenu Ahriman. La religion zoroastrienne était alors un dualisme fondé sur l’opposition Ohrmazd-Ahriman.

Le second Avesta révèle une autre transformation, qui est une réaction polythéiste. Les disciples infidèles de Zoroastre ont ressuscité les dieux défunts, notamment Mithra, tout en reconnaissant la suprématie d’Ahura Mazda. Les anges, yazatas, sont redevenus des dieux. Pourtant, cette nouvelle version du zoroastrisme a conservé la plupart des dogmes transmis au christianisme. Duchesne-Guillemin nous apprend que l’homologie avec celui-ci s’est poursuivie jusque dans le culte :

“Le sacrifice de Haoma est celui d’un dieu mourant offert à un dieu. De plus, celui-ci est son père : Haoma parle en effet d’Ahura Mazda, dans un passage de l’Avesta, comme du Père. Si l’on considère, en outre, qu’après l’oblation le prêtre et les fidèles consomment la victime sous des espèces non sanglantes et, ce faisant, participent à l’immortalité du dieu, en gage de vie éternelle et de résurrection, on reconnaîtra, à la suite de Zaehner, que cette conception rappelle de façon frappante la messe catholique.”

Cependant :

“Ce qui est au centre même de la liturgie chrétienne est à peine entrevu dans le rituel mazdéen – qui ne peut se référer à un fait historique comme la crucifixion” (“L’Iran antique et Zoroastre”, p. 688).

On voit bien que le christianisme ne saurait se réduire au zoroastrisme, malgré la concordance des dogmes ou même des pratiques, parce qu’il ajoute à ce dernier.

Le mythe du zervanisme, selon lequel Ahura Mazda (Ohrmazd) aurait été surplombé par un Dieu suprême nommé Zervan ou Zurvan, maître du temps, qui serait son père, ainsi que celui d’Angra Manyu (Ahriman), a accru la confusion. D’après Jean Kellens, “le zervanisme n’est documenté que par des auteurs non iraniens d’époque postsassanide”, et c’est une “illusion” qui a été maintenant “réfutée” (op. cit., pp. 91 et 164). Sans contester la théorie d’une hérésie zervanite, Jean Varenne semble du même avis pour l’essentiel : « Zurvân, le “Temps”: puissance divine… les Grecs ont cru, à tort, que les mazdéens le plaçaient au dessus du Seigneur Sage. Il n’est en fait que l’une des manifestations de sa toute-puissance » (Zoroastre, le prophète de l’Iran, p. 249). Peut-être aussi les auteurs étrangers à l’Iran ont-ils fait une confusion avec le manichéisme, religion fondée par Mani (216-277) et qui opposait le Dieu du bien et de la lumière, Zurvan, Dieu suprême, au Prince des Ténèbres, Ahrmen, équivalent d’Ahriman. Il n’y aurait donc pas lieu de tenir compte de ce zervanisme imaginaire, les Iraniens n’ayant jamais entendu parler d’un dieu nommé Zervan, du moins avant l’éclosion du manichéisme.

La quatrième raison de cette étrange méconnaissance, c’est la répugnance de beaucoup d’auteurs à accepter qu’il pût y avoir avant la Bible une religion à laquelle celle-ci aurait emprunté ses dogmes. Ce n’est pas vrai seulement d’auteurs chrétiens ou juifs, mais aussi d’incroyants qui témoignent un respect paradoxal pour la thèse de l’originalité absolue du judaïsme. Jean Kellens, spécialiste de l’Avesta, est un exemple caricatural de ce déni de réalité. Lui qui se dit marxiste et athée (on se serait passé de cette confidence déplacée dans un ouvrage d’érudition), mais qui est mieux que quiconque au fait de la question, comme le montrent les citations que nous avons faites de son livre, paraît surtout préoccupé de ne pas “faire concurrencer un prophète juif par un prophète indo-européen” (op. cit., p. 38, voir aussi pp. 66-67) – sachant, bien sûr, que Zoroastre, en tant qu’Iranien, était indo-européen ! Et de céder aux démons de l’hypercritique, qui tend à dissoudre dans le doute les vérités les mieux établies. Cela pour occulter ou retarder la conclusion imparable qu’il refuse alors qu’elle découle nécessairement de ses propres données, ne lui en déplaise : c’est bel et bien un prophète indo-européen, Zoroastre, qui fut le premier, et non les auteurs ou prophètes juifs de l’Ancien Testament, qui ne furent que ses successeurs et ses héritiers.

Les spécialistes de la Bible se contentent le plus souvent de relever comme un fait anecdotique que “paradis” est un mot d’origine perse, sans aller plus loin dans leurs réflexions. Ils ignorent le zoroastrisme, tout autant que les conclusions des spécialistes de l’Iran ancien, comme Duchesne Guillemin, Widengren ou Zaehner, et passent sous silence la concordance des dogmes, alors que ce fait capital saute aux yeux. Widengren s’en est offusqué : “Ces faits ne sont pas universellement reconnus. Je suppose que c’est uniquement pour des raisons scientifiques – en tout cas, je ne discuterai pas des autres ici” (Les religions de l’Iran, p. 393). Et l’auteur de se battre les flancs pour trouver des “raisons scientifiques” qui pourraient expliquer ce déni de réalité. Il est clair qu’il n’y en a pas. Si l’on n’a répondu à Widengren que par la conspiration du silence, c’est que l’on n’avait aucun argument sérieux à lui opposer.

André Dupont-Sommer (1900-1983), qui fut professeur au Collège de France, titulaire de la chaire d’hébreu et araméen, membre de l’Institut, secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, a fait exception, puisqu’il l’a quand même reconnu, en termes excessivement prudents : “C’est après Zoroastre que se rencontrent les premières formulations explicites du monothéisme juif” (cité par Paul du Breuil, Le zoroastrisme, PUF, collection “Que sais-je ?”, 1982, p. 68).

Cet aveuglement volontaire a trop duré. Aujourd’hui, en 2021, cela fait plus de soixante ans que l’on sait à quoi s’en tenir. On ne peut ignorer la concordance des dogmes entre zoroastrisme et christianisme. On sait qu’il n’y a pas eu de contacts entre Juifs et Perses avant -539, et qu’il y en a eu revanche d’étroits après cette date, et pendant des siècles. On a appris, enfin, et cela ne fait plus aucun doute, que l’Avesta avait été composé plusieurs siècles avant -539. La conclusion s’impose : le judaïsme de l’Ancien Testament et, par son intermédiaire, le christianisme, le judaïsme actuel et l’islam ont hérité à des degrés divers des dogmes du zoroastrisme, le christianisme en étant l’héritier le plus fidèle. Il est temps que les études bibliques prennent acte de la révolution copernicienne que leur impose le progrès des études avestiques, qu’elles admettent qu’avant la Bible il y avait l’Avesta, et que celui-ci fut la source de celle-là.

Le christianisme, accomplissement du zoroastrisme

Le christianisme a conservé ou recouvré tous les dogmes du zoroastrisme que nous avons mentionnés, ainsi que sa morale universelle, mais il est allé plus loin et plus haut, en sorte que l’on peut le qualifier de zoroastrisme accompli.

En premier lieu, les chrétiens croient que Dieu est infiniment bon, comme l’est Ahura Mazda, alors que Yahvé est un Dieu cruel et que l’Ancien Testament égrène les horreurs qui sont perpétrées en son nom ou selon ses ordres. Autant il n’est pas difficile de voir dans Ahura Mazda une préfiguration du Dieu du Nouveau Testament, autant il faut faire un effort pour admettre que le Dieu des chrétiens est le même que celui des Juifs. C’est une difficulté théologique majeure. L’hérésiarque Marcion, pour qui la Bible hébraïque était l’œuvre de Satan, avait des circonstances atténuantes. Il paraît que l’abbé Pierre a été bouleversé quand il a découvert les abominations de l’Ancien Testament, dont on ne lui avait pas parlé au cours de ses études au séminaire… Nous l’avons dit, l’apôtre saint Paul a pu qualifier l’Ancienne Alliance de “ministère de la mort”, de “ministère de la condamnation”, tout en ajoutant que celui-ci était “accompagné de gloire” (II Corinthiens, III 7, 9).

On comprend que les chrétiens soient tentés de refuser l’interprétation littérale de l’Ancien Testament, suivant en cela Saint Augustin. “Tout ce qui ne va point à la charité est figure”, a déclaré Pascal. On ne peut croire, par exemple, que le Dieu d’amour ait vraiment ordonné aux Juifs l’extermination des Amalécites, “y compris les enfants à la mamelle”, comme nous l’avons vu (I Samuel, XV 3). On est tenu d’en déduire que c’est un mensonge qui illustre la perversité et l’hypocrisie des auteurs de ce populicide. Ici, comme dans de nombreux passages de la Bible hébraïque, les Juifs ont osé prétendre que leur crime leur avait été ordonné par Dieu, odieux blasphème qui mettait un comble à leur faute. Selon Saint Augustin, Dieu n’a pas choisi les Hébreux parce qu’ils auraient été meilleurs que les autres peuples…

Les voies du Seigneur sont impénétrables, mais on peut se demander si le combat de Jacob-Israël contre Dieu rapporté dans le chapitre XXXII de la Genèse (24-30) n’est pas la clé d’interprétation de ce paradoxe, que Dieu ait accepté de bénir Jacob et qu’il ait élu le peuple d’Israël. Dans sa miséricorde infinie, Dieu aurait voulu donner à un peuple infâme, celui là-même qui, comme son nom l’indiquait, se battait contre Lui, une planche de salut en la Personne de Jésus de Nazareth, le Christ, qui allait naître en son sein, révélant par là-même que tous les hommes avaient vocation à être sauvés.

Dans la deuxième épître aux Corinthiens, au chapitre III, déjà cité, opposant “la Nouvelle Alliance”, qui est le “ministère de l’esprit”, à l’Ancienne, qui est le “ministère de la lettre”, et qu’il qualifie de “ministère de la mort”, de “ministère de la condamnation”, car “la lettre tue, et l’esprit donne la vie”, l’apôtre saint Paul n’hésite pas à discréditer Moïse lui-même, et les Israélites avec lui : “Nous ne faisons pas comme Moïse, qui se mettait un voile sur le visage, marquant par là que les enfants d’Israël ne pourraient souffrir la lumière… Et ainsi leurs esprits sont demeurés endurcis et aveuglés. Car jusqu’aujourd’hui même, lorsqu’ils lisent le vieux Testament, ce voile demeure toujours sur leur cœur…” (5-14).

 Le christianisme a répudié la notion raciste de peuple élu, étant une religion universaliste qui s’adresse à tous les hommes, au même titre que le zoroastrisme. L’attachement des chrétiens à “l’histoire sainte”, récit des tribulations du peuple juif – récit au demeurant dépourvu de valeur historique -, ne doit pas faire illusion, puisque l’Ancien Testament prend un sens nouveau avec le Christ : la foi chrétienne est revenue aux principes du zoroastrisme en s’affranchissant du judaïsme. Elle enseigne à nouveau une morale universelle et, ce faisant, elle a rompu avec la morale particulariste des Juifs. Elle appelle les fidèles, comme le faisait Zoroastre, à prendre le parti du bien contre le mal. La morale zoroastrienne était une éthique de la vérité, opposée au mensonge. Jean Haudry parle même d’une “religion de la vérité” propre au monde indo-iranien (“Mithra, adversaire ou précurseur du christianisme ?”, pp. 153-4). Ahura Mazda était l’homologue du dieu védique Varuna, dont le nom signifie “Parole vraie”.

La triade pensée, parole, action était au cœur de la morale zoroastrienne. Pour être sauvé, il fallait avoir de bonnes pensées, prononcer de bonnes paroles, faire de bonnes actions. Le Confiteor porte témoignage de cette filiation morale qui nous unit au prophète de l’Iran, par delà les siècles. “Je confesse à Dieu… que j’ai beaucoup péché par pensée, par parole et par action…” (“Confíteor Deo… quia peccavi nimis cogitatione, verbo et opere…”, dans la forme traditionnelle, dite extraordinaire, du rite romain ; dans la forme ordinaire, on ajoute : “omissione”, “par omission”). Marc Philolenko, dans son étude des origines du Confiteor, a conclu que la formule était issue de l’Iran mazdéen : “La formule ternaire pensée-parole-action remonte aux Gatha, peut-être même est-elle plus ancienne” (cité par Jean Haudry, La triade pensée, parole, action dans la tradition indo-européenne, p. 8). C’est Damase Ier, pape de 366 à 384, qui l’a introduite dans l’ordinaire de la messe en l’empruntant aux chrétiens d’Alexandrie, en Egypte. Il semble ainsi que le zoroastrisme a exercé une influence bienfaisante sur l’Eglise à ses débuts en favorisant le développement de son enseignement moral.

La foi chrétienne contient aussi une éthique de la vérité : “Que ton oui soit oui, que ton non soit non, tout le reste vient du démon”, a dit le Christ (Matthieu, V 37). Elle est exaltée dans le dialogue avec Pilate : “Je ne suis né et je ne suis venu dans le monde que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix” (Jean, XVII 17). Cependant, le christianisme a perfectionné le zoroastrisme également dans le domaine moral, car il contient plus encore une éthique du pardon et de la charité, opposée à la cruauté de la Bible hébraïque, et qui n’était pas présente dans le zoroastrisme, sinon à l’état de traces. “La prédication du prophète Zarathustra est tout axée sur le châtiment des méchants et la récompense des justes. Son dieu est un dieu de justice, non de miséricorde” (Jacques Duchesne-Guillemin, Zoroastre, p. 77).

Le christianisme est à la fois un dépassement du judaïsme et un accomplissement du zoroastrisme. Le judaïsme de l’Ancien Testament a été un détour entre Zoroastre et Jésus.

En second lieu, le christianisme a ajouté aux dogmes zoroastriens la création ex nihilo, le péché originel, l’Incarnation, la Rédemption par le Sacrifice de la Croix et la Sainte Trinité.

La création ex nihilo traduit toute la puissance et toute la grandeur de Dieu, car la création dont Il est l’auteur n’est plus la mise en ordre d’une réalité préexistante. Ahura Mazda, quant à lui, n’était que l’agent de la mise en place des éléments constitutifs de l’univers, l’ordonnateur du chaos.

Le péché originel est la vraie solution au problème du mal, à la théodicée. Unde malum, d’où vient le mal ? s’interrogeait Tertullien. Pourquoi le mal, alors que Dieu est à la fois tout-puissant et infiniment bon ? La réponse est que la liberté donnée aux créatures, qui est un bien, leur permet de commettre le mal. Le grand philosophe Leibniz avait donc raison de conclure que le monde était le meilleur possible, nonobstant les railleries dérisoires de Voltaire.

Le récit de la Chute, dans la Genèse, ne provient pas du zoroastrisme, il est un emprunt à la religion accadienne et les Accadiens étaient des Sémites. On ne voit rien d’autre, dans la foi chrétienne, qui soit d’origine sémitique. Mais seul le christianisme en a déduit le dogme du péché originel, qui est ignoré tant du judaïsme sacerdotal de l’Ancien Testament – celui des sadducéens à l’époque du Christ – que du judaïsme actuel – qui est (on a trop tendance à l’ignorer) celui des pharisiens dont parle l’Evangile – et de l’islam. Marqué par le péché originel, le fidèle chrétien est libre de choisir le bien et de refuser le mal avec l’aide de la grâce pour gagner le salut. Dans l’Ancienne Alliance, l’Israélite devait être l’esclave de Dieu : la plupart des traductions de la Bible hébraïque sont édulcorées sur ce point et écrivent pudiquement “serviteur” pour esclave. Le lecteur moderne a tendance à y voir un domestique ou un employé de maison, alors que, par exemple, le dixième commandement de Dieu indique clairement que le “serviteur” appartient à son maître, donc qu’il est un esclave, en bon français. Ici, aussi, la rupture est nette dans la Nouvelle Alliance : le fidèle le plus saint reste libre. L’amour de Dieu ne commande pas l’esclavage. “Le Seigneur, c’est l’Esprit, et où est l’esprit du Seigneur, là est la liberté” (II Corinthiens, III 17).

Le zoroastrisme enseigne que le prophète, ou son fils, reviendra pour chasser les démons et ressusciter les morts. La foi chrétienne dit que Jésus-Christ, le Sauveur, reviendra à la fin des temps, mais aussi qu’Il a d’abord donné sa vie sur la Croix pour sauver les hommes. La Rédemption par le Sacrifice du Christ confère une tout autre dimension à l’économie du salut. Et Zoroastre n’est qu’un homme, en dépit du destin fabuleux que l’Avesta lui prête, tandis que le Christ est l’Incarnation de Dieu, Dieu fait homme.

La Sainte Trinité est ébauchée dans le zoroastrisme, où sont présents, aux côtés d’Ahura Mazda, d’une part, Zoroastre, prophète et Sauveur, d’autre part, Spenta Manyu, l’Esprit Saint. Mais Zoroastre n’est qu’un homme, et Spenta Manyu n’est pas un dieu. Au contraire, dans le mystère de la Sainte Trinité, Dieu est à la fois Un et constitué de trois Personnes divines, le Père, le Fils, que le Père a engendré, et le Saint-Esprit, qui procède du Père et du Fils.

Le christianisme n’a pas seulement hérité du zoroastrisme, il en est l’accomplissement sublime.

Les Pères de l’Eglise se sont réclamés des philosophes grecs qui étaient arrivés, par l’usage de la seule raison, à la croyance en un Dieu unique et en l’immortalité de l’âme. De même, Saint Justin martyr, au IIe siècle, ayant observé le parallélisme du mazdéisme avec le christianisme, en avait conclu que Zoroastre était un témoin de l’Evangile parmi les païens. « La prédication passionnée, exclamatoire, de Zarathustra est tout animée par la présence qu’il sollicite et adjure sans cesse, et qui se révèle. Elle nous rappelle le ton des prophètes d’Israël. Zarathustra sait que Dieu parle par sa bouche. Il a reconnu en lui, en une série de visions, le Seigneur Saint… Tel Isaïe entonnant “Saint, saint, saint est le Seigneur…”, il s’écrie : “Je te reconnais saint, ô Seigneur Sage…” » (Jacques Duchesne-Guillemin, “L’Iran antique et Zoroastre”, pp. 658 et 661). Le Saint-Esprit, qui a parlé par les prophètes, a parlé en premier lieu par Zoroastre, le prophète de l’Iran, qui vécut 1.200 ans avant le Christ, 700 ans avant la Bible, à l’aube de la Révélation ; en second lieu seulement et beaucoup plus tard par les prophètes de l’Ancien Testament, qui ont poursuivi l’enseignement du fondateur du mazdéisme. Zoroastre fut le prophète primordial.

N’est-ce pas la signification profonde de l’hommage que “des mages venus d’Orient” ont rendu à l’enfant Jésus dans sa crèche de Bethléem (Matthieu, II 1-12) ? Bien que l’Avesta ignorât les mages, c’était le nom que l’on donnait aux prêtres zoroastriens à l’époque du Christ. “L’étoile qu’ils avaient vue en Orient” – en Orient, c’est-à-dire en Iran – les conduisit jusqu’à Jésus. Ainsi, les prêtres de Zoroastre apparaissent au tout début du Nouveau Testament, au deuxième chapitre du premier Evangile, juste après la naissance de Jésus et sa généalogie, qui, par saint Joseph, le rattache à Abraham, ce qui marque le double héritage du christianisme, direct pour le judaïsme, indirect pour le zoroastrisme.

Saint Matthieu savait fort bien qui étaient les mages et, après lui, les auteurs chrétiens des premiers siècles, comme saint Justin martyr, ne l’ignoraient pas non plus. Ils ont donc vénéré Zoroastre, maître des mages venus adorer l’enfant Jésus. Le progrès des connaissances montre qu’ils ont eu tout à fait raison, bien qu’ils fussent en dessous de la réalité, ne mesurant pas l’étendue de la concordance des dogmes ni l’antériorité de Zoroastre sur la Bible.

A partir du IIIe siècle, avec Tertullien, qui de ces prêtres a fait des rois, le souvenir des mages a été noyé dans la lumière de l’Epiphanie et on a perdu de vue le lien avec Zoroastre. Aujourd’hui, des commentateurs tendancieux présentent les mages de l’Evangile comme de vagues “astrologues”, venus d’un “Orient” fabuleux. C’est de la désinformation scripturaire. Il faut rétablir la vérité. Les mages venus adorer l’enfant Jésus à Bethléem étaient des prêtres de Zoroastre.

Ex Oriente lux, la lumière apparut d’abord là-bas, en Iran, à l’est de la Palestine. Les présents que les mages firent à Jésus étaient le symbole de l’héritage religieux qu’ils léguaient au christianisme. En se prosternant devant Lui pour l’adorer, ils ont célébré par là-même la translation du zoroastrisme au christianisme.

Post-scriptum

On pourrait être tenté de nous taxer de semi-marcionisme, vu les critiques sévères, parfois acerbes, que nous nous sommes cru autorisé à faire à l’Ancien Testament, pris du moins dans son sens littéral. Osera-t-on en dire autant de l’apôtre saint Paul – s’il nous est permis de nous comparer à lui -, qui a défini l’Ancienne Alliance, on ne le répétera jamais assez, comme “le ministère de la mort”, “le ministère de la condamnation” (II Corinthiens, III 7, 9) ? Aussi inattendues, voire provocantes ou irrévérencieuses, que puissent paraître parfois nos analyses, elles sont fondées sur des données avérées ou sur des hypothèses vraisemblables et s’appuient sur l’autorité des savants considérables que nous avons cités… tout en bénéficiant du sauf-conduit délivré par deux Pères de l’Eglise, saint Justin martyr et Clément d’Alexandrie. Nous croyons qu’elles ne sont en rien contraires au Magistère de l’Eglise catholique, qui s’impose à nous comme à tout autre fidèle. A notre humble avis, on tombe plutôt dans l’hérésie, et même dans le blasphème, en faisant une lecture littérale des passages de l’Ancien Testament qui imputent à Dieu la responsabilité de crimes commis par les Juifs, oubliant ce principe cardinal : “La lettre tue et l’esprit donne la vie” (ibidem, 6).

L’exigence de vérité à laquelle le Christ nous a appelés nous paraît justifier l’acte de réinformation religieuse, historique et théologique que nous avons voulu faire dans le présent article sur les origines zoroastriennes de l’Occident chrétien.

Sources et références

– Duchesne-Guillemin (Jacques), “La religion iranienne”, Les religions de l’Orient ancien (Librairie Arthème Fayard, 1957) ; La religion de l’Iran ancien (Presses universitaires de France, 1962) ; “Zoroastrianism and Parsiism”, The new Encyclopædia Britannica, Macropædia, tome 19 (Encyclopædia Britannica, Inc., Chicago, Etats-Unis, 1977) ; Zoroastre – étude critique avec une traduction commentée des Gâthâ (Robert Laffont, 1981) ; “L’Iran antique et Zoroastre”, Histoire des religions, tome 1 (Gallimard, Encyclopédie de la Pléiade, 1982) ; “L’Eglise sassanide et le mazdéisme”, Histoire des religions, tome 2 (Gallimard, Encyclopédie de la Pléiade, 1983).

– Dumeige (Gervais), Textes doctrinaux du Magistère de l’Eglise sur la Foi catholique (éditions de l’Orante, 1984).

– Dumézil (Georges), Naissance d’archanges (Jupiter, Mars, Quirinus III) – Essai sur la formation de la théologie zoroastrienne (Gallimard, 1945) ; Idées romaines (Gallimard, 1969), deuxième partie, chapitre IV, “Les rois romains de Cicéron” [intitulé “Les archanges de Zoroastre et les rois romains de Cicéron” dans le recueil de 1992, voir ci-dessous] ; Les dieux souverains des Indo-Européens (Gallimard, 1977), introduction, “Les dieux indo-iraniens des trois fonctions”, et chapitre III, “Réformes en Iran” ; “L’idéologie tripartie des Indo-Européens”, dans le recueil posthume Mythes et dieux des Indo-Européens présenté par Hervé Coutau-Bégarie (Flammarion, 1992). [Georges Dumézil (1898-1986), major au concours d’entrée de l’Ecole normale supérieure (rue d’Ulm), agrégé de lettres, fut directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire des “civilisations indo-européennes”, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres et de l’Académie française. Il fut le maître des études indo-européennes. Ne soyons pas avare de notre admiration : Dumézil fut un génie de la science.]

– Eliade (Mircea), Histoire des croyances et des idées religieuses, tome 1, de l’âge de la pierre aux mystères d’Eleusis (Payot, 1984), chapitre XIII, “Zarathoustra et la religion iranienne” ; tome 2, de Gautama Bouddha au triomphe du christianisme (Payot, 1984), chapitre XXVII, “Nouvelles synthèses iraniennes”.

– Haudry (Jean), “Mithra, adversaire ou précurseur du christianisme ?”, Zarathoustra et renouveau chrétien de l’Europe (Guy Trédaniel, 1996) ; La triade pensée, parole, action dans la tradition indo-européenne (Archè, Milan, Italie, 2009).

– Kellens (Jean), La quatrième naissance de Zarathushtra (Seuil, 2006) ; Lecture sceptique et aventureuse de la Gâthâ ustauuaiti – études avestiques et mazdéennes, vol. 6 (éditions de Boccard, 2019). [Né en 1944, Jean Kellens, spécialiste de l’Avesta, a été professeur au Collège de France, titulaire de la chaire des “langues et religions indo-iraniennes”. Il est dommage que l’immense savoir acquis par Jean Kellens dans son domaine soit pollué par une idéologie nauséabonde inspirée du marxisme. Voir un passage de La quatrième naissance de Zarathushtra, pp. 81-82, où il se surpasse dans l’ineptie, affirmant notamment que tous les gènes sont “banals”… comme si les gènes d’un chimpanzé valaient ceux d’un professeur au Collège de France !]

– König (Franz, cardinal), “Zoroaster”, The new Encyclopædia Britannica, Macropædia, tome 19 (Encyclopædia Britannica, Inc., Chicago, Etats-Unis, 1977) ; Influence of Zarathustra in the World, conférence du 24 octobre 1976 à l’université de Téhéran, en ligne : http://www.zoroastrian.org.uk/vohuman/Article/ – 2018 (consulté le 26 juin 2021). [Conspiration du silence ? Le fait est que le texte de la conférence historique du cardinal König est quasiment introuvable. On peut comprendre que l’université de Téhéran l’ait mis sous le boisseau après la révolution islamique de 1979, mais il devrait être fameux en Occident. Peut-être son auteur a-t-il regretté l’audace dont il avait fait preuve dans l’expression de la vérité. Toujours est-il que nous ne l’avons déniché que sur des sites zoroastriens. Nous avons donné ici le lien de l’article en ligne sur le site English Zoroastrian (zoroastrien anglais), http://www.zoroastrian.org.uk . Il faut féliciter ses administrateurs pour la qualité de leur travail. Le Centre européen d’études zoroastriennes, sis à Bruxelles, a édité le texte de la conférence en format papier et l’on peut commander la brochure sur son site, http://www.gatha.org .]

– Varenne (Jean), Zarathustra et la Tradition mazdéenne (Seuil, 2006) ; Zoroastre, le prophète de l’Iran (Dervy, 2020).

– Widengren (Geo), “Stand und Aufgaben der iranischen Religionsgeschichte”, Numen – international Review for the History of Religions, Brill Publishers, Leyde, Pays-Bas, 1954 ; 2, 1955 [cité par le cardinal Franz König, Influence of Zarathustra in the World, op. cit.] ; Les religions de l’Iran (Payot, 1968) ; “Iranian Religions”, The new Encyclopædia Britannica, Macropædia, tome 9 (Encyclopædia Britannica, Inc., Chicago, Etats-Unis, 1977).

– Zaehner (Robert Charles), Dawn and twilight of zoroastrianism, 1961, G.P. Putnam’s sons, New York, Etats-Unis, s. d..

– Nous avons utilisé concurremment plusieurs traductions de la Bible en français : (1) Louis-Isaac Lemaître de Sacy (1700 ; Robert Laffont, coll. Bouquins, 1990), la plus élégante ; (2) Edouard Dhorme (Gallimard, “La Pléiade”, t. 1, 1971, t. 2, 1972), qui ne contient que l’Ancien Testament ; (3) Traduction œcuménique de la Bible (Librairie générale française, “Le livre de poche”, t. 1, 2018, t. 2, 2013, t. 3, 2016) ; (4) chanoine Augustin Crampon (1923, réimpression aux éditions D.F.T., 1989) ; (5) La Bible de Jérusalem (éditions du Cerf, 1984), trop souvent partiale et tendancieuse, tant dans le texte lui-même que dans les commentaires, et donc peu digne de foi.

– A noter que les articles en français de Wikipédia sur le sujet sont en général peu recommandables. Exception : l’article “Avestique” (consulté le 2 mai 2021).

Remarques

1. Eu égard aux conditions de la lecture en ligne, nous avons mis dans le corps du texte, en général entre parenthèses, les précisions qui auraient dues normalement être renvoyées en notes, en ne donnant que les titres des ouvrages figurant in fine dans la bibliographie (« Sources et références« ).

Les mots tirés du sanscrit ou de l’avestique ont été transcrits ici d’après Jean Kellens, sauf dans les citations d’autres auteurs. Les caractères spéciaux de la transcription ont cependant été remplacés par un équivalent. Les noms communs ont pris au besoin la marque du pluriel français. Nous avons renoncé à mettre le “ch” français en lieu et place du “sh” anglais parce que tous les auteurs ici mentionnés avaient gardé celui-ci.

2. Le personnage fabriqué par Frédéric Nietzsche dans son poème parodique Ainsi parlait Zarathoustra (1884) n’a rien à voir avec le prophète de l’Iran. Ses idées nihilistes et grandiloquentes sont aux antipodes du zoroastrisme. “C’est un nom seulement, et rien d’autre – à part peut-être certain ton de vaticination et certaine couleur orientale -, que Nietzsche a voulu emprunter au prophète iranien ; des véritables doctrines de celui-ci, on chercherait en vain la trace dans Ainsi parlait Zarthustra. (Et il ne viendra sans doute à l’idée de personne de les y chercher !)” (Jacques Duchesne-Guillemin, Zoroastre, pp. 10-11).

Henry de Lesquen

Article publié le 4 juillet 2021,
mis à jour au 10 août 2021.

Climat, corona, et cetera : mirages et ravages de la pseudo-science

Les vaticinations de Neil Ferguson

Neil Ferguson, chercheur à l’Imperial College de Londres, est le pape de l’épidémiologie dans le monde, ou plutôt le pape des modèles mathématiques qui sont censés prévoir l’évolution des épidémies. En mars 2020, il a pris son bâton de missus dominici pour faire le tour des capitales européennes. A Stockholm, il a dit aux Suédois qu’ils auraient 100.000 morts s’ils ne confinaient pas la population ; ils n’ont pas suivi ses conseils ; ils ont eu seulement 6.000 morts, au lieu de 100.000, pendant la première épidémie, de mars à mai 2020.

Emmanuel Macron a été moins intelligent que les Suédois et il est passé d’un extrême à l’autre. Dans un premier temps, il a traité l’épidémie à la légère. Souvenez-vous :

26 février 2020, partie de balle au pied à Lyon, qui a eu lieu normalement en présence de 3.000 soutiens de l’équipe de Turin, alors que l’épidémie battait son plein dans le nord de l’Italie.

6 mars 2020, Macron et sa femme au théâtre.

11 mars 2020, discours de Macron à Paris, au Trocadéro, pour la “journée nationale d’hommage aux victimes du terrorisme” : “Nous ne renoncerons pas aux terrasses, aux salles de concert, aux fêtes de soir d’été. Nous ne renoncerons pas à la liberté.”

Mais, le lendemain, 12 mars 2020, Macron reçoit son “conseil scientifique” constitué à la hâte, de bric et de broc, quelques jours avant, le 5 mars, et le président dudit conseil, Jean-François Delfraissy, lui présente les prévisions de Ferguson pour la France : 300.000 à 500.000 morts, selon celui-ci, si on ne confine pas. Simon Cauchemez, émule de Ferguson à l’Institut Pasteur et autre membre du conseil scientifique, n’est pas en reste et annonce lui aussi des centaines de milliers de morts. Macron s’affole et, le soir même, sans plus attendre, prononce une allocution solennelle : fermeture des écoles et interdiction de rendre visite aux personnes âgées. Quatre jours plus tard, une fois passé le premier tour des élections municipales, il annonce le confinement général de la population. Les Français n’ont plus le droit de sortir de chez eux sans Ausweis.

S’il avait été un chef d’Etat digne de ce nom, au lieu de perdre les pédales, Macron aurait dû demander quelles avaient été dans le passé la qualité des prévisions modélistiques de Ferguson. Il aurait été édifié.

En 1996, Ferguson avait prédit qu’il y aurait 136.000 morts dues à la maladie de la vache folle. En réalité, il y en a eu quelques dizaines, et encore, ce n’est pas sûr, parce qu’auparavant la maladie de Creuzfeldt-Jacob n’était pas diagnostiquée et que, par exemple, l’une des prétendues victimes de la vache folle était un végétarien (qui aurait commis l’erreur de faire une fois, une seule, un écart de régime en allant dans un McDonald’s… on veut bien croire que c’est la cuisine – si l’on peut dire – du McDonald’s qui l’a tué, mais on n’a pas besoin de mettre en cause les vaches folles…).

En 2001, les délires mathématiques de Ferguson ont conduit à l’extermination de 6 millions de têtes de bétail pour contenir une épidémie de fièvre aphteuse. Au total, on n’a pas recensé plus de 2.000 cas.

En 2004, Ferguson a prévu que la grippe aviaire ferait 200 millions de victimes humaines. En comptant large, elle en a fait seulement 200, soit un million de fois moins.

En 2009, plus prudent, il annonçait 65.000 morts pour la grippe H1N1, qui n’en a fait que 18.000, trois fois moins ; et 300 en France, déjouant les alarmes du ministre de la santé, Roselyne Bachelot.

Il suffisait de se pencher sur les exploits de Neil Ferguson pour mesurer la confiance que l’on pouvait accorder à ses prévisions, toujours absurdes. Mais Macron a gobé les vaticinations de Ferguson et il a confiné les Français à partir du 17 mars 2020.

Les morts attribuées au covid-19 au cours de la première épidémie, en mars, avril et mai 2020, ont été au nombre de 30.000 environ, loin des 500.000 annoncées par Ferguson en l’absence de confinement. Passons sur le fait que ces statistiques sont gonflées et fallacieuses, puisque 94% des gens qui meurent après avoir été contaminés par le covid-19 avaient déjà une autre pathologie lourde (maladie cardio-vasculaire, diabète, insuffisance rénale…). La différence est-elle due au confinement ? L’exemple de la Suède suffit à répondre par la négative. Les éminents spécialistes que sont en France les professeurs Didier Raoult et Jean-François Toussaint n’ont eu de cesse de l’affirmer : les mesures sociales, confinement, couvre-feu, n’ont eu aucun effet sur la propagation de la maladie.

C’est facile à comprendre. On sait que le confinement favorise la contamination au sein de l’espace confiné, comme l’a rappelé l’université John Hopkins, et c’est même une des explications avancées pour la saisonnalité de la grippe, parce que l’on se confine chez soi en hiver. Le confinement réduit la contamination à l’extérieur, mais il accroît celle qui se produit chez soi, au sein du foyer.

On reconnaît un imbécile à ce qu’il se laisse berner deux fois de suite de la même façon. Selon ce critère, Macron est le roi. Dans son discours du 28 octobre 2020 où il a annoncé un second confinement, il a parlé de 400.000 morts en l’absence de confinement et il a affirmé : “Quoi qu’il arrive, il y aura au moins 9.000 malades en réanimation à la mi-novembre.” En réalité, il y a eu 4.900 malades en réanimation le 15 novembre 2020, moitié moins, et comme ces chiffres sont délibérément gonflés parce que l’on bourre les services de réanimation de “cas légers”, c’est-à-dire de gens qui ont seulement besoin d’oxygène et qui ne devraient pas y être, on mesure l’ampleur des erreurs de prévision, et cela, seulement quinze jours à l’avance.

Quant aux 400.000 morts, scénario absurde, il résultait des calculs des disciples de Ferguson à l’Institut Pasteur, sous l’autorité de Simon Cauchemez, institut qui, décidément, depuis le début de l’épidémie, est en train de ruiner le prestige qui s’attachait à son nom.

Pour le professeur Didier Raoult, les prévisions des modèles épidémiologiques relèvent de l’astrologie. Et encore, il est trop aimable, car l’astrologie ne se trompe qu’une fois sur deux, alors que les modèles épidémiologiques se trompent toujours…

Mais pourquoi donc les modèles préfèrent-ils le confinement ? Le professeur Jean-François Toussaint nous a révélé le secret : les modélisateurs introduisent dans leurs hypothèses un paramètre R0 qui définit le taux de reproduction de la maladie, c’est-à-dire le nombre de personnes qui seront contaminées par un malade, et ils supposent que R0 est divisé par 3 si on confine, ce qui est absurde ; les exponentielles font la différence… Autrement dit, le résultat en faveur du confinement résulte simplement de l’hypothèse de départ. La mystification est parfaite.

On nous rebat les oreilles avec le paramètre R0 et la prétendue immunité collective. L’un et l’autre ne sont que des artefacts des modèles et n’ont pas de réalité objective. Evidemment, on peut calculer ex post le taux de contamination, mais on ne peut pas le connaître ex ante, tant il peut varier selon les circonstances. Et tout ce que l’on peut dire, c’est que l’épidémie ralentit nécessairement au fur à mesure qu’elle progresse, puisqu’elle rencontre un terrain de moins en moins favorable, notamment parce qu’une partie de la population a déjà été contaminée et se trouve en conséquence immunisée, mais aussi pour toutes sortes d’autres raisons, et tout simplement parce que les personnes les plus exposées ont été atteintes en premier. Cette loi des rendements décroissants de l’épidémie est analogue à celle que l’on connaît en économie. Et si l’épidémie finit par s’éteindre, c’est aussi parce que le virus mute et que, quand il mute sur place, les virus les moins dangereux se répandent plus vite et ont tendance à remplacer les plus dangereux. Loi de virulence décroissante de l’épidémie, qui est aussi d’une portée générale. Le rhume, qui est souvent provoqué par un des quatre autres coronavirus en circulation, a sans doute été jadis aussi dangereux que le sars-cov-2, et l’on peut donc parier que celui-ci finira de même par devenir endémique et assimilable au rhume actuel.

Non seulement on n’a pas encore trouvé de modèles épidémiologiques valides, mais on peut affirmer qu’il est impossible que l’on en trouve jamais un, parce que le modèle le plus complexe l’est toujours infiniment moins que le phénomène complexe qu’il prétend décrire, à savoir ici l’épidémie. Les données sont mal connues, qu’il s’agisse du nombre de cas ou de la contagiosité de l’épidémie, laquelle peut varier en fonction de multiples circonstances, sociales, économiques ou météorologiques. On a parlé abondamment des “clusters”, en français, des foyers de contamination, et en effet la formation desdits foyers conditionne la dynamique de l’épidémie, mais, justement, leur formation est aléatoire et imprévisible.

Epistémologie des modèles mathématiques

Ce que j’ai dit des modèles mathématiques des épidémies peut être généralisé à tous les phénomènes complexes. C’est un principe épistémologique : aucun modèle mathématique, aussi perfectionné soit-il, aussi convaincant qu’il paraisse a priori, ne peut être tenu pour valide ex ante, c’est-à-dire avant d’être soumis à l’expérience, qui pourrait éventuellement le valider ex post. Il faut qu’il ait fait ses preuves, c’est-à-dire qu’il ait fait des prévisions valides, autrement dit des prévisions justes et non banales.

Il ne faut pas inverser la charge de la preuve : ce sont les modélisateurs qui doivent démontrer la pertinence de leurs modèles, ce n’est pas aux esprits critiques de prouver qu’ils sont faux.

Selon le mathématicien Bernard Beauzamy, “aucun des modèles mathématiques ne donne satisfaction”. “N’importe qui peut concevoir un ensemble de formules décrivant plus ou moins bien un phénomène réel (comme la propagation d’une épidémie). Toute la difficulté est dans la validation d’un tel modèle, en particulier sur des données différentes de celles qui lui ont donné naissance. Notre expérience est que seuls les modèles grossiers (nécessairement probabilistes) donnent satisfaction, et encore pas toujours. Un modèle fin, cherchant à décrire les lois de la physique, échouera nécessairement en pratique, tant ces lois sont complexes et les données insuffisantes.” [1]

Le célèbre mathématicien John von Neumann avait dit de son côté : « Avec quatre paramètres, je peux dessiner un éléphant ; avec cinq, je peux lui faire bouger la trompe. » [2]

Autrement dit, le fait qu’un modèle réussisse à rendre compte du passé, pour les données sur lesquelles il a été calibré, ne saurait suffire à prouver sa pertinence. A condition d’introduire un nombre suffisant d’équations et de paramètres, un modélisateur confirmé y parviendra toujours. Mais la capacité d’un modèle à rendre apparemment compte du passé ne prouve absolument pas qu’il puisse faire des prévisions valides.

On peut affirmer au contraire qu’aucun phénomène naturel ou social très complexe ne peut donner lieu à une modélisation mathématique valide, au sens où elle ferait des prévisions justes et non banales. Cela peut être déduit de la théorie du chaos déterministe, qui remonte au mémoire d’Henri Poincaré sur le problème des trois corps (1888) et qui a atteint le grand public dans les années 1970 sous le nom d’“effet papillon[ 3]. Selon la formule d’Edward Lorenz, “le battement d’ailes d’un papillon au Brésil est susceptible de provoquer une tempête au Texas”.

Pour que l’on mesure la portée de la très forte sensibilité aux conditions initiales, le mathématicien David Ruelle explique que l’on a calculé l’effet que produirait sur la dynamique d’un volume gazeux quelconque le fait de supprimer l’attraction gravitationnelle d’un électron placé à la limite de l’univers connu : en une infime fraction de seconde, on obtient un changement qualitatif dans les chocs entre les molécules du gaz. Il faut ensuite une minute environ pour qu’il y ait des modifications macroscopiques dans le genre de turbulences qui se produit au dessus d’un radiateur chaud. Il faut un jour pour que des changements sur des distances d’un centimètre s’étendent sur dix kilomètres. On estime que la structure du temps qu’il fait sur la terre sera bouleversée en moins de quinze jours [4].

Ce genre de calcul met une borne aux ambitions des météorologistes, qui ne peuvent espérer prévoir le temps avec quelque précision au delà d’une semaine ou deux. A l’évidence, un système chaotique est imprévisible, parce qu’il est impossible de connaître les conditions initiales avec une parfaite précision. Or, le chaos déterministe est omniprésent dans la nature et il suffit qu’une partie du phénomène obéisse à ses lois pour que la prévision soit impossible. Du reste, dans l’hypothèse favorable où le phénomène étudié échapperait parfaitement au chaos, il suffirait que sa complexité dépassât infiniment celle du modèle mathématique pour qu’il fût très peu probable que celui-ci pût être valide. Et, répétons-le, la charge de la preuve incombe au modélisateur, qui, jusqu’à présent, n’a jamais pu l’apporter, dans quelque domaine que ce soit.

La très grande sensibilité aux conditions initiales détruit un préjugé illégitime qui sous-tend l’historicisme et le scientisme du XIXe siècle, selon lequel les causes seraient forcément du même ordre de grandeur que les conséquences. Ce postulat était nécessaire pour que l’avenir soit prévisible et que l’homme puisse caresser l’illusion de se rendre maître de son destin. Il s’effondre avec l’irruption du chaos.

La mystification des modèles climatologiques

Donc, les modèles sont des outils suffisamment flexibles pour qu’on puisse leur faire dire à peu près n’importe quoi. Avec un peu d’ingéniosité, ils parviennent toujours à simuler le passé. Cela ne prouve nullement qu’ils soient en mesure de prévoir l’avenir. La capacité qu’ont les quelque dizaines de modèles numériques dont se sert le GIEC de simuler le climat des dernières décennies ne signifie pas qu’ils soient valables pour calculer les évolutions futures. Ils ont été paramétrés pour rendre compte des températures observées pendant vingt-cinq ans, entre 1975 et 2000. Mais il a fallu les ajuster pour rendre compte de la baisse des températures entre 1950 et 1975, en introduisant une hypothèse ad hoc, ce qui n’est pas bon signe : le rafraîchissement de ces vingt-cinq années-là serait la conséquence des émissions de poussières et autres particules microscopiques en suspension dans l’air, les aérosols, produits par l’industrie.

L’ennui, c’est que les modèles prévoyaient que la température continuerait à augmenter après l’an 2000, parallèlement au taux de gaz carbonique dans l’atmosphère. Or, ce n’est pas ce qui s’est passé : ces prévisions ont été démenties. La température moyenne de la terre a stagné jusqu’en 2020 depuis le maximum atteint en 1998, en dépit des annonces sensationnelles sur les prétendus records de chaleur. Le moins que l’on puisse dire est que cela est susceptible d’ébranler la confiance que l’on peut avoir dans les modèles du GIEC.

Les réchauffistes, comme on peut les appeler, disent que leurs modèles s’appuient sur des lois physiques incontestables. Ils oublient de préciser deux choses essentielles. D’une part, que les calculs sont conduits sur de vastes “cellules” découpées sur la surface terrestre et dans l’épaisseur de l’atmosphère et que les détails de la réalité leur échappent nécessairement. D’autre part, qu’une partie des équations est fondée sur des paramètres statistiques, car la réalité est trop complexe ou mal connue pour que l’on puisse tenter de l’interpréter autrement, c’est-à-dire par l’application directe des lois de la physique. C’est notamment le cas pour les nuages, qui jouent un rôle essentiel dans le climat, mais dont on ne connaît pas les lois de formation.

Le fait que les modèles du GIEC aillent tous dans le même sens ne surprendra pas ceux qui connaissent un peu les modèles macro-économiques, lesquels partent presque tous de la théorie keynésienne et prévoient donc que le revenu national va s’accroître et le chômage diminuer quand on augmente les dépenses publiques. Lesdits modèles keynésiens n’avaient pas vu venir la crise de 2008, mais ils ont quand même été jugés assez pertinents par les gouvernements pour inciter ces derniers à ouvrir les vannes du budget. On en a vu le résultat. Et quand on sait que la relance keynésienne, budgétaire et monétaire, qui a été réalisée en 2020 sous prétexte de compenser les effets désastreux des mesures de confinement, est de trois fois à six fois supérieure selon les pays à ce qui a été fait après la crise de 2008, il est permis de s’inquiéter pour l’avenir.

Pour leur part, les modèles du GIEC partent tous du présupposé que les émissions de dioxyde de carbone et des autres gaz émissifs, dits “à effet de serre”, doivent expliquer l’évolution du climat au cours des dernières décennies. Postulat réducteur. Il n’est pas étonnant qu’ils y parviennent, tant bien que mal, eu égard à la plasticité propre aux modèles. Ce postulat “carbocentriste” est-il juste ? Nul ne nie que le CO2 et les autres gaz à effet de serre exercent un “effet de couverture” qui tend à réchauffer la planète. Mais quelle est l’importance de cet effet ?

Le climatologue Marcel Leroux affirmait, pour sa part : “Pour 95%, l’effet de serre est dû à la vapeur d’eau. Le dioxyde de carbone, ou CO2, ne représente, quant à lui, que 3,62% de l’effet de serre, soit 26 fois moins que la vapeur d’eau. (…) l’effet de serre est donc essentiellement un phénomène naturel. Seule une faible proportion (…) peut être attribuée aux activités humaines et cela pour une valeur totale de 0,28% de l’effet de serre total, dont 0,12% pour le seul CO2, c’est-à-dire une proportion insignifiante, voire tout à fait négligeable. (…) l’homme n’est en aucune façon responsable du changement climatique.[5]

Les nuages ! Ils sont l’impasse fondamentale de la théorie nébuleuse du GIEC. Ses modèles supposent que l’augmentation de la température qui résulte de celle de la teneur en CO2 est amplifiée par l’évaporation de l’eau, qui renforce l’effet de serre, puisque la vapeur d’eau est le plus important des gaz émissifs. C’est cette rétroaction positive qui aboutirait à des prévisions de hausse de température de plusieurs degrés. Mais, plus il y a de vapeur d’eau dans l’air, plus il y a de nuages. Or, ceux-ci ont un double effet ; d’une part, ils accentuent l’effet de serre, autrement dit l’“effet couverture”, en absorbant l’infrarouge ; d’autre part, ils réfléchissent les rayons du soleil, c’est l’“effet parasol”. On pense que les nuages hauts, situés à plus de 6.000 mètres, ont plutôt tendance à réchauffer l’atmosphère, parce qu’ils sont peu denses et laissent passer les rayons du soleil ; en revanche, les nuages bas nous refroidissent, comme chacun peut le constater. Toute la question est de savoir comment les masses nuageuses vont se développer et se répartir en conséquence de l’accélération de l’évaporation.

Au fond, les carbocentristes sont victimes de l’“effet réverbère” : c’est l’histoire de cet homme qui cherche son trousseau de clés, la nuit, sous un réverbère ; un passant lui demande s’il est bien sûr de l’avoir perdu là ; non, répond-il, mais c’est le seul endroit où l’on voit clair !

Les modèles numériques du GIEC reposent en outre sur une accumulation d’hypothèses qui leur ôte toute crédibilité. Le professeur Bernard Beauzamy a dit le peu de considération qu’il avait, en tant que mathématicien, pour les modèles du GIEC, dans une note établie pour le secrétariat général de la défense nationale en 2001, note qu’il a actualisée en 2006 : “Les modèles employés (et c’est précisément notre métier de mathématicien que de les juger) sont à ce point sommaires, grossiers, empiriques, fallacieux, que les conclusions qui en sont tirées sont dépourvues de toute valeur prédictive ; seraient-ils mille fois plus précis qu’ils ne le permettraient toujours pas.[6]

La plaidoirie en défense que l’on trouve dans les écrits d’Hervé Le Treut est de nature à inspirer les plus grands doutes : “L’analyse des données est effectuée de manière quotidienne pour permettre les prévisions météorologiques… La qualité des prévisions, vérifiable quelques jours plus tard, constitue le meilleur indice possible de qualité des analyses.[7] Donc, la qualité des prévisions à 3 jours assurerait la qualité des prévisions à 30 ans… Mais quid des prévisions à 30 jours et à 300 jours ? On peut au contraire retourner l’argument d’Hervé Le Treut : l’incapacité des modèles à prévoir la météo à 30 jours prouve a fortiori leur incapacité à la prévoir à 30 ans. Jacques Villain, membre de l’Académie des sciences, écrit à ce propos : « Aux travaux des climatologues, une objection inévitable est celle soulevée par Claude Allègre dans un des ses livres : “J’ai peine à croire qu’on puisse prédire avec précision le temps qu’il fera dans un siècle alors qu’on ne peut pas prévoir celui qu’il fera dans une semaine.” Le paradoxe n’est qu’apparent, puisque la météorologie cherche à prévoir le temps à tel endroit et tel moment, alors que la climatologie s’intéresse à des valeurs moyennes sur une longue durée et une vaste région. La coexistence du chaos météorologique et de la stabilité climatologique, hypothèse non démontrée, est toutefois fortement suggérée par les calculs basés sur les modèles. » [8] Cette réponse au “paradoxe d’Allègre” est savoureuse. La question n’est pas en effet de savoir si le chaos est dans les modèles, mais s’il est dans la nature. Or, ce sont fondamentalement les mêmes modèles qui servent pour les prévisions à court terme, dites météorologiques, et les prévisions à long terme, dites climatologiques.

Les modèles du GIEC ne font que nous dire in fine ce qui était déjà postulé ab initio, l’effet diabolique du gaz carbonique produit par l’homme. C’est ici que la science rejoint le vaudou.

De la pseudo-science en général

La superstition mathématique fait des ravages. Elle impressionne les gens comme le faisait autrefois l’astrologie et ses formules compliquées. Mais il n’y a pas plus de rapport entre la théorie et la réalité dans un cas que dans l’autre.

Le lyssenkisme, nommé ainsi par référence au biologiste soviétique Trophime Lyssenko et auquel le CDH a consacré un prix de dérision, c’est la désinformation scientifique qui répond à une intention idéologique. Il est le fait d’un scientifique particulier ou d’une école de scientifiques, mais il ne suffit pas à créer une discipline scientifique distincte. Avec la pseudo-science, il en va autrement. La modélisation mathématique autosuffisante, qui produit des prévisions sans jamais les confronter aux faits qui se sont réellement produits, est une pseudo-science, qu’on l’applique à la climatologie, à l’épidémiologie, à l’économétrie, ou encore à l’écologie ou à la génétique. On peut parler d’une pseudo-science quand c’est toute une discipline qui est pseudo-scientifique. Une pseudo-science se définit par le fait qu’elle peut être réfutée, et non parce qu’elle serait irréfutable, en franglais “non-falsifiable”, selon la théorie absurde de Karl Popper, dont la réputation est usurpée. Ainsi, le marxisme et la psychanalyse sont des pseudo-sciences parce que le premier prévoyait la paupérisation du prolétariat, et la seconde promettait la guérison des malades. On a vu le résultat : le marxisme, 100 millions de morts, la psychanalyse, 100 millions de fous. On peut ajouter le pédagogisme à la liste des pseudo-sciences : 100 millions d’illettrés. La pseudo-science conduit toujours à la catastrophe parce qu’elle emprunte les habits de la science pour tromper, pour impressionner et pour faire illusion.

Alors, gardons foi dans la science, et protégeons-la des mirages de la pseudo-science qui la dénaturent et qui ont fait d’épouvantables ravages dans le monde.

Je vous appelle au combat pour la vérité, qu’il faut mener avec courage et lucidité contre l’idéologie cosmopolite, qui s’impose aux masses grâce aux mensonges de la pseudo-science.

Henry de Lesquen


[1]              La Lettre de la SCM [Société de calcul mathématique], décembre 2020, “Débat Villani-Beauzamy”.

[2]              Cité dans Benoît Rittaud, Le mythe climatique, Seuil, 2010, p. 151.

[3]               Cf. James Gleick, La Théorie du chaos – Vers une nouvelle science, Flammarion, 2008.

[4]              David Ruelle, “Déterminisme et prédicibilité”, in Pierre-Gilles de Gennes et alii, L’Ordre du chaos, Pour la Science, 1992.

[5]              “Entretien avec Marcel Leroux. La fable du réchauffement climatique”, La Nouvelle Revue d’histoire, n° 31, juillet-août 2007.

[6]              Bernard Beauzamy, Le réchauffement climatique : mystifications et falsifications, Société de calcul mathématique, 2001, 2006 (http://scmsa.pagesperso-orange.fr/rechauff.pdf).

[7]              Libres points de vue d’académiciens sur l’environnement et le développement durable, Académie des sciences, 25 novembre 2009, p. 9.

[8]              Ibid., pp. 23-4.

Les dix crimes de Valéry Giscard d’Estaing, par Henry de Lesquen

Des morts il ne faut dire que du bien, paraît-il : “De mortuis nihil nisi bene.” C’est sans doute pour cela que Valéry Giscard d’Estaing (1926-2020) a été couvert de fleurs après sa mort le 2 décembre 2020. Mais l’adage ne devrait pas s’appliquer à un homme politique, et surtout pas à lui. On doit au contraire, pour rétablir la vérité, dénoncer sans plus attendre les crimes qu’il a commis contre la nation au cours de son mandat de président de la république, de 1974 à 1981, mais aussi avant, en 1973, en tant que ministre des finances, et encore après, en 2005, comme auteur du projet de constitution de l’Union européenne.

1. C’est à Giscard que nous devons le poids de la dette publique. Ministre des finances sous Pompidou, il a fait adopter la loi du 3 janvier 1973 qui disposait dans son article 19 que les conventions par lesquelles la Banque de France ferait des avances au Trésor seraient désormais soumises au parlement. La convention qu’il a signée le 17 septembre 1973, approuvée par la loi du 21 décembre 1973, a gelé à 20,5 milliards de francs le montant total de ces avances. Désormais, l’État n’a pu bénéficier des concours gratuits de la Banque de France, il a dû emprunter sur les marchés financiers pour le plus grand bénéfice des banques commerciales. Depuis lors, la charge des intérêts n’a cessé de gonfler l’endettement de l’État.

2. C’est à Giscard que nous devons la mise à mort des enfants à naître. Il a nommé l’horrible Simone Veil dans son gouvernement en 1974 pour qu’elle fît adopter la loi abominable du 17 janvier 1975 qui a légalisé l’avortement, autrement dit l’assassinat des enfants dans le ventre de leur mère. Il fut donc le premier responsable de la choah des enfants français, qui avait déjà fait, à sa mort, le 2 décembre 2020, dix millions de petites victimes innocentes.

3. C’est à Giscard que nous devons la pornographie. Dès son élection en 1974, il a aboli toute censure et toute répression de l’outrage aux bonnes mœurs. Autorisés dans tous les cas, aussi immondes fussent-ils, les films pornographiques ont été classés “X” par décret du 31 octobre 1975.

Dans le même esprit de renversement de la morale, Giscard a imposé la mixité au lycée et donné aux lycéennes le droit de prendre la pilule à l’insu de leurs parents (loi du 4 décembre 1974 relative à la régulation des naissances, article 2 : “Les centres de planification familiale sont autorisés à délivrer, à titre gratuit, des produits contraceptifs aux mineurs désireux de garder le secret.”).

Ainsi, au nom de la modernité, en réalité pour obéir aux injonctions de l’idéologie cosmopolite qui avait triomphé après Mai 68 et qu’il avait faite sienne, Giscard a mis en pièces la morale publique qui avait été depuis toujours le ciment de la société française.

4. C’est à Giscard que nous devons la dislocation de la famille. Il a autorisé le divorce par consentement mutuel (loi du 11 juillet 1975 portant réforme du divorce), ce qui a porté un coup fatal à l’institution familiale en instaurant un mariage à l’essai.

5. C’est à Giscard que nous devons le regroupement familial des immigrés en France. En donnant ce droit aux immigrés, le décret du 29 avril 1976 a transformé l’immigration de travail en immigration de peuplement et ouvert les vannes à l’invasion. Il a amorcé le grand remplacement du peuple français par les populations allogènes.

6. C’est à Giscard que nous devons le collège unique égalitaire. La loi Haby du 11 juillet 1975 relative à l’éducation a institué le collège unique en abolissant la diversité des filières. C’était l’aboutissement du plan Langevin-Wallon de 1947, d’inspiration marxiste, qui niait l’inégalité des talents et des aspirations. Cette réforme calamiteuse a profondément dégradé la qualité de l’enseignement au détriment des enfants, surtout des plus faibles.

7. C’est à Giscard que nous devons le poids des prélèvements obligatoires. Ce soi-disant libéral a fait passer le taux des impôts et autres prélèvements obligatoires de 34% à 40% du PIB durant son mandat. 6% d’augmentation en sept ans ! Aucun président n’a fait autant, ni avant ni après lui.

8. C’est à Giscard que nous devons l’effacement de la souveraineté nationale. Partisan fanatique des États-Unis d’Europe, donc d’un pouvoir supranational, Giscard a été l’initiateur du processus fatal qui a conduit à l’assujettissement des nations à l’Union européenne. C’est ainsi qu’il a fait donner officiellement à l’assemblée des communautés européennes le titre de “Parlement européen” et que, sur sa proposition, le Conseil européen a décidé le 20 septembre 1976 que les députés européens seraient élus désormais au suffrage universel.

9. C’est à Giscard que nous devons la monnaie unique européenne. Il en était partisan pour des raisons idéologiques, car ce devait être l’attribut d’un pouvoir supranational. Dans cette perspective, Valéry Giscard d’Estaing a obtenu le 13 mars 1979 la création du système monétaire européen, doté d’une unité de compte, l’ECU (European Currency Unit, unité monétaire européenne), et qui liait les monnaies nationales entre elles, étroitement et irrévocablement. Étape décisive qui a conduit à la monnaie unique : le 1er janvier 1999, l’euro a succédé à l’ECU et remplacé le franc en assujettissant notre économie à un carcan qui a étouffé la croissance.

10. C’est à Giscard que nous devons l’Union européenne supranationale. Vingt-quatre ans après avoir quitté l’Élysée, Valéry Giscard d’Estaing a été le principal auteur du projet de constitution de l’Union européenne. Ce traité scélérat, qui portait atteinte à la souveraineté nationale, a été rejeté par le peuple français lors du référendum du 29 mai 2005, mais ses dispositions ont été intégralement reprises par le traité de Lisbonne signé par Nicolas Sarkozy le 13 décembre 2007 et adopté par le parlement français le 8 février 2008.

Conclusion

C’est donc en premier lieu à Giscard que nous devons le déclassement de la France. Certes, il était dans la continuité de son prédécesseur, Georges Pompidou, qui avait déjà prohibé la préférence nationale et créé un délit d’opinion par la loi Pleven du 1er juillet 1972, mais, après 1974, l’État a imposé à la société française un changement radical et global qui devait entraîner une rupture de la chaîne des générations. Les réformes de Giscard étaient un tout qui faisait système. Au nom de la modernité, il a entrepris de faire table rase des traditions et de liquider l’héritage. Certes, ses successeurs ont poursuivi de plus belle dans la voie de la décadence, mais aucun d’entre eux ne fut plus efficacement que lui l’instrument de la révolution cosmopolite issue de Mai 68. Traître à la nation, ennemi de la civilisation, ce barbare ripoliné aux couleurs de la modernité restera dans l’histoire marqué du sceau de l’infamie.

Rétablir la vérité sur l’esclavage, par Henry de Lesquen

Voici une analyse de l’esclavage en 10 points, plus une conclusion, au titre de la réinformation.

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1. Le discours convenu est anachronique. On ne peut abolir l’esclavage qu’à un certain degré de développement économique.

 

2. Nul ne voudrait être réduit en servitude. Mais on a encore moins envie de mourir de faim. Cruelle alternative, jadis.

 

3. Je suis pour la liberté, donc contre l’esclavage. Mais je sais que l’on ne peut y mettre fin dans une société où règne la misère.

 

4. Selon George Stigler¹, prix Nobel, l’interdiction de l’esclavage est économiquement coûteuse, bien que moralement désirable.

 

5. Selon Robert Fogel², prix Nobel, l’esclavage était une solution efficace, bonne pour l’économie, bénéficiant à tous, dont les esclaves.

 

6. L’abolition de l’esclavage a eu des conséquences catastrophiques pour tous quand elle a été prématurée, comme en Haïti.

 

7. Les Pères de l’Eglise et les philosophes stoïciens ont admis l’esclavage au nom du droit naturel. Ils le tenaient comme un moindre mal.

 

8. Les noirs transportés en Amérique avaient été réduits en esclavage par d’autres noirs qui les avaient vendus aux blancs.

 

9. Les esclaves noirs emmenés en Amérique ont en général mieux vécu que s’ils étaient restés en Afrique.

 

10. Selon Fogel, les conditions de vie des esclaves noirs du Sud des Etats-Unis étaient meilleures que celles des ouvriers blancs du Nord.

 

Conclusion : l’esclavage s’est imposé jadis comme une nécessité³. Ce ne fut pas un crime. Nous n’avons pas à rougir de nos ancêtres.

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Voici 10 observations paradoxales sur l’esclavage pour compléter mon analyse

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1. Les descendants d’esclaves qui demandent réparation devraient s’adresser aux noirs d’Afrique, dont les ancêtres ont vendu les leurs.

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2. Les descendants d’esclaves qui demandent réparation sont en général des métis qui descendent aussi des esclavagistes.

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3. Les descendants d’esclaves qui demandent réparation ne seraient pas en vie s’il n’y avait pas eu l’esclavage.

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4. Il est clair que l’exportation des esclaves a rapporté aux Etats noirs et a bénéficié à l’économie africaine jusqu’à la colonisation.

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5. On nous jure que le christianisme condamne l’esclavage, mais Jésus n’a pas eu un mot contre cette institution.

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6. Les 4 grandes religions de l’humanité, hindouisme, bouddhisme, christianisme, islamisme, ont toutes approuvé l’esclavage.

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7. Le judaïsme talmudique (mitzvot n° 504 à 516), comme le judaïsme antique (10e Commandement), préconise l’esclavage.

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8. Les contempteurs de la traite des noirs sont muets sur la traite des blancs due aux Arabes barbaresques, qui a duré jusqu’en 1830.

Différence entre Arabes barbaresques et négriers occidentaux, les premiers capturaient les esclaves, les seconds les achetaient. Les Arabes ont capturé bien plus de noirs que les Occidentaux n’en ont acheté.

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9. Il n’y a pas de minorité noire dans les pays arabes, alors que la traite y a amené 15 millions d’esclaves noirs.

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10. Le sort du salarié importe peu à son employeur. Le sort de l’esclave compte beaucoup pour son maître.

Économie élémentaire. Le fait que le salarié puisse démissionner réduit l’investissement en capital humain.Capture d’écran 2015-11-07 à 20.11.25

Conclusion : le mythe du crime contre l’humanité appliqué uniquement à la traite transatlantique est une arme de la propagande cosmopolite.

Sans l’esclavage et la colonisation, la population congoïde mondiale serait 10 fois inférieure à ce qu’elle est. Ergo, les congoïdes qui râlent contre l’Occident lui doivent la vie 9 fois sur 10.

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Henry de Lesquen

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¹ George Stigler

² Time on the cross, Fogel, Robert William
Engerman, Stanley L.

³ Il s’agit de l’esclavage en général, autant celui des blancs que celui des noirs.

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Lecture complémentaire : 

Le bilan positif de la colonisation en Afrique

Témoignage historique de Monseigneur Viganò : l’Église catholique est sous la coupe d’une coterie homosexuelle

Pape François, cardinal McCarrick, Mgr Viganò

Nous donnons ici la traduction intégrale du témoignage historique publié par Mgr Viganò le 25 août 2018. Tout ce qu’y a affirmé celui-ci était vrai et incontestable. Jean-Marie Guénois, journaliste du Figaro chargé des questions religieuses, qui n’est ni un excité ni un extrémiste, l’a confirmé. Or, ce que rapporte Mgr Viganò est effroyable. L’Église catholique est aujourd’hui sous la coupe d’une coterie homosexuelle, qui a fait l’élection du pape François en 2013 et dont celui-ci est le complice et l’otage. Les conséquences de cette situation incroyable sont considérables, non seulement sur le plan religieux, mais aussi sur le plan politique (voir ci-dessous, citée par Mgr Viganò, la phrase du pape François qui assimile les homosexuels à la gauche.) Il n’est pas besoin d’être un ardent catholique pour comprendre l’importance de ce document.

Dans la société civile, chacun doit être libre de sa vie intime. L’inclination sexuelle ne devrait donc pas être un sujet politique. Il n’est même pas choquant que les individus qui partagent les mêmes goûts dans ce domaine ou dans un autre aient envie de se regrouper, comme le font les amateurs de pétanque… Il en va déjà autrement lorsque l’inclination sexuelle sert de base à la formation d’une coterie et que celle-ci mène une action politique de subversion de la morale traditionnelle et des institutions au nom de l’idéologie cosmopolitique.

Mais le scandale est encore bien plus grand dans la société religieuse : il paraît a priori inconcevable qu’une coterie homosexuelle puisse se former au sein de l’Église catholique, puisque celle-ci, héritière sur ce point du judaïsme de l’antiquité, condamne les actes homosexuels, qualifiés de péchés graves. Ce n’est pas l’inclination sexuelle des clercs qui est en cause, ceux-ci étant tenus, de par leur vocation, au célibat et à la chasteté, donc à la continence. Ce sont les actes homosexuels accomplis par des prêtres qui sont objet de scandale : ces actes sont en effet radicalement contraires à la foi et à la morale que ceux-ci sont censés professer. La constitution d’une coterie homosexuelle au sein de l’Église catholique porte le scandale à un degré inimaginable.

TÉMOIGNAGE
de
Monseigneur Carlo Maria Viganò,
archevêque titulaire d’Ulpiana,
nonce apostolique[1]

En ce moment tragique que l’Eglise traverse dans diverses parties du monde, États-Unis, Chili, Honduras, Australie, etc., la responsabilité des évêques est très grave. Je pense en particulier aux États-Unis d’Amérique, où je fus envoyé comme nonce apostolique[2] par le pape Benoît XVI le 19 octobre 2011, en évoquant la mémoire des premiers martyrs de l’Amérique du nord. Les évêques des États-Unis sont appelés, et moi avec eux, à suivre l’exemple de ces premiers martyrs qui apportèrent l’Evangile dans les terres d’Amérique, à être les témoins crédibles de l’amour incommensurable du Christ, qui est la Voie, la Vérité et la Vie.

Des évêques et des prêtres, abusant de leur autorité, ont commis des crimes horribles au détriment de leurs fidèles, mineurs, victimes innocentes, jeunes hommes désireux d’offrir leur vie à l’Eglise, ou n’ont pas empêché, en gardant le silence, que de tels crimes continuassent à être perpétrés.

Pour redonner la beauté de la sainteté au visage de l’Épouse du Christ, terriblement enlaidi par tant d’actes abominables, et si l’on veut vraiment libérer l’Église du marais fétide où elle s’enfonce, nous devons avoir le courage de briser la culture du secret et de confesser publiquement les vérités que nous avons tenues cachées. Il faut briser l’omertà, la loi du silence, par laquelle les évêques et les prêtres se sont protégés eux-mêmes au détriment de leurs fidèles, omertà susceptible de faire apparaître l’Église aux yeux du monde comme une secte, omertà qui n’est pas si différente de celle qui est en vigueur dans la mafia. « Tout ce que vous avez dit dans les ténèbres […] sera proclamé sur les toits » (Luc, 12, 3).

J’avais toujours cru et espéré que la hiérarchie de l’Église pût trouver en elle-même les ressources spirituelles et la force de faire émerger la vérité, de s’amender et de se rénover. Pour cette raison, bien que l’on me l’eût demandé plusieurs fois, j’avais toujours évité de faire des déclarations aux media, bien que c’eût été mon droit de le faire pour me défendre des calomnies publiées sur mon compte, y compris par de hauts prélats de la curie romaine[3]. Mais aujourd’hui que la corruption a atteint les sommets de la hiérarchie de l’Église, ma conscience m’impose de révéler ces vérités dont j’ai eu connaissance au sujet de la très triste affaire de l’archevêque émérite de Washington, Theodore McCarrick, au cours des missions qui me furent confiées par saint Jean-Paul II[4] en tant que délégué pour les représentations pontificales de 1998 à 2009 et par le pape Benoît XVI[5] comme nonce apostolique aux États-Unis du 19 octobre 2011 à fin mai 2016.

En tant que délégué pour les représentations pontificales au sein du secrétariat d’Etat, mes compétences propres n’étaient pas limitées aux nonciatures apostoliques, mais comprenait aussi le personnel de la curie romaine (nominations, promotions, procédures d’information sur les candidats à l’épiscopat, etc.) et l’examen des cas délicats, même ceux des cardinaux et les évêques, qui étaient confiés au délégué du cardinal secrétaire d’Etat[6] ou du substitut du secrétaire d’Etat.

Pour réfuter les insinuations énoncées dans quelques articles récents, je dirai tout de suite que les nonces apostoliques aux États-Unis, Gabriel Montalvo et Pietro Sambi, tous deux morts prématurément[7], ne manquèrent pas d’informer immédiatement le Saint-Siège dès qu’ils eurent connaissance des comportements gravement immoraux de l’archevêque McCarrick envers des séminaristes et des prêtres. En effet, la lettre du père Boniface Ramsey, O.P.[8], du 22 novembre 2000, d’après ce qu’en a écrit Mgr Pietro Sambi, fut selon lui rédigée à la demande du regretté Mgr Montalvo. Dans celle-ci, le père Ramsey, qui avait été professeur au séminaire diocésain de Newark de la fin des années 1980 jusqu’en 1996, affirme que le bruit courait au séminaire que l’archevêque « shared his bed with seminarians » [partageait son lit avec des séminaristes], allant jusqu’à en inviter cinq à la fois à passer la fin de semaine avec lui dans sa maison du bord de mer. Et il ajoute connaître un certain nombre de séminaristes, dont plusieurs ont ensuite été ordonnés prêtres pour l’archidiocèse de Newark, qui avaient été invités dans cette maison du bord de mer et qui avaient partagé le lit de l’archevêque.

Le bureau dont j’avais alors la charge ne fut informé d’aucune mesure prise par le Saint-Siège à la suite de cette dénonciation faite fin 2000 par le nonce Montalvo, quand le secrétaire d’Etat était le cardinal Angelo Sodano.

À son tour, le nonce Sambi transmit au cardinal secrétaire d’État, Tarcisio Bertone, un mémoire d’accusation contre McCarrick rédigé par Gregory Littleton, prêtre du diocèse de Charlotte, réduit à l’état laïc pour viol de mineurs, accompagné de deux documents du même Littleton, dans lesquels celui-ci racontait sa triste histoire de sévices sexuels infligés par celui qui était alors archevêque de Newark et par plusieurs autres prêtres et séminaristes. Le nonce ajoutait que Littleton avait déjà transmis son mémoire à une vingtaine de personnes, responsables judiciaires civils et ecclésiastiques, policiers, avocats, fin juin 2006, et qu’il était donc très probable que la nouvelle fût très bientôt rendue publique. Il demandait de ce fait une intervention rapide du Saint-Siège.

En rédigeant la note sur ces documents qui, comme délégué pour les représentations pontificales, me furent confiés le 6 décembre 2006, j’écrivis à mes supérieurs, le cardinal Tarcisio Bertone et le substitut Leonardo Sandri, que les faits attribués à McCarrick par Littleton étaient d’une gravité et d’une infamie telles qu’ils provoquaient chez le lecteur stupeur, dégoût, profonde douleur et amertume, et qu’ils constituaient les crimes de subornation, de sollicitation de séminaristes et prêtres à des actes dégradants, répétés et accomplis simultanément avec plusieurs personnes, d’humiliation d’un jeune séminariste qui tentait de résister aux séductions de l’archevêque en présence de deux autres prêtres, d’absolution du complice des actes dégradants, de célébration sacrilège de l’Eucharistie avec ces mêmes prêtres après avoir commis de tels actes.

Dans cette note que je remis le même 6 décembre 2006 à mon supérieur direct, le substitut Leonardo Sandri, je proposai à mes supérieurs les considérations et les lignes d’action suivantes :

– compte tenu qu’aux nombreux scandales de l’Église des États-Unis il semblait qu’il allait s’en ajouter un de particulière gravité qui concernait un cardinal ;

– et que, du point de vue du droit, s’agissant d’un cardinal, sur le fondement du canon 1405, §1, n. 2°, « ipsius Romani Pontificis dumtaxat ius est iudicandi [le droit de juger appartient exclusivement au pontife romain lui-même] » ;

– je proposai qu’une mesure exemplaire fût prise à l’encontre du cardinal, susceptible d’avoir une fonction curative, en vue à la fois de prévenir de futurs sévices au détriment de victimes innocentes et d’apaiser le très grave scandale pour les fidèles, qui, malgré tout, continuaient d’aimer et de croire en l’Église.

J’ajoutai qu’il eût été salutaire que pour une fois l’autorité ecclésiastique intervînt avant l’autorité civile et, si possible, avant que le scandale n’éclatât dans la presse ; cela pouvait rendre un peu de dignité à une Église si éprouvée et si humiliée par tant de comportements abominables de la part de certains pasteurs. Dans ce cas, l’autorité civile n’aurait plus eu à juger un cardinal, mais un pasteur envers lequel l’Église aurait déjà pris les mesures appropriées pour l’empêcher, abusant de son autorité de cardinal, de continuer à détruire des victimes innocentes.

Cette note du 6 décembre 2006 fut retenue par mes supérieurs et il ne me revint jamais une quelconque décision de leur part à son sujet.

Ensuite, autour des 21-23 avril 2008, fut publié par Internet sur le site richardsipe.com le Statement for Pope Benedict XVI about the pattern of sexual abuse crisis in the United States [Rapport au pape Benoît XVI sur la nature de la crise des sévices sexuels aux États-Unis], de Richard Sipe. Il fut transmis le 24 avril au préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal William Levada, au cardinal secrétaire d’Etat Tarcisio Bertone, et il me fut transmis un mois après, le 24 mai 2008.

Le lendemain, je transmis mon rapport au nouveau substitut, Fernando Filoni, y compris mon rapport précédent du 6 décembre 2006. J’y faisais une synthèse du document de Richard Sipe, qui se terminait par cet appel respectueux et chaleureux au pape Benoît XVI : « I approach Your Holiness with due reverence, but with the same intensity that motivated Peter Damian to lay out before your predecessor, Pope Leo IX, a description of the condition of the clergy during this time. The problems he spoke of are similar and as great now in the United States as they were then in Rome. If Your Holiness requests, I will submit to you personally documentation of that about which I have spoken. [Je me présente devant votre Sainteté avec la révérence qui lui est due, mais avec la même énergie qui a poussé Pierre Damien[9] à faire à votre prédécesseur, le pape Léon IX[10], la description de l’état du clergé à cette époque. Les problèmes dont il parlait sont semblables et aussi grands aujourd’hui aux États-Unis qu’ils l’étaient alors à Rome. Si votre Sainteté le souhaite, je lui soumettrai personnellement la documentation sur ce que je lui ai exposé.] »

Je terminai mon rapport en répétant à mes supérieurs que je concluais qu’ils devaient intervenir en premier lieu en ôtant le chapeau de cardinal au cardinal McCarrick et qu’il fallait lui infliger les sanctions établies dans le code de droit canonique, lesquelles prévoyaient même la réduction à l’état laïc.

Mon second rapport ne revint jamais, lui non plus, au bureau du personnel, et grande fut ma déception à l’endroit de mes supérieurs du fait de l’absence inconcevable de toute mesure à l’encontre du cardinal et du manque persistant de toute communication à mon égard depuis mon premier rapport de décembre 2006.

Mais finalement j’ai su avec certitude, par le truchement du cardinal Giovanni Battista Re, alors préfet de la congrégation pour les évêques, que le Statement courageux et méritoire de Richard Sipe avait obtenu le résultat espéré. Le pape Benoît avait appliqué au cardinal McCarrick des sanctions similaires à celles qui lui ont été infligées aujourd’hui par le pape François : le cardinal devait quitter le séminaire où il habitait, il lui était interdit de célébrer en public, de participer à des réunions publiques, de donner des conférences, de voyager, et il avait l’obligation de se retirer dans une vie de prière et de pénitence.

Je ne sais pas quand le pape Benoît XVI a pris ces mesures à l’encontre de McCarrick, si c’est en 2009 ou 2010, car entre-temps j’avais été transféré à l’administration de l’État de la Cité du Vatican, de même qu’il ne m’a pas été donné de savoir qui était responsable de ce retard incroyable. Je ne crois pas du tout que ce fût le pape Benoît XVI, qui, comme cardinal, avait déjà dénoncé à maintes reprises la corruption répandue dans l’Église et qui, dans les premiers mois de son pontificat, s’était fermement opposé à l’admission dans les séminaires de jeunes gens à l’inclination homosexuelle invétérée. Je dirai que c’était dû à celui qui était alors le premier collaborateur du pape, le cardinal Tarcisio Bertone, notoirement favorable à la promotion d’homosexuels à des postes de responsabilité et habitué à filtrer les informations qu’il jugeait opportunes de transmettre au pape.

En tout cas, ce qui est sûr, c’est que le pape Benoît XVI a infligé les sanctions canoniques susmentionnées à McCarrick et que celles-ci lui furent communiquées par le nonce apostolique aux États-Unis, Mgr Pietro Sambi. Mgr Jean-François Lantheaume, alors premier conseiller à la nonciature de Washington et chargé d’affaires ad interim après la mort inattendue du nonce Sambi à Baltimore[11], me rapporta à mon arrivée à Washington – ce dont il est prêt à témoigner – un entretien orageux de plus d’une heure entre le nonce Sambi et le cardinal McCarrick, qu’il avait convoqué à la nonciature : « La voix du nonce, me dit Mgr Lantheaume, s’entendait jusque dans le couloir ».

Ces dispositions de Benoît XVI me furent ensuite également communiquées par le nouveau préfet de la congrégation pour les évêques, le cardinal Marc Ouellet, en novembre 2011, au cours d’une réunion avant mon départ pour Washington, parmi les instructions de la congrégation au nouveau nonce.

À mon tour, je les répétai au cardinal McCarrick lors de ma première rencontre avec lui à la nonciature. Le cardinal, bredouillant de façon à peine compréhensible, admit avoir pu commettre l’erreur de dormir dans le même lit que des séminaristes dans sa maison du bord de la mer, mais il me le dit comme si cela était sans importance.

Les fidèles se demandent avec insistance comment ses nominations à Washington et comme cardinal ont été possibles et ils ont pleinement le droit de savoir qui était au courant, qui a couvert ses graves méfaits. Il est donc de mon devoir d’en rendre compte pour autant que cela s’y rapporte, à commencer par la curie romaine.

Le cardinal Angelo Sodano fut secrétaire d’Etat jusqu’en septembre 2006 : toutes les informations lui parvenaient. En novembre 2000, le nonce Montalvo lui envoya son rapport lui transmettant la lettre suscitée du père Boniface Ramsey où étaient dénoncés les graves sévices commis par McCarrick.

Il convient de noter que Sodano continua de couvrir jusqu’au bout le scandale du père Maciel[12], en déplaçant à cet effet le nonce de la ville de Mexico, Justo Mellor, qui se refusait à se rendre complice de sa manœuvre de couverture de Maciel, et qu’il nomma à la place Sandri, alors nonce au Vénézuéla, et plutôt bien disposé à collaborer. Sodano n’a pas hésité non plus à faire faire un communiqué à la salle de presse du Vatican dans lequel il était faussement affirmé que le pape Benoît avait décidé que le cas de Maciel devait désormais être tenu pour clos. Benoît réagit, en dépit de la vigoureuse résistance de Sodano, et Maciel fut jugé coupable et condamné irrévocablement.

La nomination de McCarrick à Washington et comme cardinal fut-elle l’œuvre de Sodano, alors que Jean-Paul II était déjà gravement malade ? Il ne nous est pas donné de le savoir. Il est cependant permis de le penser, mais je ne crois pas qu’il fut le seul responsable. McCarrick venait souvent à Rome et il s’était fait des amis partout, à tous les niveaux de la curie. Si Sodano protégea Maciel, comme cela paraît certain, on ne voit pas pourquoi il ne l’aurait pas fait pour McCarrick, qui, selon beaucoup, avait aussi les moyens financiers d’influencer la décision[13]. Le cardinal Giovanni Battista Re, alors préfet de la congrégation pour les évêques, s’était plutôt opposé à sa nomination à Washington. Il y a à la nonciature de Washington un billet écrit de sa main où le cardinal se dissocie de ladite nomination et affirme que McCarrick était le quatorzième de la liste pour le poste de Washington.

Le rapport du nonce Sambi, avec toutes ses allégations, fut adressé au cardinal Tarcisio Bertone, en tant que secrétaire d’Etat, et mes deux rapports suscités du 6 décembre 2006 et du 25 mai 2008 lui furent probablement transmis. Comme je l’ai déjà souligné, le cardinal n’avait pas de scrupule à présenter avec insistance des candidats à l’épiscopat qui étaient notoirement des homosexuels actifs – je citerai seulement le cas remarquable de Vincenzo di Mauro, nommé archevêque-évêque de Vigevano, qui fut révoqué pour avoir séduit ses séminaristes – ni à filtrer et à manipuler l’information qu’il faisait parvenir au pape Benoît.

Le cardinal Pietro Parolin, actuel secrétaire d’Etat, s’est lui aussi rendu complice d’avoir couvert les méfaits de McCarrick, lequel, depuis l’élection du pape François, s’est vanté ouvertement de ses voyages et missions dans divers continents. En avril 2014, le Washington Times rendit compte en première page d’un voyage de McCarrick en République centrafricaine, qui plus est au nom du département d’Etat. Comme nonce à Washington, j’écrivis donc au cardinal Parolin pour lui demander si les sanctions prononcées à l’encontre de McCarrick par le pape Benoît étaient encore en vigueur. Ça va sans dire[14] que ma lettre n’obtint pas la moindre réponse !

On peut dire la même chose du cardinal William Levada, ex-préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, du cardinal Marc Ouellet, préfet de la congrégation pour les évêques, de Lorenzo Baldisseri, ex-secrétaire de la même congrégation pour les évêques, de l’archevêque Ilson de Jesus Montanari, actuel secrétaire de la même congrégation. Ceux-ci, en raison de leurs fonctions, étaient au courant des sanctions prononcées par le pape Benoît à l’encontre de McCarrick.

Les cardinaux Leonardo Sandri, Fernado Filoni et Angelo Becciu, en tant que substituts du secrétariat d’Etat, ont eu connaissance en gros et en détail de la situation du cardinal McCarrick.

Les cardinaux Giovanni Lajolo et Dominique Mamberti, qui, comme secrétaires aux relations avec les Etats, ont participé plus d’une fois par semaine aux réunions collégiales avec le secrétaire d’Etat, ne pouvaient pas non plus ne pas savoir.

En ce qui concerne la curie romaine, pour le moment je m’en tiendrai là, encore que les noms des autres prélats du Vatican soient bien connus, encore qu’ils soient très proches du pape François, comme le cardinal Francesco Coccopalmerio et l’archevêque Vincenzo Paglia, qui appartiennent au courant philo-homosexuel favorable à la subversion de la doctrine catholique sur l’homosexualité, courant déjà dénoncé à la fin de 1986 par le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, dans la Lettre aux évêques de l’Eglise catholique sur le traitement pastoral des personnes homosexuelles. Au même courant, quoique avec une idéologie différente, appartiennent aussi les cardinaux Edwin Frederick O’Brien et Renato Rafaele Martino. D’autres encore, appartenant à ce courant, habitent aussi dans la Domus Sanctae Marthae [résidence Sainte-Marthe[15]].

J’en viens maintenant aux États-Unis. De toute évidence, le premier à avoir été informé des mesures prises par le pape Benoît était le successeur de McCarrick au siège de Washington, le cardinal Donald Wuerl, dont la situation est maintenant tout à fait compromise par les révélations récentes sur son comportement lorsqu’il était évêque de Pittsburgh[16].

Il est absolument impensable que Mgr Sambi, personne hautement responsable, loyale, directe et franche, en bon Romagnol qu’il était, ne le lui ait pas dit. En tout cas, j’ai moi-même abordé à plusieurs reprises le sujet avec le cardinal Wuerl, et je n’eus aucunement besoin d’entrer dans les détails, car il me fut immédiatement évident qu’il en avait pleinement connaissance. Je me souviens ainsi, en particulier, avoir dû attirer son attention parce que j’avais remarqué que dans une publication de l’archidiocèse, sur la quatrième de couverture en couleur, était annoncée une invitation à rencontrer le cardinal McCarrick destinée aux jeunes gens qui pensaient avoir vocation au sacerdoce. Je téléphonai immédiatement au cardinal Wuerl, qui me manifesta son étonnement, me disant qu’il ne savait rien de cette annonce et qu’il annulerait la réunion. Alors qu’il répète aujourd’hui ne rien avoir su des sévices commis par McCarrick et des mesures prises par Benoît XVI, comment expliquer sa réponse ?

Ses déclarations récentes, dans lesquelles il affirme n’avoir rien su, bien qu’au début elles se réfèrent sournoisement aux réparations obtenues par deux victimes, sont absolument ridicules. Le cardinal ment effrontément et de surcroît pousse au mensonge son propre chancelier, Mgr Antonicelli.

Du reste, le cardinal Wuerl avait déjà clairement menti en une autre occasion. A la suite d’un événement moralement inacceptable autorisé par l’autorité académique de la Georgetown University [université de Georgetown][17], j’avais appelé l’attention de son président, le docteur John DeGioia, en lui envoyant deux lettres successives. Avant de les transmettre au destinataire, par courtoisie, j’en avais adressé personnellement copie au cardinal avec une lettre d’accompagnement. Le cardinal me dit qu’il n’était pas au courant. Il se garda bien cependant d’accuser réception de mes deux lettres, contrairement à ce qu’il faisait ponctuellement d’habitude. J’ai appris ensuite que ledit événement à la Georgetown avait lieu depuis sept ans. Mais le cardinal ne le savait pas !

En outre, le cardinal Wuerl, bien au courant des sévices commis continuellement par le cardinal McCarrick et des sanctions prononcées par le pape Benoît, a transgressé l’ordre du pape en permettant à McCarrick de loger dans un séminaire à Washington D.C[18]. Il a mis ainsi en danger d’autres séminaristes.

Mgr Paul Bootkoski, évêque émérite de Metuchen [premier diocèse de Mgr McCarrick], et Mgr John Myers, archevêque émérite de Newark, ont couvert les sévices commis par McCarrick dans leurs diocèses respectifs et ont indemnisé deux de ses victimes. Ils ne peuvent pas le nier et doivent être interrogés pour qu’ils révèlent toutes les circonstances et les responsabilités à cet égard.

Le cardinal Kevin Farrell[19], récemment interrogé par les media, a lui aussi affirmé qu’il n’avait pas eu la moindre idée des sévices commis par McCarrick. Compte tenu des années passées par Farrell à Washington, à Dallas et maintenant à Rome, je crois que personne ne peut honnêtement le croire. Je ne sais pas s’il lui a jamais été demandé s’il était au courant des crimes de Maciel. S’il devait le nier, qui pourrait le croire, attendu qu’il a occupé des postes de responsabilité comme membre des Légionnaires du Christ ?

Du cardinal Sean O’Malley[20], je me bornerai à dire que ses dernières déclarations sur le cas de McCarrick sont déconcertantes ; elles ont en effet entièrement mis en cause sa sincérité et sa crédibilité.

***

Ma conscience m’oblige maintenant à révéler des faits que j’ai vécus à la première personne, s’agissant du pape François, qui ont une dimension dramatique et qu’en tant qu’évêque partageant la responsabilité collégiale de tous les évêques envers l’Église universelle il ne m’est pas permis de taire et que je me déclare ici prêt à confirmer sous serment en appelant Dieu comme témoin.

Dans les derniers mois de son pontificat, le pape Benoît XVI avait convoqué une réunion de tous les nonces apostoliques à Rome, comme l’avaient déjà fait à plusieurs reprises Paul VI et saint Jean-Paul II. La date fixée pour l’audience avec le pape était le vendredi 21 juin 2013. Le pape François maintint cet engagement pris par son prédécesseur. Naturellement, je vins moi aussi à Rome, de Washington. C’était ma première rencontre avec le pape nouvellement élu, seulement trois mois auparavant, après la renonciation de Benoît XVI[21].

Dans la matinée du jeudi 20 juin 2013, je me rendis à la Domus Sanctae Marthae pour rejoindre mes collègues qui y étaient logés. À peine entré dans la salle, je rencontrai le cardinal McCarrick, qui portait la soutane filetée. Je le saluai avec respect comme j’avais toujours fait. Il me dit immédiatement, d’un ton entre l’ambigu et le triomphant : « Le pape m’a reçu hier, demain je pars pour la Chine. »

Je ne savais rien à l’époque de sa longue amitié avec le cardinal Bergoglio ni de la part cruciale qu’il avait eue dans sa récente élection, comme McCarrick lui-même l’a révélé plus tard lors d’une conférence à la Villanova University [université de Villanova] et dans un entretien avec le Catholic National Reporter, et je n’avais jamais pensé au fait qu’il avait participé aux réunions préparatoires du récent conclave ni au rôle qu’il avait pu avoir comme électeur dans celui de 2005[22]. Je n’ai pas immédiatement compris la signification du message crypté qu’il m’avait adressé, mais celle-ci me devint évidente les jours suivants.

Le lendemain eut lieu l’audience avec le pape François. Après le discours, en partie lu et en partie improvisé, le pape voulut saluer un à un tous les nonces. Nous étions en file indienne et je me souviens que je me trouvais parmi les derniers. Quand ce fut mon tour, à peine avais-je eu le temps de lui dire : « Je suis le nonce des États-Unis », qu’il me dit sans préambule et sur un ton de reproche : « Les évêques des États-Unis ne devraient pas être idéologisés ! Ils doivent être des pasteurs ! » Naturellement, je n’étais pas en position de lui demander des explications sur le sens de ses paroles ni sur la manière agressive dont il m’avait apostrophé. J’avais en main un livre en portugais que le cardinal O’Malley m’avait remis pour le pape quelques jours avant en me disant : « Il va ainsi pouvoir réviser son portugais avant d’aller à Rio pour la journée mondiale de la jeunesse ». Je le lui remis aussitôt de manière à me libérer de cette situation extrêmement déconcertante et embarrassante.

A la fin de l’audience, le pape annonça : « Ceux d’entre vous qui seront encore à Rome dimanche prochain sont invités à concélébrer avec moi à la Domus Sanctae Marthae. » J’ai bien entendu décidé de rester pour éclaircir cette première chose que le pape avait voulu me dire.

Le dimanche 23 juin, avant la concélébration avec le pape, j’ai demandé à Mgr Ricca, qui, comme responsable de la résidence, nous avait aidés à mettre les habits, s’il pouvait demander au pape s’il pouvait me recevoir dans le courant de la semaine suivante. Comment pouvais-je rentrer à Washington sans avoir éclairci ce que le pape attendait de moi ? A la fin de la messe, tandis que le pape saluait les quelques laïcs présents, Mgr Fabián Pedacchio, son secrétaire argentin, vint vers moi pour me dire : « Le pape m’a dit de vous demander si vous étiez libre maintenant. » Je lui répondis bien sûr que j’étais à la disposition du pape et que je remerciai celui-ci de me recevoir immédiatement. Le pape me conduisit au premier étage de son appartement et me dit : « Nous avons 40 minutes avant l’angélus. »

J’ouvris la conversation en demandant au pape ce qu’il avait voulu dire par les mots qu’il m’avait adressés lorsque je l’avais salué le vendredi précédent. Et le pape, d’un ton très différent, amical, presque affectueux, me dit : « Oui, les évêques des États-Unis ne doivent pas être idéologisés, ils ne doivent pas être de droite comme l’archevêque de Philadelphie (le pape ne me cita pas le nom de l’archevêque[23]), ils doivent être des pasteurs ; et ils ne doivent pas être de gauche et, ajouta-t-il en levant les bras, quand je dis de gauche, je veux dire homosexuels. » Naturellement, la logique de la corrélation entre être de gauche et être homosexuel m’avait échappé, mais je n’ajoutai rien.

Immédiatement après, le pape me demanda, sur un ton insistant : « Le cardinal McCarrick, comment est-il ? » Je lui répondis franchement et, si vous voulez, avec une certaine ingénuité : « Saint-Père, je ne sais pas si vous connaissez le cardinal McCarrick, mais si vous demandez à la congrégation pour les évêques, il y a un gros dossier sur lui. Il a corrompu des générations de séminaristes et de prêtres et le pape Benoît XVI lui a imposé de se retirer dans une vie de prière et de pénitence. » En dépit de la gravité de mes propos, le pape ne fit pas le moindre commentaire et ne montra sur le visage aucune expression de surprise, comme si la chose lui était déjà connue depuis longtemps ; et il changea immédiatement de sujet. Mais alors, dans quel but le pape m’avait-il posé cette question : « Le cardinal McCarrick, comment est-il ? » Evidemment, il voulait savoir si j’étais ou non l’allié de McCarrick.

Une fois rentré à Washington, tout me devint plus clair, grâce encore à un nouveau fait qui se produisit peu de jours après ma rencontre avec le pape François. J’envoyai le premier conseiller, Mgr Jean-François Lantheaume, à la prise de possession du diocèse d’El Paso par le nouvel évêque, Mark Seitz, le 9 juillet 2013, tandis que j’allai le même jour à Dallas pour une rencontre internationale de bioéthique. A son retour, Mgr Lantheaume me rapporta qu’il avait rencontré à El Paso le cardinal McCarrick, lequel, le prenant à part, lui avait dit pratiquement les mêmes mots que ceux que le pape m’avait dits à Rome : « Les évêques des États-Unis ne doivent pas être idéologisés, ils ne doivent pas être de droite, ils doivent être des pasteurs. » Je suis resté abasourdi ! Il était donc clair que le mot de reproche que le pape François m’avait adressé ce 21 juin 2013 lui avait été mis sur la langue par le cardinal McCarrick la veille. La remarque du pape « pas comme l’archevêque de Philadelphie » conduisait elle aussi à McCarrick parce qu’il y avait eu entre les deux évêques une vive controverse au sujet de l’admission à la communion des hommes politiques favorables à l’avortement. McCarrick avait trafiqué dans sa communication aux évêques une lettre de celui qui était alors le cardinal Ratzinger, laquelle interdisait de leur donner la communion. De plus, j’étais au courant du fait que certains cardinaux comme Mahony, Levada et Wuerl, qui étaient étroitement liés à McCarrick, s’étaient opposés aux nominations les plus récentes effectuées par le pape Benoît pour des sièges importants comme Philadelphie, Baltimore, Denver et San Francisco.

Non content du piège qu’il m’avait tendu le 23 juin 2013 en m’interrogeant sur McCarrick, à peine quelques mois plus tard, à l’audience qu’il m’accorda le 10 octobre 2013, le pape François m’en tendit un second, cette fois à propos de son second protégé, le cardinal Donald Wuerl. Il me demanda : « Le cardinal Wuerl, comment est-il, bon ou mauvais ? » « Saint Père, lui répondis-je, je ne vous dirai pas s’il est bon ou mauvais, mais je vous rapporterai les faits. » Ce sont ceux que j’ai déjà soulignés ci-dessus, en ce qui concerne la négligence pastorale de Wuerl pour les déviations aberrantes à la Georgetown University et l’invitation faite par l’archidiocèse de Washington à des jeunes gens aspirant au sacerdoce à rencontrer McCarrick ! Cette seconde fois, le pape ne montra non plus aucune réaction.

Il devint ensuite évident qu’après l’élection du pape François, McCarrick, désormais dégagé de toute entrave, se sentait libre de voyager sans cesse, de donner des conférences et des entretiens[24] . Dans un jeu d’équipe avec le cardinal Maradiaga, il était devenu le kingmaker [faiseur de roi] pour les nominations à la curie et aux États-Unis et le conseiller le plus écouté au Vatican pour les relations avec le gouvernement Obama. Cela explique le remplacement du cardinal Burke par le cardinal Wuerl comme membre de la congrégation pour les évêques et la nomination immédiate de Cupich au sein de cette même congrégation à peine fut-il fait cardinal. Avec ces nominations, la nonciature de Washington était mise hors jeu pour la nomination des évêques. De surcroît, le pape nomma le Brésilien Ilson de Jesus Montanari – grand ami de son secrétaire privé argentin, Fabián Pedacchio – secrétaire de cette même congrégation pour les évêques et secrétaire du collège des cardinaux, promotion directe d’un simple collaborateur de ce dicastère comme archevêque-secrétaire. Du jamais vu pour un poste si important !

Les nominations de Blase Cupich à Chicago et de William Tobin à Newark ont été orchestrées par McCarrick, Maradiaga et Wuerl, unis par un pacte infâme où les turpitudes du premier servaient de couverture aux turpitudes des deux autres. Ni le nom de Cupich ni celui de Tobin ne figurait parmi ceux présentés par la nonciature pour Chicago et Newark.

L’arrogance ostentatoire et l’effronterie de Cupich pour nier ce qui est désormais évident pour tous ne peut échapper : à savoir que 80% des sévices connus ont été commis au détriment de jeunes adultes par des homosexuels qui avaient un rapport d’autorité avec leurs victimes.

Dans le discours qu’il fit à la presse lors de la prise de possession du siège de Chicago, où j’étais présent comme représentant du pape, Cupich dit, comme un trait d’esprit, qu’il ne fallait pas attendre du nouvel archevêque qu’il marchât sur les eaux. On pourrait s’en accommoder s’il pouvait garder les pieds sur terre, au lieu de tenter de subvertir la réalité, aveuglé par son idéologie pro-gay [pro-homosexuelle], comme il l’ a affirmé dans un entretien récent à la revue America. Se targuant de sa compétence particulière en la matière pour avoir été président du Committee on Protection of Children and Young People [Comité pour la protection des enfants et des jeunes gens] de la USCCB [United States Conference of Catholic Bishops, Conférence des évêques catholiques des États-Unis], il affirma que le problème principal dans la crise des sévices sexuels commis par des clercs n’était pas l’homosexualité, laquelle, selon lui, n’était qu’un moyen de détourner l’attention du véritable problème, qui était le cléricalisme. Pour étayer sa thèse, Cupich a fait « étrangement » référence aux résultats d’une recherche faite au sommet de la crise des sévices sexuels sur des mineurs au début des années 2000, tout en ignorant « innocemment » que les résultats de cette enquête furent totalement démentis par les rapports indépendants successifs du John Jay College of Crimininal Justice [Collège John Jay de justice pénale] de 2004 et de 2011, qui concluaient que dans les cas de sévices sexuels 81% des victimes étaient masculines. De fait, le père Hans Zollner, S.J., vice-recteur de l’université pontificale grégorienne, président du Centre for Child Protection [Centre pour la protection de l’enfance], membre de la commission pontificale pour la protection des mineurs, a déclaré récemment au journal La Stampa : « Dans la majorité des cas, il s’agit de sévices homosexuels ».

De même, la nomination postérieure de McElroy à San Diego fut pilotée d’en haut par un ordre péremptoire crypté que je reçus du cardinal Parolin en tant que nonce. « Réservez le siège de San Diego à McElroy. » McElroy était lui aussi bien au courant des sévices commis par McCarrick en raison de la lettre que lui avait envoyée Richard Sipe le 28 juillet 2016.

A ces personnages sont liés étroitement des individus appartenant notamment à l’aile dévoyée de la Compagnie de Jésus, malheureusement majoritaire aujourd’hui, qui était déjà un sujet de grave préoccupation pour Paul VI[25] et pour les pontifes suivants. Il suffit de penser au père Robert Drinan, S.J.[26], élu quatre fois à la chambre des représentants, soutien acharné de l’avortement, ou au père Vincent O’Keefe, S.J., un des principaux promoteurs du document The Land O’ Lakes Statement [Déclaration de Land O’ Lakes][27] de 1967, qui a gravement compromis l’identité catholique des universités et des établissements supérieurs des États-Unis. Il est à noter que là encore McCarrick, alors président de l’université catholique de Porto-Rico, a participé à cette entreprise infâme, si délétère pour la formation de la conscience de la jeunesse américaine, étroitement associé qu’il était à cette aile dévoyée des jésuites.

Le père James Martin, S.J., dont les personnages susmentionnés font l’éloge, en particulier Cupich, Tobin, Farrell et McElroy, nommé conseiller du dicastère pour la communication, activiste notoire qui promeut le programme LGBT[28], choisi pour corrompre les jeunes qui doivent se recueillir prochainement à Dublin pour la rencontre mondiale des familles, n’est qu’un triste exemple récent de cette aile dévoyée de la Compagnie de Jésus.

Le pape François a demandé à plusieurs reprises une transparence totale dans l’Église et que les évêques et les fidèles agissent avec parresia [franchise]. Les fidèles du monde entier lui demandent également d’en faire preuve de manière exemplaire. Qu’il dise depuis quand il est au courant des crimes commis par McCarrick, qui abusait de son autorité sur les séminaristes et les prêtres !

En tout cas, le pape l’a su de moi le 23 juin 2013 et il a continué à le protéger, n’a pas tenu compte des sanctions que le pape Benoît lui avait infligées et en a fait, avec Maradiaga, son fidèle conseiller.

Ce dernier se sent si assuré de la protection du pape qu’il peut mépriser comme des « ragots » les appels sincères de dizaines de ses séminaristes, qui ont trouvé le courage  de lui écrire après qu’un des leurs eut tenté de se suicider en raison de sévices sexuels commis dans le séminaire.

Désormais, les fidèles ont bien compris la stratégie de Maradiaga : insulter les victimes pour se sauver lui-même, mentir à outrance pour couvrir un abîme d’abus de pouvoir, de mauvaise gestion dans l’administration des biens de l’Eglise, de désastres financiers aux dépens même de ses amis intimes, comme dans le cas de l’ambassadeur du Honduras Alejandro Valladares, qui fut doyen du corps diplomatique auprès du Saint-Siège.

Dans le cas de l’ancien évêque auxiliaire Juan José Pineda, à la suite de l’article paru dans l’hebdomadaire L’Express en février dernier, Maradiaga a déclaré au journal Avvenire : « C’était à mon évêque auxiliaire Pineda de demander rectification, en vue de “nettoyer” sa réputation après toutes les calomnies dont il avait été l’objet. » Aujourd’hui, tout ce que l’on a rendu public sur Pineda, c’est que sa démission avait été acceptée, faisant ainsi litière de son éventuelle responsabilité, comme de celle de Maradiaga[29].

Au nom de la transparence tant proclamée par le pape, il faut publier le rapport que l’inspecteur, l’évêque argentin Alcides Casaretto, a transmis depuis plus d’un an directement au pape et seulement à lui.

Enfin, la récente nomination de l’archevêque Edgar Peña Parra comme substitut a un lien avec le Honduras, c’est-à-dire avec Maradiaga. De fait, Peña Parra a été en service de 2003 à 2007 à la nonciature de Tegucigalpa en qualité de conseiller. Comme délégué pour les représentations pontificales, j’avais reçu des informations préoccupantes à son sujet.

Un scandale énorme comme celui du Chili est prêt à se répéter au Honduras. Le pape défend à outrance son homme de confiance, le cardinal Rodriguez Maradiaga, comme il l’a fait au Chili pour l’évêque Juan de la Cruz Barros – qu’il avait lui-même nommé évêque d’Osorno contre l’avis des évêques chiliens. Dans un premier temps, il a insulté les victimes des sévices, puis, quand il y a été forcé par le tollé des media, la révolte des victimes et des fidèles chiliens, il a reconnu son erreur et présenté des excuses, tout en expliquant avoir été mal informé, créant une situation désastreuse pour l’Église du Chili, mais continuant à protéger les deux cardinaux Errázuriz et Ezzati.

Dans la triste histoire de McCarrick aussi, le comportement du pape François n’est pas différent. Il savait au moins depuis le 23 juin 2013 que McCarrick était un prédateur en série. Tout en sachant qu’il s’agissait d’un homme corrompu, il l’a protégé jusqu’au bout, faisant siens ses conseils, que l’on imagine difficilement animés de saines intentions et d’amour pour l’Église. Et c’est seulement quand il y a été contraint par la plainte d’une victime mineure, et toujours en fonction de l’approbation des media, qu’il a pris des mesures contre celui-ci afin de sauver son image médiatique.

Il y a aujourd’hui aux États-Unis un chœur qui enfle, composé surtout de fidèles laïcs, mais auxquels se sont joints récemment des évêques et des prêtres, qui demande à tous ceux qui ont couvert par leur silence le comportement criminel de McCarrick – ou qui l’ont utilisé pour faire carrière et promouvoir leurs projets, leurs ambitions et leur pouvoir dans l’Église – de se démettre.

Toutefois, cela ne suffira pas à assainir la situation issue des très graves comportements immoraux du clergé, des évêques et des prêtres. Il faut proclamer un temps de conversion et de pénitence. La vertu de chasteté doit être restaurée dans le clergé et dans les séminaires. Il faut lutter contre la corruption qui résulte de l’emploi incorrect des ressources de l’Église et des offrandes des fidèles. La gravité du comportement homosexuel doit être dénoncée. Il faut éradiquer les réseaux d’homosexuels existant dans l’Église, comme l’a écrit récemment Janet Smith, professeur de théologie morale au Sacred Heart Major Seminary [grand séminaire du Sacré-Cœur] de Détroit. « Le problème des sévices sexuels du clergé, écrivait-elle, ne peut pas se résoudre simplement par la démission de certains évêques et encore moins par de nouvelles directives bureaucratiques. Le cœur du problème réside dans les réseaux homosexuels du clergé, qui doivent être éradiqués. » Ces réseaux d’homosexuels, désormais répandus dans de nombreux diocèses, séminaires, ordres religieux, etc., agissent sous le couvert du secret et du mensonge avec la puissance des tentacules d’une pieuvre, écrasent les victimes innocentes, les vocations sacerdotales, et étranglent toute l’Église.

J’implore tous, en particulier les évêques, de briser le silence pour vaincre cette culture de l’omertà généralisée, de dénoncer aux media et aux autorités civiles les cas de sévices dont ils ont connaissance.

Ecoutons le message le plus fort que nous a laissé en héritage saint Jean-Paul II : n’ayez pas peur ! N’ayez pas peur !

Le pape Benoît, dans l’homélie de l’Epiphanie de 2018, nous a rappelé que le dessein de salut du Père s’était pleinement révélé et réalisé dans le mystère de la mort et de la résurrection du Christ, mais qu’il fallait accepter l’histoire humaine, qui reste toujours l’histoire de la fidélité de la part de Dieu et malheureusement aussi de l’infidélité de la part de nous les hommes. L’Église, dépositaire de la bénédiction de la Nouvelle Alliance, signée dans le sang de l’Agneau, est sainte, mais composée de pécheurs, comme l’écrivait saint Ambroise : l’Église est « immaculata ex maculatis » [sans souillure, faite avec des êtres souillés], elle est sainte et sans tache tout en étant composée dans son parcours terrestre d’hommes souillés par le péché.

Je veux rappeler cette vérité sans faille de la sainteté de l’Église à tous ceux qui ont été si profondément scandalisés par le comportement abominable et sacrilège de l’ancien archevêque de Washington, Theodore McCarrick, par la conduite grave, déconcertante et pécheresse du pape François et par le silence de tant de pasteurs, qu’ils sont tentés de quitter l’Église défigurée par tant d’ignominies.

Le pape François, le dimanche 12 août 2018, prononça ces mots lors de l’angélus : « Chacun est coupable du bien qu’il pouvait faire et qu’il n’a pas fait… Si nous ne nous opposons pas au mal, nous l’alimentons de façon tacite. Il est nécessaire d’intervenir là où le mal se diffuse parce que le mal se diffuse là où il manque des chrétiens audacieux qui s’y opposent par le bien. » Si cela doit être considéré à juste titre comme une responsabilité morale sérieuse pour chaque fidèle, combien plus cela l’est-il pour le pasteur suprême de l’Église qui, dans le cas de McCarrick, non seulement ne s’est pas opposé au mal, mais s’est associé à celui qu’il savait être profondément corrompu, a suivi les conseils de celui qu’il savait être un pervers, multipliant ainsi de manière exponentielle par son autorité suprême le mal commis par McCarrick ! Et combien d’autres mauvais pasteurs François continue-t-il de soutenir dans leur action de destruction de l’Église !

François est en train d’abdiquer le mandat que le Christ a donné à Pierre de confirmer ses frères. Au contraire, par son action, il les a divisés, il les induit en erreur et encourage les loups à continuer de déchirer les brebis du troupeau du Christ.

En ce moment extrêmement dramatique pour l’Église universelle, il convient que le pape François reconnaisse ses erreurs et, conformément au principe revendiqué de tolérance zéro, soit le premier à donner le bon exemple aux cardinaux et aux évêques qui ont couvert les sévices de McCarrick et se démette en même temps qu’eux tous.[30]

Malgré le désarroi et la tristesse due à l’énormité de ce qui est arrivé, nous ne perdons pas l’espérance ! Nous savons bien que la grande majorité de nos pasteurs vivent avec fidélité et dévouement leur vocation sacerdotale.

C’est dans les moments de grande tribulation que la grâce du Seigneur se révèle surabondante et met sa miséricorde sans limites à la disposition de tous. Mais elle n’est accordée qu’à ceux qui se repentent vraiment et ont le propos sincère de s’amender. Le moment est venu pour l’Église de confesser ses péchés, de se convertir et de faire pénitence.

Prions tous pour l’Église et pour le pape, rappelons-nous combien de fois il nous a demandé de prier pour lui !
Renouvelons tous notre foi dans l’Église notre mère : « Je crois en l’Église, une, sainte, catholique et apostolique ! »
Le Christ n’abandonnera jamais son Église ! Il l’a engendrée dans Son Sang et la ranime continuellement par Son Esprit !
Marie, Mère de l’Église, priez pour nous !
Vierge Marie Reine, Mère du Roi de gloire, priez pour nous !

Rome, le 22 août 2018
en la fête de la Bienheureuse Vierge Marie Reine

[1] Traduction intégrale du texte original en italien daté du 22 août 2018, publié le 25 août. La présente traduction complète et corrige la traduction partielle, et parfois euphémistique, publiée par L’Homme nouveau le 26 août 2018 (ces “morceaux choisis” représentaient la moitié du texte). Toutes les notes, ainsi que les passages entre crochets, ont été ajoutées à la traduction. Celle-ci est aussi fidèle que possible, mais nous nous sommes permis de mettre en gras certains passages de ce texte historique qui nous ont paru essentiels, bien qu’ils ne le fussent pas dans l’original.

Archevêque titulaire d’Ulpiana depuis 1992, Mgr Viganò est donc archevêque in partibus, c’est-à-dire sans fonction territoriale, puisque le diocèse de la ville antique d’Ulpiana, située dans le Kossovo actuel, n’existe plus.

[2] Le nonce apostolique, ou absolument le nonce, est l’ambassadeur de l’Etat du Vatican auprès d’un Etat étranger.

[3] La curie romaine, ou absolument la curie, désigne l’ensemble des administrations pontificales sises à Rome qui assurent le gouvernement de l’Eglise catholique sous l’autorité du pape.

[4] Jean-Paul II fut pape de 1978 à 2005.

[5]  Le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, fut élu pape en 2005 et pris le nom de Benoît XVI. Il renonça à sa charge en 2013.

[6] Le secrétaire d’Etat est le plus haut responsable de la curie romaine et le principal collaborateur du pape dans le gouvernement de l’Eglise.

[7] Faut-il s’interroger sur les circonstances de leur mort ? Mgr Viganò ne le précise pas.

[8] O.P. pour Ordo Prædicatorum, Ordre des prêcheurs : désigne un dominicain.

[9] Saint Pierre Damien (1007-1072), docteur de l’Eglise, auteur du Livre de Gomorrhe (1051), où il demandait que les prêtres homosexuels fussent chassés de l’Église. Selon Jean-Louis Harouel, une “camarilla homosexuelle régnait sur certaines parties importantes de l’Eglise de France aux XIe et XIIe siècles” (Droite-gauche, ce n’est pas fini, Desclée de Brouwer, 2017, page 107).

[10] Saint Léon IX, pape de 1048 à 1054.

[11] Voir note 7 ci-dessus.

[12] Le père Marcial Maciel Degollado (1920-2008), prêtre mexicain, fondateur des Légionnaires du Christ, avait une vie incroyablement scandaleuse : alcoolisme, drogue, pédophilie, subornation de séminaristes, liaison avec une femme dont il eut un enfant, double vie avec fausse identité, gestion malhonnête de biens mal acquis, et il avait si peu la foi qu’il refusa l’extrême onction sur son lit de mort. Il était proche du pape Jean-Paul II, qui l’a toujours protégé, et ce n’est qu’en 2006, sous le pontificat de Benoît XVI, qu’il dut se retirer de la vie publique, tout en échappant à un procès canonique.

[13] Mgr Viganò laisse ici entendre que certains membres de la curie étaient corrompus et que McCarrick aurait pu leur donner des pots-de-vin.

[14] En français dans le texte.

[15] C’est à la résidence Sainte-Marthe, située au Vatican, que sont logés les visiteurs du Saint-Siège. Le pape François a délaissé les appartement pontificaux pour s’y installer.

[16] En août 2018, le cardinal Donald Wuerl a été accusé par un grand jury de Pennsylvanie d’avoir couvert des centaines d’actes pédophiles commis par des prêtres de son diocèse alors qu’il était évêque de Pittsburgh, entre 1988 et 2006.

[17] L’université de Georgetown est une université catholique créée par les jésuites et située à Washington.

[18] D.C. pour District of Columbia, district de Columbia. Washington D.C. est la capitale fédérale des États-Unis d’Amérique. On précise “D.C.” pour éviter la confusion avec l’Etat de Washington.

[19] “Le cardinal Kevin Farrell est aujourd’hui à la tête du dicastère romain pour les familles, les laïcs et la vie. C’est lui qui a invité le jésuite James Martin, militant homosexuel, à témoigner lors de la rencontre mondiale des familles à Dublin en cette fin de semaine [25 et 26 août 2018]. Mgr Farrell a été l’un des évêques auxiliaires de Mgr McCarrick à Washington de 2001 à 2006…” (note de L’Homme nouveau). [Un dicastère est une subdivision de la curie romaine.] Voir page 13.

[20] Il fait partie du conseil des cardinaux créé par le pape François, le “C9″, qui constitue sa “garde rapprochée” et qui comprend aujourd’hui (30 septembre 2018) neuf membres : Giuseppe Bertello, Francisco Javier Errázuriz Ossa, Oswald Gracias, Reinhard Marx, Laurent Monsengwo Pasinya, Sean O’Malley, George Pell, Óscar Andrés Rodríguez Maradiaga, Pietro Parolin. Le cardinal Pell est accusé par la justice australienne d’avoir commis des actes pédophiles et d’avoir protégé des prêtres pédophiles. Les cardinaux Errázuriz, O’Malley, Maradiaga et Parolin sont cités ici par Mgr Viganò.

[21] Le cardinal argentin Jorge Mario Bergoglio, archevêque de Buenos-Aires, a été élu pape le 13 mars 2013 et a pris le nom de François.

[22] Benoît XVI a été élu pape le 19 avril 2005.

[23] Il s’agit de Charles Chaput, archevêque de Philadelphie depuis 2011.

[24] “Voir un article du National Catholic Reporter du 21 juin 2014 expliquant qu’à 84 ans le cardinal globetrotter [grand voyageur] Mc Carrick travaille plus dur que jamais…” (note de L’Homme nouveau).

[25] Paul VI fut pape de 1963 à 1978.

[26] S.J., pour Societas Jesu, Compagnie de Jésus : désigne un jésuite.

[27] Village de l’Etat du Wisconsin aux États-Unis.

[28] Lesbiennes, gays (homosexuels masculins), bisexuels et transgenres.

[29] Communiqué du Vatican le 20 juillet 2018. Mgr Juan José Pineda Fasquelle, évêque auxiliaire de Tegucigalpa (Honduras), proche collaborateur du cardinal Óscar Andrés Rodríguez Maradiaga, archevêque de Tegucigalpa, a été accusé d’avoir tenté de suborner des séminaristes.

[30] Dans une lettre publiée en anglais sur le site LifeSiteNews le 27 septembre 2018 et postdatée du 29 septembre, Mgr Viganò confirme ses accusations, un mois après son témoignage, en déplorant que le pape n’ait pas voulu y répondre, mais qu’il ait pris le parti de le calomnier, et en rappelant les fautes déjà commises par le futur pape François alors qu’il était archevêque de Buenos-Aires :

De plus, la protection accordée à McCarrick par le pape ne fut manifestement pas une erreur isolée. De nombreux autres cas exposés récemment dans la presse montrent que le pape François avait défendu des clercs homosexuels qui avaient commis de graves sévices sexuels sur des mineurs ou des adultes. Cela concerne notamment son rôle dans l’affaire du père Julio Grassi de Buenos-Aires, la réintégration du père Mauro Inzoli après que le pape Benoît l’eut révoqué du ministère (jusqu’à ce que ce prêtre allât en prison, à la suite de quoi le pape François le réduisit à l’état laïc) et l’arrêt de l’enquête sur les allégations de sévices sexuels portées contre le cardinal Cormac Murphy O’Connor.

 

Hitler était socialiste

Hitler était socialiste

 

L’homme politique allemand Adolphe Hitler (1889-1945), né autrichien, était socialiste. Il était le chef du NSDAP, parti socialiste-national des ouvriers allemands (“National-Sozialistische Deutsche Arbeiterpartei”). Il faut traduire national-sozialistische par “socialiste-national” et non par “national-socialiste” comme on le fait presque toujours à tort, puisque l’ordre des mots n’est pas le même en français qu’en allemand. Ainsi, Hitler et son parti étaient socialistes avant d’être “nationaux” ou nationalistes.
“Nazi” est une abréviation péjorative forgée par les adversaires de Hitler et rejetée par ses partisans pour NAtional-SoZIalistische. (On a eu l’astuce de prendre la deuxième syllabe du second mot, “zi”, et non la première, “so”, comme il eût été normal, parce que “naso” aurait été trop transparent et que l’on aurait deviné sozialistische ou socialiste dans cette abréviation…). L’usage quasi exclusif du mot “nazi” sert à dissimuler la nature socialiste du régime hitlérien ; il relève de la désinformation et de la propagande.
Hitler déclara en 1934 : “Le socialisme-national emprunte le socialisme vital et créateur aux enseignements du marxisme.” Socialiste, Hitler n’était évidemment pas de droite, encore moins d’extrême droite ! Hitler était un homme de gauche.

Socialiste, le mouvement hitlérien était aussi par là-même égalitariste, étatiste, collectiviste et révolutionnaire.
Socialiste, il a fait une politique de dépenses publiques et de redistribution des revenus.
Egalitariste, il a sapé les hiérarchies traditionnelles afin de réaliser une “société sans classes” où tous les Allemands devaient devenir des “camarades”.
Etatiste, il a établi une économie dirigée où la liberté d’entreprise avait disparu.
Collectiviste, il a aboli les libertés fondamentales et embrigadé la jeunesse.
Révolutionnaire, il s’est attaqué à la famille, à la religion et à la tradition. Il ne se référait à la tradition indo-européenne (autrement dit arya ou aryenne), sous le signe du svastika ou croix gammée, que pour rejeter la tradition chrétienne de l’Allemagne et de l’Occident.
Comme celle de Marx, l’idéologie de Hitler était un messianisme millénariste qui voulait construire une société parfaite (le “Reich de mille ans”) sur les ruines de l’ancienne.

Le régime hitlérien est dit “totalitaire”. Au même titre que “nazi”, le mot est employé pour dissimuler le fait qu’il était socialiste et collectiviste. La notion de totalitarisme avait été conçue à l’origine par le philosophe italien Gentile pour qualifier la société selon lui idéale que l’Etat aurait investie en totalité, en sorte que l’individu n’aurait plus existé que par et pour l’Etat. Mussolini l’avait adoptée pour faire l’apologie du régime fasciste, qui devait réaliser l’idéal totalitaire. En réalité, le concept était inutile, puisque le prétendu “totalitarisme” n’était jamais que le socialisme ou collectivisme porté au plus haut degré. Il a pourtant fait florès quand Hannah Arendt l’a repris en mauvaise part après la guerre pour regrouper dans une même catégorie cauchemardesque l’URSS et l’Allemagne hitlérienne tout en escamotant le fait central qu’elles partageaient une même idéologie socialiste.
C’est bien parce qu’elle était socialiste et collectiviste que l’Allemagne hitlérienne ressemblait tant à l’URSS, Union des républiques socialistes soviétiques, au point d’en être structurellement homologue. Certes, le régime hitlérien n’était pas communiste : il n’avait pas aboli la propriété privée des moyens de production. Il était cependant calqué sur celui de l’URSS, qu’il avait pris pour modèle et dont il avait reproduit les grands traits : toute-puissance de l’Etat, dictature du parti unique, conditionnement des masses par la propagande d’Etat, culte du Guide : Hitler en Allemagne (le Führer), comme Staline en URSS (le Vojd).

“Nazi” et “totalitaire” pour ne pas dire socialiste et collectiviste… “extrême droite” pour qualifier (et disqualifier) un parti de gauche : nous baignons dans un flot de mensonges.

Son racisme étant parfaitement réductionniste, le mouvement hitlérien ne pouvait être réellement “national” ou nationaliste, car aucune nation, l’Allemagne pas plus qu’une autre, ne coïncide avec une race (comme la race caucasoïde) ou une sous-race (comme la sous-race nordique de la race caucasoïde). Il était donc en fait européiste : le Troisième Reich était un empire en voie de constitution, non une nation.
De fait, après la guerre, de nombreux responsables ou militants hitlériens se sont reconvertis sans encombre dans la “construction européenne” derrière Walter Hallstein, qui avait été membre de l’Association des juristes socialistes-nationaux et qui fut le premier président de la Commission de la Communauté économique européenne (on l’appelait la Commission Hallstein). Hallstein est considéré comme l’un des “pères de l’Europe”… et l’Union européenne est parfois qualifiée de Quatrième Reich !

Hitler fut l’ennemi de la France, qu’il vainquit en 1940 et qu’il occupa jusqu’en 1944. Belliciste, il mit l’Europe à feu et à sang et il perdit la guerre, entraînant son pays dans la catastrophe.

Un Français vraiment de droite qui fait sienne la doctrine nationale-libérale et qui est donc attaché à la patrie, aux traditions et aux libertés, opposé au socialisme et à l’européisme, ne peut que rejeter l’idéologie socialiste et collectiviste de Hitler, cet homme de gauche, et son entreprise révolutionnaire.

A lire :
Le Club de l’Horloge, Socialisme et fascisme, une même famille ?, Albin Michel, 1984.
David Schoenbaum, La Révolution brune. Une histoire sociale du IIIe Reich (1933-1939), Robert Laffont, 1979 (traduction de Hitler’s Social Revolution, Doubleday, New York, Etats-Unis d’Amérique, 1966).

Décadence vestimentaire : pourquoi nous nous habillons comme des gueux – Par Henry de Lesquen

Décadence vestimentaire : pourquoi nous nous habillons comme des gueux

 

Voici une analyse en 10 points de la décadence vestimentaire, de sa portée et de sa signification. Plus une conclusion pour l’avenir.

 

1. La décadence vestimentaire commence avec la révolution de 1789, portée par les “sans-culottes”. Elle est l’expression de l’égalitarisme marchand qui culmine aujourd’hui dans le cosmopolitisme. La société s’est embourgeoisée avant de se “boboïser” : elle n’a plus de TENUE.

 

2. Loi de Volkoff : le vêtement négligé d’une génération devient le vêtement chic de la génération suivante, avant d’être déchu à son tour comme prétentieux et ringard. Pour les hommes, après le costume à la française, on a eu successivement la redingote, puis le “smoking” ou veste de dîner, puis le costume-cravate, puis la simple veste, puis le chandail, enfin le polo ou le maillot… Aujourd’hui, les milliardaires de l’informatique qui plastronnent à la télévision s’habillent comme des gueux.

 

3. Indifférenciation de la tenue. La femme s’habille comme un homme ; le bourgeois comme un prolétaire ; le p.d.-g. comme son employé ; le bobo comme un clodo. Les jeunes filles de bonne famille mettent des bottes et des mini-jupes comme les putains…
Les ouvriers ne s’endimanchent plus. Les bourgeois portent les mêmes vêtements en toute circonstance et se font un devoir de ne pas se changer quand ils se rendent à une réception.
La fonction souveraine, comme la fonction guerrière, sont déchues : les prêtres ne portent plus la soutane ni les religieuses la cornette ; dans la rue, priés d’être discrets, les militaires sont en civil.

 

4. Indistinction des personnes, qui ne doivent surtout pas se faire remarquer. En conséquence, les couleurs vives ou claires ont disparu des vêtements. Tout est foncé, tout est triste. Grisaille égalitaire. La mode ne chante plus. Le “blue-jean”, pantalon de travail des ouvriers américains, est devenu l’uniforme des Français des deux sexes et de toutes conditions.

 

5. Selon la tradition française et occidentale, la femme peut arborer un décolleté généreux, mais elle doit dissimuler le bas du corps pour éviter de montrer ses cuisses et de mouler ses formes. Aujourd’hui, cet équilibre de la pudeur est rompu jusqu’à l’obscénité et la femme fait d’elle-même un objet de convoitise.

 

6. En abandonnant robes et jupes pour s’affubler du pantalon naguère réservé à l’autre sexe, la femme sacrifie sa féminité tout en exhibant ses formes au regard des hommes. Le cosmopolitisme fait ainsi coup double : il efface la différence sexuelle et abolit la pudeur.

 

7. Nous avons touché le fond. Aujourd’hui, on n’a le droit de se faire remarquer que par un surcroît de vulgarité. Les jeunes filles mettent des “blues-jeans” déchirés, car il leur paraît du dernier chic de s’habiller de guenilles.

 

8. Autrefois, les couturiers habillaient les femmes en les embellissant. Christian Dior voulait “rendre les femmes belles et heureuses”. Equilibre, harmonie, élégance.
Aujourd’hui, la mode féminine devient une variété d’art dégénéré. Elle est faite par des hommes qui ne le sont pas moins. Détestant les femmes, ils les avilissent sciemment en leur donnant une allure d’androgyne et ils utilisent des modèles anorexiques qu’ils transforment en porte-manteaux.

 

9. Le processus de décadence vestimentaire qui se déroule inexorablement depuis plus de deux siècles est la conséquence de l’égalitarisme, qui abhorre la distinction et qui tend à effacer les différences apparentes entre les conditions et les états. La suprématie de la fonction marchande a fait disparaître à nos yeux la fonction souveraine et la fonction guerrière avec les habits qui en étaient le signe. Au stade final où nous sommes, l’égalitarisme prend la forme du cosmopolitisme, qui subvertit radicalement les valeurs dans tous les domaines. Il efface la différence sexuelle et dynamite la tenue parce qu’elle est la manifestation de la pudeur et de l’honneur.

 

10. Dans toute société, l’opposition de la distinction à la vulgarité est l’expression la plus concrète du système de valeurs qui fait son identité. On peut dire qu’elle subsume toutes les valeurs. Sans elle, celles-ci risqueraient de rester des abstractions et des chimères. C’est ainsi que la façon de s’habiller donne à la civilisation sa tenue : il faut donc que la mode, tyrannique par nature, impose ses exigences à tous en obligeant chacun à rivaliser avec les autres pour se distinguer du vulgaire.

 

Conclusion. Il est temps de renverser la tendance. Vive la réaction vestimentaire ! Mesdames, Mesdemoiselles, veuillez remettre de jolies robes… Messieurs, portez la cravate… Voilà un moyen simple et pratique, dans la vie quotidienne, de lutter contre le cosmopolitisme tout en s’attachant à plaire.

 

Henry de Lesquen

Pour en finir avec le « judéo-christianisme » – Par Henry de Lesquen

Pour en finir avec le judéo-christianisme, par Henry de Lesquen

 

Le terme de judéo-christianisme est frelaté.

 

1. A l’époque du Christ, le judaïsme était divisé en de nombreux mouvements ou sectes (terme neutre, au sens de Max Weber). Oublions les zélotes, les esséniens et d’autres encore, qui ont disparu. Trois de ces sectes sont importantes pour nous.
Primo, le judaïsme sacerdotal, celui des scribes et des sadducéens, qui, comme son nom l’indique, reposait sur un corps de prêtres, lesquels pratiquaient le sacrifice au temple de Jérusalem.
Secundo, le judaïsme pharisaïque, celui des pharisiens dont parle l’Évangile. Il était très différent du premier, puisqu’il soutenait qu’il existait une Loi orale, transmise depuis Moïse, qui l’emportait sur la Loi écrite, la Bible.
Tertio, le judaïsme apostolique, celui des apôtres qui entouraient le Christ, et qui était issu de l’enseignement de saint Jean Baptiste.

Le judaïsme sacerdotal était celui de l’Ancien Testament. Il a disparu après la destruction du temple de Jérusalem par Titus en 70 après Jésus-Christ.

Le judaïsme pharisaïque est celui qui a conservé le nom de judaïsme. C’est celui du grand-rabbin de France Haïm Korsia en 2017. C’est celui de l’État d’Israël. Le judaïsme d’aujourd’hui est celui des pharisiens dont parle l’Évangile. On l’appelle aussi judaïsme rabbinique, puisque les rabbins ont supplanté les prêtres, ou judaïsme talmudique, puisque le Talmud, censé contenir la Loi orale, est son livre sacré, qui l’emporte donc sur la Torah écrite de notre Ancien Testament ou Bible hébraïque.
Le point essentiel est que ce judaïsme rabbinique est en rupture avec le judaïsme sacerdotal de l’Ancien Testament. Il n’a plus de prêtres ni de sacrifices. Il a une Loi orale, laquelle était rejetée comme une abomination par les Sadducéens.
(Ce n’est pas le lieu de parler de la Cabale, la gnose juive, qui a ajouté depuis le XIIe siècle une dimension délirante à la piété de la majorité des Juifs religieux.)

Le judaïsme apostolique, fondé sur l’Évangile, est le judaïsme évangélique, autrement dit le christianisme. L’Église s’est toujours considérée comme le verus Israel, le véritable Israël… du moins jusqu’à Vatican II (1965).
Je rappelle que l’accusation de Déicide portée contre les Juifs, du moins contre ceux d’entre eux qui refusaient le Christ, donc les pharisiens en premier lieu, est formellement établie dans le Nouveau Testament et particulièrement explicite dans la première épître aux Thessaloniciens de l’apôtre saint Paul : chapitre II, versets 14 à 16 (lisez une bonne traduction, comme Lemaître de Sacy ou TOB, non la traduction malhonnête de la Bible de Jérusalem).

Spirituellement, les chrétiens pourraient se dire les véritables Juifs, puisque ce sont eux et eux seuls qui ont suivi le Messie, le Christ annoncé par l’Ancien Testament, alors que les Juifs rabbiniques l’ont rejeté et l’ont crucifié. Mais le sens ethnique du mot « Juif » l’a emporté sur son sens spirituel.

Le judaïsme sacerdotal était essentiellement raciste, mais l’Ancien Testament contenait des ouvertures universalistes qui ont abouti au christianisme (voir mon analyse dans https://henrydelesquen.fr/2015/12/12/comprendre-le-judaisme/).

Le judaïsme rabbinique est purement raciste : « Dresse une haie autour de la Torah », dit le Talmud, qui enseigne que les non-Juifs, qualifiés du terme méprisant de Goyim (pluriel de Goy), sont assimilables à des bêtes. Le grand-rabbin d’Israël Ovadia Yosef les comparaient plus précisément à des ânes (la lecture de sa notice Wikipedia en anglais est édifiante).
Au contraire, le christianisme est universaliste : il s’adresse à tous les hommes.

 

2. Le judaïsme rabbinique est à tous égards l’opposé du christianisme. Au contraire, il est isomorphe de l’islam.
Le judaïsme et l’islam sont deux religions théocratiques. Du reste, le terme de théocratie (qui est une subreption de vocabulaire, car le pouvoir est toujours exercé par des hommes, même s’ils le font au nom de Dieu) a été inventé par le Juif Flavius Josèphe pour faire l’apologie d’Israël.
A la charia correspond la halakha. Ces deux religions sont l’une et l’autre des orthopraxies puritaines qui dictent le comportement plutôt que les croyances, la foi, par opposition à l’orthodoxie que recherchent les chrétiens On y trouve par exemple le même précepte de la circoncision masculine, excision du prépuce, rite primitif et barbare (autant que la circoncision féminine, excision du clitoris). Même égorgement rituel des bêtes, autre rite barbare. Kascher et halal sont voisins.
On peut dire que l’islam est un judaïsme universaliste, et que le judaïsme est un islam raciste.

 

3. Il n’y a donc ni valeurs judéo-chrétiennes, ni civilisation judéo-chrétienne, ni judéo-christianisme. Ces expressions ont fait florès depuis quelques dizaines d’années dans un but de propagande, pour faire croire que les Juifs avaient joué un rôle autre que négligeable dans notre histoire et dans la formation de notre identité nationale ou de notre civilisation occidentale.
On ne peut parler valablement de « judéo-christianisme » que pour désigner la forme de religion des premiers chrétiens qui judaïsaient encore, en ce sens qu’ils suivaient les préceptes de l’Ancien Testament comme la circoncision.

Au moyen âge, les Juifs étaient marginalisés, ils vivaient à part. Le douzième concile oecuménique, Latran IV, les a obligés en 1215 à porter un signe distinctif, qui fut la rouelle dans la France de saint Louis. Les Juifs ont été expulsés de France en 1394. Il n’y en avait pratiquement plus jusqu’au XIXe siècle : quelques marranes, Juifs faussement convertis au christianisme, venus d’Espagne ou du Portugal, dans le Sud-Ouest, quelques milliers de Juifs dans l’Alsace annexée au royaume par Louis XIV, et ceux du Comtat Venaissin, possession du pape, qui avaient échappé à l’expulsion.
Le fait que les Juifs aient pris une grande place dans la société française au cours des deux derniers siècles, après leur émancipation, après la réforme des haskilim, les « Lumières » juives, après l’immigration de centaines de milliers d’entre eux venus d’abord de l’est de l’Europe (Achkénazes), puis d’Afrique du nord (Sépharades), ne changent rien pour ce qui est du moyen âge et de l’ancien régime jusqu’en 1789. La France a des racines chrétiennes. Elle n’a pas de racines juives.

 

4. Rappelons enfin que l’émancipation des Juifs a été réalisée en 1789 selon le principe de Clermont-Tonnerre : « Il faut refuser tout aux juifs comme nation dans le sens de corps constitué et accorder tout aux juifs comme individus… il faut qu’ils ne fassent dans l’État ni un corps politique ni un ordre ; ils faut qu’ils soient individuellement citoyens. » Le communautarisme juif représenté par le CRIF est absolument contraire à l’esprit de la république.

 

Henry de Lesquen

Président du P.N.L.

Les 10 fautes de français les plus courantes, par Henry de Lesquen

Voici les 10 fautes de français les plus courantes. Plus une conclusion à l’intention de François Fillon.

 

1. Omission de l’adverbe “ne” dans la négation. “J’aime pas” pour “Je n’aime pas”.

 

2. Emploi de “on” pour “nous” (et de “tu” pour “on”). “On est d’accord” pour “Nous sommes d’accord”.

 

3. Emploi de “y’a” (1 syllabe) pour “il y a” (3 syllabes) ; et de “y’a pas” (2 syllabes) pour “il n’y a pas” (4 syllabes).

 

4. Emploi de l’indicatif pour l’impératif. “Tu obéis !” pour “Obéis !” Le français devient une langue à ton.

 

5. Emploi de la forme affirmative au lieu de la forme interrogative. “Tu veux ?” pour “Veux-tu ?”

 

6. Redoublement et inversion du sujet (hors effet de style). “Il aime les blagues, Alfred” pour “Alfred aime les blagues”.

 

7. Elisions et abréviations qui changent le son de la consonne. “Je peux” devient “Ch’peux” ; “cheval” devient “ch’fal”.

 

8. Emploi de “est-ce que” dans l’interrogation indirecte. “Je me demande qu’est-ce que c’est” pour “Je me demande ce que c’est”.

 

9. Argot innocent. On ne connaît pas le sens premier, obscène ou scatologique, du mot. Exemple : “Je m’en fous” (foutre = coïter, jouir).

 

10. Anglicismes. OK pour d’accord, juste pour simplement, réaliser pour se rendre compte, retour pour réponse, etc.

 

Conclusion. Si François Fillon avait parlé correctement français, il aurait peut-être gagné l’élection présidentielle…

 

Henry de Lesquen 

Président du P.N.L.

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